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Pénurie d'essence au Venezuela : la contrebande colombienne en attendant le carburant iranien

Vente d'essence en Colombie, près de la frontière vénézuélienne
Vente d'essence en Colombie, près de la frontière vénézuélienne   -   Tous droits réservés  Fernando Vergara/AP
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Des stations-service à sec, une vision familière au Venezuela, où le manque de carburant se fait de nouveau cruellement sentir. Le pays dispose pourtant des plus importantes réserves de pétrole au monde, mais il n'est plus en capacité de raffiner son brut tant les infrastructures du pays sont exsangues.

L'indéboulonnable président Nicolas Maduro accuse les États-Unis d'asphyxier son pays avec leurs sanctions ; l'opposition dénonce, elle, des décennies de corruption et d'incurie ayant mis à bas une industrie pétrolière autrefois florissante. Mais pour les Vénézuéliens, le résultat est le même : système D et marché au noir pour remplir son réservoir.

Rachel Jones/AP2008
Cabimas, VenezuelaRachel Jones/AP2008

Des jerrycans de contrebande venues de Colombie

Pour éviter d'interminables files d'attente devant les stations-service, beaucoup s'approvisionnent en « or noir » sur le marché noir. Cette essence de contrebande vient la plupart du temps de la Colombie voisine. Une frontière poreuse et des bakchichs généreusement distribués aux militaires et policiers vénézuéliens sur le parcours permettent aux contrebandiers colombiens de faire passer leur marchandise, ensuite vendue à la sauvette sur le bord des routes, dans l'ouest du Venezuela.

« Sans elle, rien de roulerait plus », assure Roger, un marchand de fruits et légumes qui vit près de la ville de Maracaibo. L'ironie, c'est qu'il y a quelques mois encore, le trafic se faisait dans le sens inverse, car au Venezuela, l'essence était quasiment gratuite.

Matias Delacroix/Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved
File d'attente pour faire le plein à CaracasMatias Delacroix/Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved

Désormais – pénurie et embargo oblige – le prix à la pompe est de 50 centimes de dollar le litre, mais encore faut-il trouver une station approvisionnée et être muni du « carnet de la Patrie », le sésame pro-Maduro qui donne accès aux aides de l'État.

Une situation inextricable propice au marché noir, où l'essence colombienne se monnaye 2 à 3 dollars le litre.

L'Iran « à la rescousse »

Pour remplir ses cuves, le Venezuela de Nicolas Maduro compte aussi sur un allié stratégique, l'Iran, également sous le coup de sanctions américaines. Mais si les navires-pétroliers iraniens ont déjà réussi par deux fois à gagner les rives vénézuéliennes, cela se fait au mépris des sanctions américaines et suscite de vives tensions.

Ernesto Vargas/Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved.
Le pétrolier iranien "Fortune" à quai à El Palito, au VenezuelaErnesto Vargas/Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved.

En mai et en juin dernier, l'Iran a ainsi fait accoster en Iran cinq tankers avec un total de 1,5 millions de barils à leur bord.

Pour autant, il y a un mois, les États-Unis ont saisi une cargaison faisant route vers le Venezuela à bord de quatre navires battant pavillon du Liberia. Ils n'ont pas recouru à la force, mais ont menacé les propriétaires grecs des pétroliers, les assureurs et les équipages de représailles.

Une nouvelle cargaison ?

D'après le cofondateur de la société TankerTrackers.com, spécialisée dans le suivi des chargements de pétrole, trois des pétroliers qui avaient déjà approvisionné le Venezuela, ont désactivé leurs systèmes de localisation depuis des semaines. Samir Madani a confié à l'agence Associated Press qu'il jugeait fort probable que ces pétroliers fassent route vers le Venezuela, en ayant mis leurs transpondeurs en veille.

Samir Madani de conclure : « Les Iraniens testent chaque semaine de nouvelles tactiques de dissimulation […] Ils sont très forts pour ça. Ce sont même les meilleurs ».