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Proxima, un film en apesanteur, les pieds sur Terre...

Proxima, un film en apesanteur, les pieds sur Terre...
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Proxima d’Alice Winocour (1h46)

Sortie le 27 novembre

Aucun effet spécial, ni retournement scénaristique, mais le quotidien et l’espace mental d’une Eva Green éblouissante en maman astronaute super héroïne et tellement humaine. Un film en apesanteur, les pieds sur terre.

Le film commence dans le noir d’une chambre. Une mère raconte à son enfant une histoire, celle du boulot qu’elle va devoir bientôt accomplir. Rien de plus normal, sauf que la maman en vient rapidement à expliquer comment elle va s’arrimer avec sa capsule à la Station Spatiale Internationale qui tourne autour de la terre à 28 000 kilomètres à l’heure. Mais la maman conte cette histoire en toute normalité, comme si c’était une formalité pour elle. Elle veut rassurer Stella (étoile en latin), sa fille de 7 ans bien sûr, mais veut aussi se rassurer elle-même. Car Sarah est moins paniquée à l’idée de flotter dans l’espace que de laisser sa fille sur le plancher des vaches, sans savoir exactement si elle y reviendra un jour. Il va falloir couper le cordon ombilical, comme il va falloir s’arracher à la terre…

Alice Winocour a écrit et réalisé un troisième film très maîtrisé et mature, et l’une des réussites majeures du film est la véracité et la justesse des émotions qui se dégagent des situations et des questionnements de Sarah. Qui d’autre qu’une femme aurait pu penser à ce qu’il faut prévoir quand on a ses règles au cours d’un voyage spatial, et comment stocker les tampons ? Et de donner à une femme le rôle principal d’un métier identifié systématiquement au masculin, alors qu’une bonne dizaine de femmes ont déjà quitté la terre ? Réunir dans un corps de femme une mère et une héroïne, la gageure est relevée haut ma main par la cinéaste.

Proxima est une sorte d’anti Gravity, ce film où Sandra Bullock, une astronaute qui a perdu sa fille, vivra des événements dramatiques dans l'espace. Ici, le décollage ne sera que l’aboutissement du film. Aucune scène spectaculaire, le film ne souffre d'aucune lenteur et le spectateur est tenu en haleine tout au long du récit, avec aussi une proximité avec les personnages, la cinéaste filmant de près leurs corps, leur peau, leurs battements de sourcils... On va apprendre à connaître cette femme et les sentiments violents qui vont la traverser. Aucun effet spécial ne vient brouiller l’objectif du film : nous faire pénétrer dans la psyché d’une femme hors du commun. Et Eva Green est la cheville ouvrière de cette réussite, ses grands yeux à peine maquillés, sa queue de cheval et sa combinaison un peu flottante ne sont que des leurres, car cette femme est d’une endurance et d’une volonté hors du commun.

Alice Winocour se concentre donc sur l’avant, et notamment la préparation incroyable à laquelle est soumis les astronautes. L’occasion de visiter la Cité des étoiles à côté de Moscou et de faire un grand voyage jusqu’à Baïkonour, au milieu de la steppe kazakh, et vivre en compagnie de Sarah les derniers jours avant le décollage vers la Station Spatiale Internationale. Tout a été tourné dans des décors naturels, et l’impression de vérité est saisissant. Thomas Pasquet fait d’ailleurs une apparition furtive au détour d’un plan… Nous ne sommes pas pour autant dans un film documentaire -Matt Dillon fait plaisir à voir dans un second rôle de faux macho tendre-, car la narration se concentre sur le déchirement de cette femme et de sa relation fusionnelle avec sa fille à laquelle elle devra renoncer, avec en arrière-plan donc, cet exploit (sur) humain que Sarah est sur le point de réaliser.

Un mot enfin sur la formidable Zélie Boulant-Lemesle, qui joue une Stella résiliente et traversées de contradictions, mais donton lit dans son regard de petite fille -et qui est forcément celui de la cinéaste- toute l'admiration de voir une femme et une maman être l'égal d'un homme et d'un papa.

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