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Manifestations en Iran : quels sont les scénarios possibles ?

Dans cette vidéo, des manifestants bloquent un carrefour à Téhéran, le 8 janvier 2026.
Dans cette vidéo, des manifestants bloquent un carrefour à Téhéran, le 8 janvier 2026. Tous droits réservés  AP Photo
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Par Babak Kamiar
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Les manifestations à Téhéran sont entrées dans leur 13e jour, tandis que de fortes coupures d'Internet limitent les communications au cœur de ce qui est devenu la plus grande mobilisation antirégime depuis des années. Euronews décrypte les scénarios possibles pour la suite.

Les manifestations de rue à Téhéran sont entrées dans leur 13e jour consécutif, tandis que, depuis jeudi soir, des coupures d'Internet généralisées, parfois quasi totales, ont réduit au minimum les communications avec l'extérieur.

Les rares images et vidéos circulant sur les réseaux sociaux et applications de messagerie suggèrent que les manifestations se répandent dans plusieurs villes iraniennes. Toutefois, les restrictions sévères sur la connectivité rendent difficile toute vérification indépendante des informations circulant sur place.

Les images transmises d'Iran la nuit dernière peuvent rappeler, pour un public allemand, les jours précédant la chute du mur de Berlin, tandis que pour de nombreux Iraniens, elles évoquent les derniers jours du régime du chah Reza Pahlavi en 1979.

Le président américain Donald Trump a qualifié ces événements de "plus grandes manifestations jamais vues", une remarque largement reprise par les médias internationaux.

Compte tenu de la rapidité des événements, de la coupure des communications et de l'absence de vue claire sur l'équilibre des pouvoirs à l'intérieur du pays, les analystes envisagent plusieurs scénarios possibles pour le proche avenir.

Dans cette vidéo, des manifestants bloquent un carrefour à Téhéran, le 8 janvier 2026.
Dans cette vidéo, des manifestants bloquent un carrefour à Téhéran, le 8 janvier 2026. AP Photo

Escalade de la répression sécuritaire

L'un des scénarios les plus probables est une intensification de la répression. Vendredi, le Conseil suprême de sécurité nationale de l'Iran a publié une résolution annonçant une "réponse très décisive" aux manifestations.

Cette instance, la plus haute autorité décisionnelle du pays en matière de sécurité, a affirmé que les récentes mobilisations s'étaient "écartées des demandes légitimes du public" et qu'elles étaient poussées vers l'instabilité par "les conseils et la planification d'Israël et des États-Unis".

Si ce récit officiel contraste fortement avec la réalité sur le terrain, il montre que les autorités perçoivent la situation comme une menace pour la sécurité nationale.

Des observateurs avertissent qu'un tel cadrage ouvre la voie à un recours élargi à la force, les manifestants n'étant plus considérés comme des citoyens mécontents, mais comme des agents d'un "projet ennemi".

Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, lors d'une réunion à Téhéran, le 20 octobre 2025.
Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, lors d'une réunion à Téhéran, le 20 octobre 2025. AP Photo

Entre-temps, la probabilité d'une répression plus sévère, d'arrestations massives et même de recours à la force meurtrière s'est accrue. Si de telles mesures répressives peuvent calmer la rue à court terme, de nombreux analystes estiment qu'elles risquent surtout d'aggraver la crise de légitimité du régime.

Des images publiées vendredi suggèrent qu'un scénario similaire à celui observé précédemment dans le Sistan et le Baluchestan pourrait être en train de se reproduire.

Selon ces images, les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des manifestants autour de la mosquée Makki à Zahedan, malgré les récents avertissements du chef sunnite de la prière du vendredi – un critique du gouvernement – qui avait appelé à la retenue et exhorté à éviter la violence.

Pour de nombreux observateurs, ne pas tenir compte de ces avertissements marque la fin du dialogue et le recours quasi exclusif à la force.

Défections au sein des forces de l'État – ou leur radicalisation accrue

L'érosion de la loyauté au sein des forces de sécurité et de l’armée constitue l'un des scénarios les plus critiques pour le régime.

Des manifestations à grande échelle dans des villes comme Mashhad – lieu de naissance de l'ayatollah Ali Khamenei – combinées aux récentes références de Donald Trump à la possible défection de certaines unités de sécurité, ont attiré l'attention des observateurs.

La crise économique, la prise de conscience croissante du sort de régimes similaires, ainsi que les révélations sur la corruption généralisée, le train de vie des élites et la présence d'enfants de hauts fonctionnaires dans des pays occidentaux, sont autant de facteurs susceptibles de fragiliser la loyauté de membres des forces armées.

Dans le même temps, certains analystes considèrent que les événements de la nuit dernière marquent un tournant. Selon eux, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) pourrait estimer qu'il n'a d’autre choix que d'intervenir pleinement.

Un membre des Gardiens de la révolution iraniens dans le centre de Téhéran, le 24 juin 2025.
Un membre des Gardiens de la révolution iraniens dans le centre de Téhéran, le 24 juin 2025. AP Photo

Si une telle initiative peut semer la peur à court terme, une confrontation prolongée pourrait augmenter significativement le risque de défections au sein des forces loyales.

Pourtant, les analystes soulignent qu'aucun changement fondamental dans l'équilibre des forces n'a encore eu lieu. Selon eux, quel que soit le scénario, il est peu probable que la République islamique cède son pouvoir, même si son maintien implique une instabilité prolongée et une érosion interne.

Au-delà de la répression physique, la "guerre de l'Internet" est désormais un élément central de la réponse gouvernementale. Les experts estiment que les autorités pourraient recourir à des tactiques telles que le brouillage ou la perturbation ciblée des communications par satellite ou de l'infrastructure Starlink, en plus d'une coupure totale d'Internet – des méthodes déjà utilisées contre les réseaux de télévision par satellite.

Si cela se confirme, cela indiquerait que l'Iran est entré dans une phase plus avancée de contrôle de l’information, dans le but de confiner complètement l'espace médiatique du pays. Ces mesures traduisent également la profondeur de l'inquiétude du régime face à la persistance et à l'expansion des manifestations.

Une cérémonie à la grande mosquée Imam Khomeini à Téhéran, le 1er janvier 2026.
Une cérémonie à la grande mosquée Imam Khomeini à Téhéran, le 1er janvier 2026. AP Photo

Trump, Pahlavi et la possibilité d'un retour de la monarchie

Les déclarations de Donald Trump à propos du prince héritier Reza Pahlavi ont renforcé l'incertitude entourant la crise.

Alors que Trump l'a qualifié de "type bien", des informations récentes indiquent qu'aucune rencontre directe entre les deux n'est prévue mardi prochain à Mar-a-Lago, contrairement aux indications précédentes.

Les spéculations sur cette annulation évoquent tout autant des raisons juridiques que la volonté d'éviter de fournir à la République islamique un prétexte pour justifier une répression en invoquant l'"ingérence étrangère".

Pour autant, certains observateurs demeurent sceptiques, compte tenu des antécédents de Trump.

Reza Pahlavi, le fils du chah renversé d'Iran, Mohammad Reza Pahlavi, s'exprime lors d'une conférence de presse à Paris, le 23 juin 2025.
Reza Pahlavi, le fils du chah renversé d'Iran, Mohammad Reza Pahlavi, s'exprime lors d'une conférence de presse à Paris, le 23 juin 2025. AP Photo

Selon plusieurs analystes, la réaction du public à l'appel lancé par le fils du dernier chah d'Iran a dépassé les attentes initiales.

Dans certaines manifestations, les chants visaient directement le sommet du pouvoir de la République islamique, tandis que de nombreux slogans évoquaient la restauration de la monarchie ou portaient le nom des Pahlavi – un changement notable dans la rhétorique des protestations par rapport aux cycles précédents.

De son côté, le guide suprême Ali Khamenei a réaffirmé vendredi que le régime actuel "ne reculera pas". Dans des images diffusées par la télévision d’État, il a de nouveau qualifié les manifestants d'"émeutiers", les accusant de servir les intérêts de Donald Trump et de chercher à plaire au président américain. Il les a également décrits comme des "individus nuisibles" pour le pays.

Le président américain Donald Trump s'adresse aux législateurs républicains lors de leur retraite politique annuelle à Washington, le 6 janvier 2026.
Le président américain Donald Trump s'adresse aux législateurs républicains lors de leur retraite politique annuelle à Washington, le 6 janvier 2026. AP Photo

Réforme interne et scénario "bonapartiste"

Il y a encore quelques jours, ce scénario était considéré comme l'une des issues les plus plausibles.

Compte tenu du coût élevé d'un changement de régime pour les États-Unis, de l'expérience vénézuélienne suite à une intervention extérieure et du fait que le maintien de la République islamique sert certains intérêts régionaux et internationaux, l'idée s'était imposée qu'une personnalité issue du système pourrait être chargée de conduire des réformes – stabiliser l'économie sans remettre en cause la structure du pouvoir.

La principale incertitude portait sur l'identité de cette figure. Certains évoquaient l'ancien président Hassan Rouhani, d'autres suggéraient l'émergence d'une figure militaire moins connue, un "sauveur napoléonien" chargé de rétablir l’ordre.

Plusieurs experts jugeaient toutefois irréaliste le retour de Rouhani, estimant que toute tentative de sa part de revenir au pouvoir entraînerait probablement sa destitution par les partisans de la ligne dure alignés sur l'ayatollah.

Pour autant, la réponse massive du public au dernier appel de Pahlavi, en particulier depuis jeudi, a sensiblement affaibli ce scénario, sans toutefois l'écarter complètement.

Des manifestants montrent une photo du prince héritier Reza Pahlavi lors d'une manifestation à Berlin, le 9 janvier 2026.
Des manifestants montrent une photo du prince héritier Reza Pahlavi lors d'une manifestation à Berlin, le 9 janvier 2026. AP Photo

Ni Syrie, ni Venezuela ?

Un autre scénario qui gagne en poids est celui d'un départ ou d'une fuite de hauts responsables de la République islamique, évoquant des parallèles avec ce qui s'est passé en Syrie.

Des rumeurs circulent sur des vols suspects à destination de Russie, des transferts présumés d'or hors d’Iran, et des spéculations selon lesquelles Ali Khamenei et sa famille pourraient se rendre à Moscou si l'instabilité s'intensifie – un plan évoqué dans certains rapports de renseignement comme une option de repli, inspiré de l'évasion de dirigeants syriens vers la Russie.

Des informations non confirmées ont aussi mentionné des demandes de visas pour la France par le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, et sa famille, ou encore la présence de la famille d'Abbas Araghchi, chef de la diplomatie iranienne, lors d'un voyage au Liban.

Mais l'expérience du Venezuela sous Nicolás Maduro montre que, même face à de fortes pressions, la structure du pouvoir peut rester solide malgré les pressions – un précédent qui tempère les attentes d'un départ massif de l'élite iranienne.

Le président vénézuélien Nicolás Maduro comparaît devant le tribunal fédéral de Manhattan, le 5 janvier 2026.
Le président vénézuélien Nicolás Maduro comparaît devant le tribunal fédéral de Manhattan, le 5 janvier 2026. AP Photo

Cela a conduit certains observateurs à suggérer que l'objectif réel de Donald Trump pourrait être la destitution d'Ali Khamenei, suivie d'un transfert d’autorité à une figure du régime chargée de gérer la transition. Cependant, face à l'accélération et à l'ampleur des manifestations, ce scénario semble aujourd’hui moins certain.

Une autre hypothèse envisagée actuellement n'est ni un scénario syrien ni vénézuélien, mais celui d'une évolution vers un leadership iranien plus aligné sur l'Occident, sans effondrement brutal du système.

Reste que la suite demeure imprévisible : on ne sait pas ce qui se produirait réellement après une éventuelle destitution, un décès ou une éviction du Guide suprême, poste clé de l'État iranien créé en 1979 et occupé par Ali Khamenei depuis 1989.

Le pays pourrait être confronté à une fragmentation ou à une montée de l'insécurité, avec des revendications grandissantes de la part des minorités et des différentes provinces ; ou bien un nouveau leader pourrait émerger, capable de faire face aux profondes crises structurelles qui secouent l'Iran.

Les magasins sont fermés pendant les manifestations dans le principal bazar de Téhéran, vieux de plusieurs siècles, le 6 janvier 2026.
Les magasins sont fermés pendant les manifestations dans le principal bazar de Téhéran, vieux de plusieurs siècles, le 6 janvier 2026. AP Photo

Dans ce contexte, des questions demeurent sur la manière dont les promesses d'investissements étrangers et les déclarations de personnalités telles que Dara Khosrowshahi ou Elon Musk pourraient se concrétiser.

Par ailleurs, des puissances mondiales comme la Chine, et dans une moindre mesure la Russie, ne resteront probablement pas passives et joueront presque certainement un rôle dans ce recalibrage historique.

En fin de compte, si les signaux émis par Téhéran au cours des dernières heures reflètent la réalité sur le terrain, la probabilité que le gouvernement augmente le recours à la violence semble croître.

Toutefois, avec l'accès à Internet largement restreint, ces informations ne reflètent qu'une partie limitée des voix en Iran, rendant difficile l'évaluation de leur impact réel sur les décisions des manifestants.

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