DERNIERE MINUTE
This content is not available in your region

Bombardement de Bouaké : les trois accusés condamnés à la perpétuité

euronews_icons_loading
Photo d'archive du 10 novembre 2004, un soldat français regarde les bâtiments en ruines du lycée Descartes détruit à Bouaké, qui servait de base aux soldats français.
Photo d'archive du 10 novembre 2004, un soldat français regarde les bâtiments en ruines du lycée Descartes détruit à Bouaké, qui servait de base aux soldats français.   -   Tous droits réservés  PHILIPPE DESMAZES/AFP or licensors
Taille du texte Aa Aa

La cour d'assises de Paris a condamné jeudi à la prison à perpétuité les trois accusés, ivoiriens et bélarusse, jugés en leur absence pour avoir perpétré en 2004 le bombardement qui avait tué neuf soldats français à Bouaké (Côte d'Ivoire).

Introuvables depuis des années, Yury Sushkin, un mercenaire bélarusse, et Patrice Ouei et Ange Gnanduillet, deux officiers de l'armée de l'air ivoirienne, ont été déclarés coupables d'assassinats et de tentatives d'assassinats, a déclaré le président de la cour, Thierry Fusina.

Tous trois se sont "attaqués sournoisement" à des soldats français membres d'une force de paix et "avec une préméditation certaine", a-t-il ajouté. Le verdict clôt une longue instruction française et trois semaines de procès. Près de 90 témoins, quasiment tous Français, se sont succédé à la barre, des rescapés du bombardement aux anciens ministres français de l'époque.

Ni la justice ivoirienne ni celle du Bélarus n'ont répondu aux mandats d'arrêts émis par la justice française à l'encontre des trois accusés. La première a indiqué que les deux officiers ivoiriens, promus au sein de l'armée l'année suivant le bombardement, ne pouvaient être poursuivis pour ces faits en raison d'une loi d'amnistie adoptée en 2007. Selon les autorités ivoiriennes, M. Gnanduillet est décédé en 2015.

"Françafrique"

Le 6 novembre 2004, deux chasseurs, déployés par l'aviation du président ivoirien Laurent Gbagbo pour attaquer les rebelles installés dans la moitié nord du pays, bombardent par surprise un camp de la force de paix française, chargée de faire tampon entre les deux camps.

Un choc pour la France : avec neuf soldats français et un civil américain tué, ainsi qu'une quarantaine de blessés, c'est à l'époque l'attaque la plus meurtrière pour son armée en opération plus de 20 ans. A bord des avions se trouvent des équipages mixtes composés d'officiers ivoiriens et de mercenaires slaves. Ange Gnanduillet et Yury Sushkin, observés les jours d'avant le bombardement par des soldats français qui surveillent la zone, ont été identifiés par les enquêteurs parmi les quatre pilotes ou copilotes.

Pour l'accusation, Patrice Ouei est considéré "a minima comme l'organisateur de l'opération", et très probablement comme un participant au raid, selon l'avocat général, Jean-Christophe Müller, qui avait requis la prison à perpétuité à l'encontre des trois accusés au vu de "la violence inouïe" de l'attaque.

En représailles du bombardement, Paris avait détruit le jour même toute l'aviation militaire ivoirienne, déclenchant une crise inédite avec son ancienne colonie, marquée dans les jours qui ont suivi par de violentes manifestations anti françaises et le départ de milliers d'expatriés français.

Errements du gouvernement français

La cour n'a pas apporté de réponses précises aux questions que les familles de victimes se posent depuis seize ans: qui a donné l'ordre de tirer sur les Français, et pourquoi? Elle a toutefois rappelé que la plupart des responsables français de l'époque accusent une partie de l'entourage du président ivoirien, des "extrémistes" hostiles à la France, proches notamment de la Première dame, Simone Gbagbo.

L'affaire a été marquée par une série d'errements du gouvernement français de l'époque puis d'entraves à l'enquête qui ont semé le doute sur la volonté réelle de la France de faire toute la lumière sur l'affaire. A commencer par un épisode qui a occupé une bonne partie des débats du procès: l'incompréhensible refus de Paris, dix jours après le bombardement, de récupérer huit suspects bélarusses, dont Yury Sushkin, arrêtés au Togo et que Lomé proposait de livrer à Paris.

Sur cet épisode comme sur d'autres, l'avocat général a semblé privilégier des dysfonctionnements en chaîne, regrettant qu'ils n'aient "pas donné lieu à des excuses", notamment de la part des anciens ministres de l'époque. Cela aurait "sans doute changé beaucoup de choses sur le plan de la confiance ébréchée" en l'Etat.

Certaines parties civiles soupçonnent des responsables français de l'époque d'avoir plombé l'enquête pour ménager le président Laurent Gbagbo, au nom de la "raison d'Etat" diplomatique.

D'autres se demandent si la France n'a pas voulu éviter qu'on creuse trop sur ce bombardement perpétré par deux avions que la Côte d'Ivoire venait d'acheter à une sulfureuse figure de la "Françafrique", Robert Montoya, un ancien gendarme de l'Elysée devenu marchand d'armes.