La mission est dirigée par vice-ministre de l’Énergie Gábor Czepek. L'oléoduc Droujba est à l'arrêt depuis la fin du mois de janvier à cause d'une attaque présumée de drones russes. Budapest accuse Kyiv de bloquer les livraisons pour des raisons politiques, ce que le gouvernement ukrainien nie.
Une mission d'enquête hongroise menée par le secrétaire d'État au ministère de l’Énergie Gábor Czepek a été envoyée en Ukraine pour vérifier l'état de l'oléoduc Droujba. Celui-ci est accompagné d'un expert de l'industrie pétrolière, un cadre d'État ayant une spécialiste des relations internationales et un analyste du marché de l'énergie.
Dans une vidéo postée sur son compte Facebook, Gábor Czepek a indiqué être arrivé au poste frontière de Záhony ce mercredi 11 mars matin et précisé que la délégation avait pour mission de vérifier l'état de l'oléoduc Droujba et de créer les conditions nécessaires à la reprise des livraisons de pétrole dans les plus brefs délais.
"La situation est nouvelle, le conflit au Moyen-Orient a fait monter les enchères. Les routes maritimes sont désormais difficiles et l'Europe est confrontée à une crise pétrolière. Dans cette situation, celui qui peut approvisionner par oléoduc, et pas seulement par voie maritime, a un avantage stratégique", a-t-il assuré. Avant de poursuivre : "La position de la Hongrie est donc un avantage stratégique, et la politique énergétique de ces quatre dernières années, où nous n'avons pas permis la fermeture des ressources de l'Est, nous n'avons pas permis la fermeture de l'oléoduc Droujba, est essentielle pour le pays."
Vers 11 heures, le secrétaire d'État a publié un autre message Facebook, indiquant que l'équipe était en route pour Kyiv.
Rapidement après cette annonce, le gouvernement ukrainien a réagi en affirmant ne pas avoir convié cette équipe hongroise. "C'est un voyage privé. Nous ne les avons pas invités", a assuré Serguiï Kyslytsia, le chef adjoint de l'administration présidentielle. La diplomatie ukrainienne a même contesté le "statut officiel" de cette mission.
Des relations tendues entre les gouvernements ukrainien et hongrois
Les relations entre Budapest et Kyiv sont extrêmement tendues depuis la mise à l'arrêt de l'oléoduc Droujba après une attaque présumée de drones russes, fin janvier, mettant fin aux livraisons de pétrole de Moscou. Les gouvernements hongrois et slovaque affirment que l'oléoduc a été réparé depuis et que le gouvernement ukrainien refuse de reprendre l'approvisionnement en pétrole pour des raisons purement politiques.
"Le président Zelensky veut punir les familles et les entrepreneurs hongrois avec le blocus pétrolier. Il fait du chantage et menace d'amener un gouvernement pro-ukrainien au pouvoir en Hongrie. Nous ne le permettrons pas", a écrit le Premier ministre Viktor Orbán sur Facebook le 10 mars.
Mais selon le gouvernement ukrainien, l'oléoduc est toujours endommagé et seul un cessez-le-feu permettrait de lancer les travaux de réparation. La semaine dernière, Volodymyr Zelensky a déclaré qu'il hésitait à lancer les travaux parce que la Russie utilisait la vente de son pétrole pour financer sa guerre contre l'Ukraine.
Viktor Orbán a déclaré que tant que l'approvisionnement en pétrole ne serait pas rétabli, il ne soutiendrait aucune décision de l'UE en faveur de l'Ukraine et qu'il opposerait son veto au prêt de 90 milliards d'euros que les États membres de l'UE s'apprêtent à accorder à l'Ukraine sans la participation de la Hongrie.
En réponse, Volodymyr Zelensky a déclaré que si quelqu'un opposait son veto au prêt, il donnerait les coordonnées de cette personne aux militaires pour qu'ils puissent "s'entretenir avec elle dans une langue qu'elle comprend."
L'oléoduc est devenu un sujet brûlant dans la politique intérieure hongroise à l'approche des élections législatives d'avril, lors desquelles le parti de Viktor Orbán sera confronté à un défi de taille face au parti Tisza de Péter Magyar. Le Premier ministre hongrois a alors fait de la sécurité énergétique un thème central de sa campagne, accusant le président Volodymyr Zelensky d'exploiter ce conflit pour déstabiliser son gouvernement.