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Vente record pour un rare manuscrit d'Einstein mis aux enchères à Paris ?

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Par Vincent Coste  avec AFP
Archives : Albert Einstein lors d'une démonstration organisée par l'Association américaine pour l'avancement des sciences (AAAS) à Pittsburgh, le 28 décembre 1934
Archives : Albert Einstein lors d'une démonstration organisée par l'Association américaine pour l'avancement des sciences (AAAS) à Pittsburgh, le 28 décembre 1934   -   Tous droits réservés  AP Photo

E=mc2... = 2 millions d'euros ?
Si vous souhaitez acquérir un morceau de l'histoire de la physique moderne, soyez le 23 novembreà 18h30 à Paris. L'un des manuscrits préparatoires à la théorie de la relativité générale d'Albert Einstein va être, en effet, mis aux enchères dans les locaux parisiens de la maison Christie's. Cette vente, opérée pour le compte de la société Aguttes, risque d'atteindre des niveaux stratosphériques, car ce document a été estimé entre deux et trois millions d'euros.

Le document en question est un manuscrit autographe de 54 pages rédigé en 1913 et 1914, à Zurich en Suisse, par le célèbre physicien d'origine allemande et son collaborateur et confident, Michele Besso.

Selon Christie's, c'est grâce à cet ingénieur suisse que "le manuscrit est, presque miraculeusement, parvenu jusqu'à nous : Einstein n'aurait probablement pas pris la peine de conserver ce qui pouvait lui apparaître comme un document de travail".

Il s'agit sans nul doute du manuscrit d'Einstein le plus précieux jamais proposé aux enchères
Christie's
Communiqué de la maison de ventes

Après sa théorie de la relativité restreinte, qui lui fit démontrer en 1905 la fameuse formule E=mc², Einstein commença à travailler à une théorie de la relativité générale.

Cette théorie de la gravitation, finalement publiée en novembre 1915, a révolutionné notre compréhension de l'univers. Mort en 1955 à l'âge de 76 ans, Einstein est devenu le symbole du génie scientifique autant qu'une figure pop, avec la célèbre photo de 1951 où il tire la langue.

ARTHUR SASSE / UPI / AFP
Albert Einstein, tirant la langue le 14 octobre 1951, jour de son 72e anniversaire, à Boston aux Etats-UnisARTHUR SASSE / UPI / AFP

Début 1913, lui et Besso "s'attaquent à l'un des problèmes auxquels la communauté scientifique se heurtait depuis des décennies : l'anomalie de l'orbite de la planète Mercure", rappelle Christie's. Les deux scientifiques résoudront cette énigme.

Ce n'est pas dans les calculs couchés sur ce manuscrit, qui comptent "un certain nombre d'erreurs passées inaperçues". Quand Einstein les repéra, il ne se préoccupa plus de ce manuscrit, emporté par Besso.

"Les documents autographes scientifiques d'Einstein de cette période, et plus généralement d'avant 1919, sont extrêmement rares", souligne Christie's.

"Etant l'un des deux seuls manuscrits de travail documentant la genèse de la théorie de la relativité générale qui nous soient parvenus, il est un témoignage extraordinaire du travail d'Einstein et nous permet une plongée fascinante dans l'esprit du plus grand scientifique du XXe siècle", poursuit la maison d'enchères.

L'autre document connu de cette période cruciale dans les recherches du physicien, dit "carnet de Zurich" (fin 1912, début 1913) est en effet aux archives Einstein de l'Université hébraïque de Jérusalem.

Une vente ordonnée par la justice

Le manuscrit "Einstein-Besso" est déjà passé à deux reprises sous le marteau de la maison Christie's. En novembre 1996, il avait été adjugé 398 500 dollars. Un peu moins de quatre ans plus tard, en octobre 2002, il avait atteint la somme de 559 500 dollars, après avoir été acquis par l'homme d'affaire français Gérard Lhéritier. Ce dernier, créateur du "Musée des lettres et manuscrits" à Paris où le "Einstein-Besso" avait été ensuite exposé, est au centre d'une affaire d'escroquerie.

Sa société Aristophil, qui avait constitué l'une des plus grandes collections de manuscrits et autographes au monde, a été mise en liquidation en 2015. Gérard Lhéritier a été, lui, mis en examen. Il est soupçonné d’avoir monté une "pyramide de Ponzi", chère à Bernard Madoff. Dans le cadre de cette affaire, le musée a également fermé ses portes en 2015.

Plusieurs maisons de vente aux enchères ont été mandatées, dont Aguttes, pour effectuer la dispersion de la collection Aristophil après sa liquidation. La vente de ce mardi se fera donc sur ordonnance du tribunal de commerce de Paris.