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Possible "migration de masse" depuis l'Afghanistan : l'UE commence à dévoiler sa stratégie

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Par euronews
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Possible "migration de masse" depuis l'Afghanistan : l'UE commence à dévoiler sa stratégie
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Alors que le double-attentat à l'aéroport de Kaboul a encore détérioré la situation sécuritaire dans la capitale d'Afghanistan, les discussions s'intensifient dans l'UE sur l'immigration et la réponse humanitaire à la crise.

Face à la perspective d'un afflux d'Afghans fuyant le régime des talibans jusqu'aux frontières de l'Europe, les dirigeants européens étudient leurs options. Afin d'éviter un scénario chaotique semblable à celui de la crise des migrants de 2015, le chef de la diplomatie de l'UE évoque la possibilité de recourir à une ancienne loi européenne : la directive de protection temporaire.

"Cette directive de 2001 n'a jamais été appliquée. Ce pourrait être l'occasion de le faire pour affronter les problèmes de migration de masse qui pourraient toucher certains États membres", estime Josep Borrell, haut représentant de l'UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

La directive de protection temporaire a été élaborée pour aider les réfugiés fuyant les guerres de Yougoslavie et du Kosovo dans les années 1990. Cette procédure simplifiée vise à offrir un abri immédiat aux personnes risquant d'être victimes de conflits.

"Elle fonctionne en fournissant un soutien humanitaire et opérationnel d'une part, puis en accordant rapidement une protection aux personnes qui arrivent dans l'UE, afin qu'elles ne restent pas bloquées dans les procédures d'asile et que les procédures d'asile elles-mêmes ne soient pas submergées par les arrivées", résume Catherine Woollard, directrice du Conseil européen sur les réfugiés et les exilés, un réseau d'ONG basé à Bruxelles.

Une protection de 1 à 3 ans

La Commission européenne pourrait prochainement faire une proposition détaillant la nécessité de d'appliquer cette mesure, les personnes pourraient demander une protection temporaire, ainsi que la date de début de la procédure.

Si une majorité des pays de l'UE vote en faveur de la directive, les réfugiés seront ensuite répartis entre les États en fonction de leur capacité d'accueil, l'Irlande et le Danemark bénéficiant d'une clause d'exemption.

L'octroi de permis de séjour est l'objectif principal de cette directive, mais les États membres sont également invités à apporter leur aide dans d'autres domaines, comme l'accès à l'emploi, au logement, aux soins médicaux et à l'éducation pour les enfants.

Au-delà de la protection temporaire, les demandeurs d'asile devraient également être autorisés à demander un séjour de plus longue durée. En effet, la protection temporaire peut être effective de un à trois ans. Au-delà de cette durée, si l'asile ne leur a pas été accordé, les demandeurs devront rentrer dans leur pays, ou s'ils refusent, utiliser les voies légales pour rester en Europe.

La directive invite cependant les pays d'accueil à prendre en considération les raisons humanitaires et sécuritaires qui pourraient rendre le retour des exilés impossible.

Soutenir les pays voisins de l'Afghanistan

Suite à la crise migratoire de 2015, l'UE a accepté de verser jusqu'à six milliards d'euros à la Turquie pour qu'elle accueille les réfugiés syriens. Bruxelles n'exclut pas de procéder de la même manière, à en croire les déclarations sur notre antenne dela Commissaire européenne chargée des migrations, Ylva Johanssen.

"Il est nécessaire que nous dépensions maintenant 200 millions d'euros supplémentaires pour l'aide humanitaire en Afghanistan. Nous allons aussi avoir besoin desoutenir\_ davantage les pays voisins et les autres pays de la région qui accueillent les Afghans. Pour moi, c'est tout à fait évident que c'est nécessaire_", a estimé Mme Johanssen.

Les ministres de l'intérieur de l'UE se réunissent en visio-conférence ce mardi pour discuter du financement d'une telle opération : verser de l'argent aux voisins de l'Afghanistan - le Pakistan et l'Iran par exemple - est plus compliqué politiquement que de payer la Turquie.

L'UE doit-elle parler aux talibans ?

Les explosions à l'aéroport de Kaboul sont venus miner les efforts d'évacuation. Certains Etats, comme l'Allemagne, l'Espagne et le Royaume-Uni ont décidé dans la foulée d'y mettre fin. Alors ques les Etats-Unis ont confirmé qu'ils quitteront l'Afghanistan le 31 août, qu'adviendra-t-il des Afghans souhaitant toujours quitter le pays ? "Il n'y aura plus de pont aérien, donc ils ne seront pas évacués", prédit Gérard Araud, ancien ambassadeur de France aux Etats-Unis.

"Ce que nous pouvons espérer, mais ce n'est qu'un espoir, c'est que les organisations humanitaires, ou même les gouvernements, puissent continuer ou ouvrir des négociations avec le nouveau gouvernement taliban. Les gens oublient que la diplomatie c'est de parler à son ennemi. Alors soyons francs, nous devons parler aux talibans", déclare l'ancien haut diplomate.

Selon Gérard Araud, les scènes de chaos observées depuis plusieurs jours à l'aéroport de Kaboul constituent "un désastre, une débâcle. Je pense que chacun a été très surpris de voir qu'en réalité tous les pays tentait de faire de leur mieux, dans l'urgence, pour prendre soin de leurs propres citoyens et des Afghans qui ont travaillé avec eux. Cela a donné une impression de chaos… Et c'est la réalité".