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Comparatif : la réponse des pays européens face aux prix de l'énergie

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Par Vincent Coste  avec AFP
Prix affichés le 12 octobre 2021 dans une station située à Montpellier, dans le sud de la France.
Prix affichés le 12 octobre 2021 dans une station située à Montpellier, dans le sud de la France.   -   Tous droits réservés  PASCAL GUYOT/AFP or licensors

Après la crise sanitaire, une crise énergétique est en train de poindre. Dopés par la reprise économique, les prix flambent. Le gaz a été le premier à s'envoler en raison de la forte demande mondiale. Il a entraîné dans son sillage l'électricité et les carburants. Les prix ont atteint, dans certains cas, des sommets jamais vus auparavant. Face à cette situation, les gouvernements européens mettent en place des mesures (baisses de taxes, "chèque énergie", etc.) pour tenter de limiter l'impact sur la facture des consommateurs à l'approche de l'hiver.

"Chèques" ou baisse de taxe en France

Ce lundi, les prix des carburants routiers vendus en France ont poursuivi leur hausse. Le gazole a atteint de nouveaux records historiques avec un litre vendu en moyenne 1,5583 euro la semaine dernière, contre 1,5354 euro la semaine précédente, selon les chiffres officiels du ministère de la Transition écologique.

L'essence SP 95 a pour sa part atteint 1,6567 euro le litre en moyenne, selon ce même pointage. Son prix est également au plus haut depuis près de 10 ans, sans toutefois battre le record de 2012 (1,6664 euro).

Pour compenser l'envolée des prix, le gouvernement a promis "d'ici la fin de la semaine" un dispositif "simple, juste et efficace". Officiellement rien n'a été tranché, mais deux grandes pistes semblent envisagées, une baisse des taxes sur les carburants ou le versement d'un "chèque carburant", sur le modèle de celui destiné à compenser la hausse du prix du gaz (et que l'exécutif prévoit de verser en décembre prochain). Six millions de ménages recevront ainsi une aide exceptionnelle de 100 euros.

En outre, le Premier ministre français, Jean Castex, a annoncé que les prix du gaz allaient être bloqués jusqu'en avril. Par ailleurs, la prochaine hausse des prix de l'électricité, prévue en février 2022, sera limitée à 4% grâce à une baisse de taxe sur l'électricité.

Le ministre français de l'Economie, Bruno Le Maire, a indiqué que ces mesures coûteront 5,6 milliards d'euros aux finances publiques.

Baisse de taxe en Allemagne

Comme en France, les prix à la pompe s'envolent en Allemagne. Ce dimanche, par exemple, un litre de gazole coûtait en moyenne 1,555 euro, soit un centime de plus que lors du précédent record du 26 août 2012. En plus du cours du baril qui ne cesse de grimper, le prix du gazole est tiré par la demande en fioul, une demande traditionnellement marquée au début de la saison froide. Sans atteindre son record historique, le prix de l'essence est également haut plus haut.

"Le ministre a clairement exprimé qu'il observait les prix des carburants avec inquiétude", a indiqué une porte-parole du ministère des Transports lors d'une conférence de presse. Des mesures pour "réagir rapidement" si les prix continuent d'augmenter, notamment au delà de 2 euros, doivent être prévues, a-t-elle ajouté.

Si pour le moment le gouvernement allemand n'a donc rien prévu pour lutter contre la hausse des carburants, il a en revanche pris une mesure pour lutter contre la hausse de l'électricité.

Ainsi, Berlin va baisser au 1er janvier une taxe sur la consommation d'électricité, afin d'alléger la facture des ménages. La redevance sur les énergies renouvelables (EEG) va baisser de près de moitié à son niveau "le plus bas depuis dix ans", selon le ministre.

Des aides ciblées au Royaume-Uni

Comme sur le continent, les carburants atteignent des records au Royaume-Uni, avec le super 95 à 1,40£ (1,65€) et le gazole à 1,43£ (1,69€) le vendredi 15 octobre. Si pour l'instant rien n'est prévu pour limiter la hausse des prix des carburants, Londres a déjà pris des mesures en septembre dernier, alors que le prix de l'électricité (régulé) avait connu une augmentation de 12%.

Le gouvernement britannique a ainsi annoncé le 30 septembre un fond de 500 millions de livres (591 millions d'euros) destiné aux municipalités pour des aides ciblées afin d'aider les plus précaires à payer leurs factures d'énergie, notamment de chauffage, mais aussi à couvrir des dépenses d'alimentation et d'habillement.

Italie : des exonérations pour les précaires

L'Italie a annoncé en septembre dernier une enveloppe de trois milliards d'euros, avec l'élimination sur la facture de ce qui est appelé "coûts d'infrastructure" pour le gaz au dernier trimestre.

Quelque 2,6 millions de personnes bénéficiant d'ores et déjà d'un "bonus social" ne subiront pas la hausse des prix du gaz. Pour les autres, la TVA sera abaissée à 5%. L'enveloppe permettra par ailleurs d'exonérer les plus précaires de la hausse sur leur facture d'électricité.

Espagne : limitation des bénéfices

L'Espagne, plus dépendante du gaz pour sa production d'électricité que ses voisins européens comme la France, a, elle, agi dès juillet avec une baisse temporaire de la TVA sur l'électricité décidée par le gouvernement de gauche de Pedro Sánchez pour faire baisser la facture des consommateurs les plus modestes.

Mais cette baisse a déjà en partie été absorbée par l'envolée des prix et le gouvernement a présenté une seconde salve de mesures mi-septembre, dont une baisse temporaire de l'impôt spécial sur l'électricité et une limitation des bénéfices extraordinaires engrangés par les compagnies d'électricité grâce aux prix élevés.

En outre, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a proposé, début octobre, à la Commission européenne de procéder à des "achats groupés" de gaz afin d'accroître le pouvoir de négociation de l'UE face à la flambée des prix de l'énergie. L'Union Européenne incite ses Etats membres à faire baisser les taxes sur l'Energie

L'Union Européenne incite ses Etats membres à baisser les taxes sur l'Energie

La Commission européenne a présenté le 13 octobre dernier des "outils" dans lesquels les Vingt-Sept sont invités à puiser pour alléger les factures des consommateurs les plus vulnérables.

Bruxelles incite notamment les Etats à baisser les lourdes taxes sur l'énergie – y compris la TVA – et à soutenir les ménages via des bons d'achat ou reports de factures.

La commissaire à l'Energie, Kadri Simson a également avancé la piste du "marché carbone (CO2)". "Cela peut paraître un fardeau pour des Etats se remettant à peine de la pandémie, mais ils peuvent puiser dans les recettes du marché carbone, où les fournisseurs d'énergie achètent des droits à polluer", a-t-elle expliqué.

Selon la Commission, la forte hausse du cours du CO2 a permis aux Etats membres d'engranger au total 26,3 milliards d'euros de recettes sur les neuf premiers mois de 2021, soit presque 11 milliards supplémentaires sur un an.

Pour autant, ces mesures temporaires doivent être "bien ciblées", "facilement ajustables" dès que la situation s'améliorera, "éviter d'interférer avec les dynamiques du marché" et ne pas fragiliser les soutiens aux renouvelables, a averti la Commission.