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Méga-barrage sur le Nil : Ethiopie, Egypte et Soudan sous haute tension

Par Anne Devineaux avec AFP
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barrage de la Grande renaissance, en Ethiopie, juillet 2020
barrage de la Grande renaissance, en Ethiopie, juillet 2020   -   Tous droits réservés  AFP PHOTO /Ethiopian Public Broadcaster (EBC)
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Le "barrage de la grande renaissance éthiopienne" suscite depuis de longues années une âpre dispute entre Addis-Abeba, Khartoum et Le Caire

170 mètres de haut, près de 2 kilomètres de long, ce méga-barrage sera la plus grande installation hydroélectrique d’Afrique. L’Éthiopie est sur le point d'achever ce projet phare de son développement économique, mais qui sème la discorde avec ses voisins : l'Egypte et le Soudan. Les deux pays, situés en aval, craignent pour leur approvisionnement en eau.

Appelé barrage de la grande renaissance éthiopienne, le GERD se situe sur le Nil bleu, un cours d'eau qui rejoint à Khartoum le Nil blanc, et qui fournit 60% du débit du Nil.

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localisation du barrage de la grande renaissanceeuronews

Depuis le début de sa construction il y a dix ans, des négociations tentent de régler les nombreux différends entre les trois pays. L'Union africaine a pris le dossier en main. Mais les derniers pourparlers qui viennent d'avoir lieu à Kinshasa, en RDC ont une nouvelle fois échoué. Initialement prévues pour durer deux jours, dimanche et lundi, les discussions se sont clôturées mardi sans qu'un compromis soit trouvé.

Quelle gestion en cas de sécheresse ?

"Parmi les principaux points de blocage il y a la manière dont le barrage sera géré au cours des différentes périodes de sécheresse, ce qui revient à savoir quelle quantité d'eau l'Éthiopie sera prêter à relâcher du réservoir du barrage. Il y a aussi le problème du règlement des différends. S'il y a un désaccord, le Soudan et l'Égypte veulent un arbitrage international dans la phase finale du processus de résolution des conflits. L'Éthiopie n'est pas disposée à l'accepter, elle estime qu'un tel arrangement est inapproprié car c'est un ouvrage éthiopien", explique William Davison, spécialiste de l'Ethiopie à l'International Crisis Group.

Négociations dans l'impasse

L'Éthiopie "menace les peuples du bassin du Nil, et le Soudan directement", a déclaré devant les journalistes Mariam Al Mansoura Elsadig Almahdi, ministre soudanaise des Affaires étrangères, à l'issue des négociations.

Khartoum et Le Caire souhaitent un accord légalement contraignant sur la gestion du barrage.Le Nil fournit à l'Egypte 97% de son irrigation pour l'agriculture et de son eau potable.

Amr Nabil/AP
Vue sur le Nil en EgypteAmr Nabil/AP

Le Soudan quant à lui craint que ses propres barrages ne soient endommagés par le remplissage complet du nouvel ouvrage.

Poursuite du remplissage du réservoir

Le sujet est d'autant plus brûlant que l’Ethiopie a commencé l'été dernier à remplir le réservoir durant la saison des pluies. Le ministre éthiopien de l'Eau, Seleshi Bekele, a confirmé ce mercredi que le remplissage se poursuivrait cette année. "Le remplissage a lieu à mesure que la construction avance", a-t-il dit.

L'Ethiopie connaît une croissance économique rapide mais la moitié de la population n'a pas accès à l'électricité. D'où l'importance pour le pays de mener à bien ce projet, dont le coût est estimé à quelques 4 milliards d'euros et qui a été entièrement financé par Addis-Abeba.

La capacité annoncée du barrage est de plus de 6 000 mégawatts pour un réservoir de 74 milliards de mètres cubes d’eau. La mise en service doit se faire par étape. Deux premières turbines doivent être mises en route d’ici un an. Une période minimale de quatre années sera nécessaire pour remplir totalement l'immense réservoir. La bataille pour les eaux du Nil s’annonce encore longue.