Le président français a appelé samedi au calme avant une manifestation en hommage à Quentin Deranque, dont le meurtre a mis le pays sous tension. Cette marche, largement relayée en ligne par des groupes d'ultradroite, devrait rassembler entre 2 000 et 3 000 personnes à Lyon.
Une manifestation sous haute sécurité. Tous les regards seront tournés vers Lyon, où une marche en hommage à Quentin Deranque se tiendra à partir de 15h00 dans le VIIe arrondissement, là même où le militant nationaliste avait été frappé à mort.
Malgré les appels à interdire le rassemblement – notamment celui du maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, qui évoquait un risque de "débordements violents" – la préfecture du Rhône a choisi de l'autoriser.
Les services de l'État assurent avoir recherché un "équilibre entre liberté d'expression et prévention des troubles à l'ordre public". Les forces de l'ordre déploient un important dispositif pour encadrer l'événement.
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Manifestations interdites dans le reste de Lyon
Selon un arrêté préfectoral, tout rassemblement, "hormis ceux déjà déclarés", est interdit du samedi 21 février 2026 à 11h au dimanche 22 février 2026 à 3h dans un vaste périmètre couvrant la majeure partie du centre-ville, notamment :
- la presqu'île, des Pentes de la Croix-Rousse au musée des Confluences ;
- le Vieux-Lyon ;
- la Guillotière ;
- la Part-Dieu ;
- les quais de Saône et les berges du Rhône, à l'exception du VIe arrondissement.

Préfecture du Rhône
Sécurité, itinéraire : à quoi s'attendre ?
Dans un communiqué, la préfecture du Rhône précise que l'organisatrice de la manifestation – la militante anti-avortement proche de l'ultradroite lyonnaise Alliette Espieux – s'est engagée à respecter deux consignes : "que cette marche revête un caractère pacifique" et "qu'elle ne donne lieu à aucune expression politique".
Le parcours, long d'environ 1,4 km, traversera la partie sud du VIIe arrondissement : le cortège partira à 15 heures de la place Jean-Jaurès, empruntera la rue Pré-Gaudry, la rue Crépet puis le boulevard Yves-Farge, avant de rejoindre la rue Victor-Lagrange, où Quentin Deranque avait été roué de coups mortels.
Le dispositif de sécurité s'annonce massif. Il comprendra :
- les effectifs de la direction interdépartementale de la police nationale du Rhône ;
- plusieurs compagnies républicaines de sécurité, dont la CRS 83, nouvelle unité de maintien de l''ordre, spécialisée dans les violences urbaines et les troubles à l'ordre public de "haute intensité" ;
- des escadrons de gendarmerie mobile.
Des policiers nationaux patrouilleront également dans les transports en commun, les gares seront placées sous surveillance renforcée et la police municipale protégera les bâtiments publics.
Les commerçants recevront "en temps réel" les informations sur les incidents éventuels.
La préfète réaffirme son intransigeance face aux comportements ou aux propos qui pourraient tomber sous le coup de la loi lors de cette manifestation. Les éventuels mis en cause seront interpellés ou signalés à la justice.
#OrdrePublic
— Préfète de région Auvergne-Rhône-Alpes et du Rhône (@prefetrhone) February 20, 2026
Une manifestation dite « Marche en hommage à Quentin » aura lieu demain samedi 21 février à #Lyon à partir de 15h00.
⚠️ La circulation et le stationnement seront perturbés sur l'ensemble du parcours. Nous vous recommandons d’anticiper vos déplacements !
✅ La… pic.twitter.com/j2oMmouEHl
L'administration Trump s'en mêle et réclame que les responsables soient traduits en justice
Après un passe d'armes entre Emmanuel Macron et Giorgia Meloni, qui a qualifié le tabassage à mort de Quentin Deranque d'"une blessure pour toute l'Europe", c'est au tour de l'administration Trump de commenter l'affaire française.
L'ambassade américaine à Paris a relayé un message du Bureau de lutte contre le terrorisme, rattaché au département d’État, affirmant que "l'extrémisme de gauche violent est en hausse et son rôle dans la mort de Quentin Deranque démontre la menace qu'il représente pour la sécurité publique".
"Nous continuerons à suivre la situation et espérons que les auteurs de ces violences seront traduits en justice", a ajouté le Bureau.
Les informations, corroborées par le ministre français de l'Intérieur, selon lesquelles Quentin Deranque aurait été tué par des militants d'extrême gauche, devraient tous nous préoccuper.
— U.S. Embassy France (@USEmbassyFrance) February 20, 2026
L'extrémisme violent de gauche est en hausse et son rôle dans la mort de Quentin Deranque… https://t.co/90BOijTxhR
Macron appelle "tout le monde au calme"
S'exprimant depuis le Salon de l'agriculture, qu'il a inauguré, le président Emmanuel Macron a appelé samedi au calme avant un rassemblement en hommage à Quentin Deranque, dont le meurtre a mis le pays sous tension.
Le président de la République a assuré que le gouvernement resterait "très vigilant pour que les choses se passent au mieux possible".
Je pense que c'est un moment de recueillement et de respect pour notre jeune compatriote qui a été tué, pour sa famille et ses proches. C'est aussi un moment d'exigence et de responsabilité.
Emmanuel Macron a également annoncé que son gouvernement tiendrait une réunion pour discuter des "des groupes d'action violentes qui sévissent et qui ont des liens avec les partis politiques quels qu'ils soient", évoquant la possibilité de dissolutions.

AP Photo/Aurelien Morissard, Pool
Municipales à Lyon : une campagne frappée de plein fouet
L'affaire électrise également la campagne municipale à Lyon, où tous les candidats se positionnent sur la gestion de la crise après le meurtre de Quentin. Dimanche dernier, plusieurs d'entre eux ont suspendu leur campagne.
Jeudi, le candidat de la droite et du centre, Jean-Michel Aulas, a appelé, dans une tribune, à ce que le portrait du jeune homme soit affiché sur l'hôtel de ville. Une demande qualifiée d'"indécente" et de déplacée dans "la capitale de la résistance" par son adversaire, Grégory Doucet.
Cette prise de position a vivement irrité le candidat du Rassemblement National, Alexandre Dupalais, qui a accusé le maire de "cracher sur la mémoire d'un jeune Lyonnais assassiné par ses alliés d'extrême-gauche" et a également dénoncé le pavoisement de la façade de la mairie avec un drapeau palestinien au moment de la reconnaissance officielle par la France.
Par ailleurs, Jordan Bardella, président du RN, a recommandé, dans une lettre adressée à ses cadres et consultée par plusieurs médias français, de ne pas se rendre aux rassemblements d'hommage à Quentin Deranque ni "n'y associer" le parti d'extrême droite qu'il dirige.
G.Doucet s’enfonce chaque jour un peu plus dans l’infamie.
— Alexandre Dupalais (@a_dupalais) February 20, 2026
Après avoir pavoisé l’hôtel de ville aux couleurs palestiniennes et fait citoyen d’honneur un colonel du Hamas, il crache sur la mémoire d’un jeune lyonnais assassiné par ses alliés d’extrême-gauche.
Il doit partir. https://t.co/QF0hLsL0lr
Sciences Po Lyon écrit de nouveau aux étudiants
Nous avons révélé le premier courriel adressé samedi dernier aux étudiants de l'IEP de Lyon, dans lequel sa directrice, Hélène Surrel, revenait sur le dispositif de sécurité mis en place lors de la conférence de Rima Hassan, assurant qu'"n'y a eu aucun incident dans les locaux".
Un deuxième mail, consulté par Euronews, a été envoyé pendant la semaine des vacances universitaires. La cheffe de l'établissement y évoque une situation "difficile" pour Sciences Po Lyon, "à la suite des actes de violence ayant conduit au décès tragique de Quentin Deranque".
L'équipe de direction et moi-même pensons à vous et mettons tout en œuvre pour que la reprise des enseignements lundi prochain se déroule dans un contexte garantissant votre sécurité et celle des personnels.
Si les mesures concrètes seront précisées ultérieurement, Hélène Surrel indique d'ores et déjà que la présentation de la carte étudiante sera nécessaire pour accéder aux locaux.
Sciences Po Lyon condamne également avec force l'instrumentalisation de ces événements tragiques par certains partis ou groupuscules, d’où qu’ils viennent, pour remettre en cause le rôle des établissements universitaires.
La directrice annonce enfin la mise en place d'un service de soutien psychologique à partir de mardi prochain.

Le bâtiment pédagogique de l'IEP, vide pendant les vacances d'hiver / Euronews
Complicité de meurtre : que dit le code pénal ?
L'infraction de meurtre, passible de 30 ans de prison, est "plutôt connue du grand public", déclare à Euronews Cem Alp, avocat pénaliste au barreau de Lyon.
Concernant le chef d'accusation retenu contre Jacques-Elie Favrot, Me Alp précise qu'en droit français, le complice encourt la même peine que l'auteur du meurtre :
Que l'on soit auteur ou complice, on s'expose exactement aux mêmes peines.
L'avocat précise que le code pénal distingue deux formes de complicité de meurtre par instigation : on peut être poursuivi soit pour avoir provoqué l'infraction – par un don, une promesse, une menace, un ordre ou un abus d'autorité – soit pour avoir donné des instructions claires et précises, notamment sur les modalités d'exécution.
Le fait que l'ancien assistant de Raphaël Arnault soit soupçonné de complicité pourrait signifier que, selon le parquet, il "n'a pas porté de coups, mais a participé au meurtre, soit en le provoquant, soit en donnant des instructions", analyse le pénaliste, en soulignant que cette interprétation reste sous réserve des conclusions de l'enquête.
Sept mises en examen, des proches de Raphaël Arnault impliqués
Une semaine après le drame, l'enquête s'accélère. Après l'interpellation d'au moins onze personnes en lien avec la mort de Quentin Deranque, sept hommes âgés de 20 à 26 ans ont été mis en examen jeudi soir à Lyon, dont six pour "homicide volontaire".
Jacques-Elie Favrot, ancien assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault, a quant à lui été mis en examen pour "complicité de meurtre par instigation" et placé en détention provisoire.
Six personnes restent en détention, tandis que quatre autres ont été remises en liberté. Le procureur de Lyon, Thierry Dran, a précisé jeudi que les enquêteurs n'avaient pas encore identifié toutes les personnes impliquées dans les violences ayant coûté la vie au militant d'extrême droite, survenues en marge de la conférence donnée par l'eurodéputée franco-palestinienne Rima Hassan, organisée par l'association EUROKA.
D'après l'AFP, la plupart des suspects sont connus pour leur proximité avec le mouvement d'ultragauche antifasciste "La jeune garde", fondé en 2018 à Lyon par Raphaël Arnault et dissous en juin 2025 par le ministère de l'Intérieur.
Depuis quelques jours, Raphaël Arnault est sous le feu des critiques. Un deuxième ancien collaborateur de l'élu, Adrien Besseyre, dont le contrat avait pris fin quelques jours avant les événements, fait également partie des mis en examen pour "homicide".
L'actuel assistant de Raphaël Arnault, Robin C., est soupçonné d'avoir hébergé et porté assistance à Adrien Besseyre, selon Le Parisien. Il n'est plus en détention et sera convoqué ultérieurement au tribunal pour répondre de "recel de malfaiteur", rapporte l'AFP.
Ce dernier apparaît toujours sur le site du Parlement sous le pseudonyme Robin Michel. La présidente de l'Assemblée, Yaël Braun-Pivet a déclaré avoir demandé "que les contrats de l'ensemble des collaborateurs soient examinés", et que le recours aux noms d'usage soit interdit.
Des appels à l'exclusion du député Arnault du groupe insoumis, voire à sa démission, ont été lancés par ses opposants politiques.
Le contrat de travail de M. Robin C. a été établi avec son député-employeur sous son vrai nom. C'est son député qui a demandé à ce que puisse être utilisé un nom d’usage sur les documents publics liés à ses fonctions. Des vérifications de sécurité ont été faites préalablement à… https://t.co/0zRQLmf0NH
— Yaël Braun-Pivet (@YaelBRAUNPIVET) February 18, 2026
Ambiance dans le VIIe arrondissement
À Lyon, des appels à éviter le secteur de la marche, voire à organiser une contre-manifestation, ont été diffusés par des auteurs anonymes ainsi que par des groupes d'ultragauche antifasciste, tels que Rebellyon.
Certaines affiches dans l'espace public laissent entendre que la communauté musulmane serait notamment visée, en cas de débordements.
Une pétition en ligne du groupe Lyon INSURRECTION pour interdire la marche a recueilli plus de 31 000 signatures. Le texte dit refuser "que notre ville serve de vitrine à une démonstration de force de l’extrême droite radicale".


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