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Opéra Bastille : une nouvelle version grandiose d'Aida avec Jonas Kaufmann

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Il est des opéras qui sont aussi grandioses que les chefs-d'oeuvre de l'art pictural. Ceux de Verdi ont cette puissance, notamment celui qui retrace l'histoire de l'esclave éthiopienne Aida. Mais au-delà de la marche triomphale et de la force des chœurs, une tragédie se noue.

Le ténor allemand Jonas Kaufmann qui incarne Radamès dans cette version présentée sur la scène de l'Opéra Bastille à Paris nous donne son sentiment : "Cela parle de déception, de jalousie, d'amour rejeté et d'actes irrationnels de jeunes gens qui se laissent emporter par leurs sentiments," dit-il.

Ludovic Tézier : "Une distorsion entre puissances dominantes et peuples dominés"

Dans cette production, les pyramides, pharaons et éléphants ont disparu. La Néerlandaise Lotte de Beer voulait dans sa mise en scène, laisser de côté tous les stéréotypes.

Elle a eu cette idée "d'une distorsion qu'il y a eu au XIXe siècle," précise le baryton français Ludovic Tézier qui interprète Amonasro, "entre une Europe avec des puissances occidentales extrêmement dominantes et des peuples amenés à être colonisés, donc dominés eux-mêmes. Et donc [elle a travaillé sur] les craquements et les tensions qu'il pouvait y avoir entre les deux," précise-t-il.

Sondra Radvanovsky :"Je suis comme une narratrice qui raconte l'histoire"

"Les personnages d'Aida et d'Amonasro sont incarnés par de grandes marionnettes manipulées qui bougent avec nous sur scène," explique-t-il, "comme si elles étaient comme on dit en allemand, des "Doppelgänger", des doubles qui sont à la fois, inquiétants, fascinants, mais également touchants par leur incapacité à vraiment vivre," estime-t-il.

La soprano canadienne Sondra Radvanovsky qui incarne le rôle titre nous donne ses impressions sur cette Aida et son double : "Je suis presque une narratrice qui raconte l'histoire et qui la contemple comme une personne extérieure," indique-t-elle.

Ludovic Tézier renchérit : "C'est pour moi, l'un des grands prodiges de cet opéra, de paraître immense comme un immense péplum hollywoodien et de réserver des moments très intimes, très tendus, très psychologiques, presque bergmaniens," juge-t-il.

Jonas Kaufmann : "Leur âme torturée trouve le chemin vers les cieux"

Ce drame au cœur d'un film épique connaît une issue funeste où le héros est enterré vivant dans une pyramide pour trahison. Aida rejoint son amant dans la mort.

"Ce moment où tous les deux ont des hallucinations," raconte Jonas Kaufmann, "probablement à cause du manque d'oxygène, où la lumière leur apparaît et où leur âme torturée trouve le chemin vers les cieux. Certes, cela apparaît un peu exagéré jusqu'à ce que l'on entende la musique et que cela fasse sens," assure-t-il.

Sondra Radvanovsky s'interroge de son côté : "J'aimerais bien savoir si Aida était d'accord pour choisir la mort, si elle a peur de la mort ou si elle l'accepte, s'il y a une transcendance, si elle croit en la vie après la mort et s'ils seront ensemble dans l'au-delà. J'aimerais connaître la suite !" lance-t-elle dans un sourire.

Journaliste • Andrea Buring