Exilé en France depuis 1986, Mahmoud Moradkhani est médecin à Croix près de Lille et opposant au régime iranien. Le neveu du Guide Suprême déclare à Euronews que la répression ne mettra pas un terme aux manifestations.
Alors que l'Iran vient de violemment réprimer de vastes mouvements de protestation, le neveu de l'ayatollah Ali Khamenei affirme à Euronews que son oncle résistera "jusqu'à la dernière goutte de sang".
Aujourd'hui médecin ORL dans le nord de la France, Mahmoud Moradkhani est un opposant au régime iranien de longue date. Il a fui l'Iran à 22 ans via l'Irak et est arrivé en France en 1986, sept ans après la révolution islamique.
Il dit espérer que son oncle sera un jour arrêté et jugé."Je ne pense pas qu'il abandonne. Ali Khamenei fait partie des dictateurs comme Ceausescu. Ils resteront jusqu'à la dernière minute. Ils croiront à leur vérité, à leurs paroles. Ils ne peuvent pas accepter autre chose et ils vont résister jusqu'à la dernière goutte de sang", assure le médecin de 62 ans.
Répression sans précédent
Pour la première fois, le régime a évoqué samedi des milliers de morts, sans toutefois reconnaitre la responsabilité des forces de l'ordre. Plus de 4 000 manifestants ont déjà été tués selon l'ONG Human Rights Activists in Iran.
Mahmoud Moradkhani estime que le nombre de victimes est beaucoup plus élevé. "Le régime a vraiment ressenti un danger cette fois-ci et a voulu se montrer beaucoup plus violent pour calmer la population", considère l'opposant, tout en ajoutant que la majorité des Iraniens n'acceptera "jamais le régime".
Il estime que la répression ne sonnera pas le glas des manifestations."La répression permet de calmer de façon transitoire. On a vu ça dans les années précédentes, à plusieurs reprises, et bien entendu le nombre de tués a fait que les gens sont restés à domicile. Mais c'est un feu sous les cendres et un de ces jours, certainement pas très loin, ils vont se réveiller, le régime sera encore en danger et contesté par le peuple", déclare-t-il.
Le médecin regrette que l'opposition iranienne ne soit pas plus organisée. "Je pense que la descente dans la rue, la manifestation de rue, doit être la dernière étape d'une révolution. Et la révolution doit être plus réfléchie, plus programmée, préparée d'avance", déclare-t-il
Mahmoud Moradkhani estime que le régime des mollahs s'effondrera de lui-même à la mort du Guide suprême à cause de rivalités internes. Un scénario que le docteur préfère à une intervention extérieure qui pourrait mener, selon lui, à l'anarchie et au terrorisme.
Sentiment d'abandon
En contact régulier avec son pays d’origine, il rapporte que certains manifestants se sentent trahis par le président des Etats-Unis, Donald Trump, qui les avait initialement soutenus. "Les manifestants, les Iraniens, ont cru que Trump ferait quelque chose et les aiderait militairement. Après l'histoire du Venezuela, il y a eu un espoir", déclare Mahmoud Moradkhani, tout en précisant son désaccord avec la politique du gouvernement américain.
Il attend des Européens qu'ils rompent leurs liens diplomatiques avec le régime et déclarent les Gardiens de la Révolution comme une organisation terroriste.
"Si on aide le peuple iranien sur le plan diplomatique et politique, si on réussit à renverser ce régime, on verra qu'après ça sera beaucoup plus clair et beaucoup plus stable pour la région et pour le monde", déclare Moradkhani, ajoutant qu'il souhaite une transition diplomatique et l'instauration d'une république en Iran.
Pour l'heure, si certains observateurs affirment que l'ayatollah Ali Khamenei veut désigner son fils Mojtaba comme successeur, Mahmoud Moradkhani estime lui que le Guide suprême iranien n'a pas préparé sa succession et ne "pense pas encore à sa mort".