En grande partie financé par des fonds européens, le navire sera capable d’accueillir des drones aériens, de surface et sous-marins. Il assurera des missions de sécurité et scientifique et pourra être mobilisé dans le cadre d'opérations de coopération internationale.
Le Portugal s'apprête à se doter d'un porte-drones, devenant ainsi le premier pays de l'Union européenne à posséder un navire spécifiquement conçu pour transporter des systèmes aériens autonomes. À ce jour, seules la Chine, l’Iran et la Turquie ont développé des navires à pont plat capables d’accueillir ce type de capacités.
Le navire sera baptisé PNR D. João II, en hommage au roi portugais du XVe siècle qui contribua à l’expansion maritime du pays.
D'un coût total de 132 millions d'euros, financé en grande partie par des fonds européens issus du plan de relance et de résilience (94,5 millions d'euros), le navire est construit par le groupe néerlandais Damen. Sa livraison est prévue pour le second semestre de cette année. Damen a d'ores et déjà reçu des manifestations d'intérêt de la part de plusieurs marines européennes.
Polyvalence opérationnelle
Conçu comme un porte-drones polyvalent, le PNR D. João II pourra mettre en oeuvre des systèmes sans pilote aériens, de surface et sous-marins. Sa conception modulaire lui permettra d’être rapidement reconfiguré selon les missions.
"Cette approche permet au navire de conserver une grande flexibilité opérationnelle, en passant d'un profil de mission à l'autre sans compromis structurel important", a expliqué Ricardo Sá Granja, porte-parole de la marine portugaise, à Euronews.
Long de 107,6 mètres, le navire atteindra une vitesse de 15,5 nœuds et bénéficiera d’une autonomie de 45 jours. Il embarquera un équipage de 48 marins, avec la capacité d’accueillir 42 spécialistes, civils ou militaires, et jusqu’à 100 à 200 personnes supplémentaires en cas de besoin. Son pont d’envol sera compatible avec des hélicoptères moyens et pourra ponctuellement accueillir un hélicoptère lourd.
Le navire repose enfin sur une architecture à systèmes ouverts, facilitant l’intégration progressive de technologies émergentes, notamment des applications d’intelligence artificielle.
Missions de sécurité et scientifiques
La sécurité constituera l’un des principaux champs d’action du navire, qui mènera des opérations de recherche et de sauvetage et apportera une assistance en cas de catastrophe, en coordination avec les autorités de la protection civile. Il contribuera également à la protection de la souveraineté nationale, en assurant des missions de contrôle et de surveillance maritime au large du Portugal.
Le navire remplira par ailleurs des missions scientifiques, incluant la collecte, le traitement et la transmission en temps réel de données sur l’espace maritime portugais, ainsi que des tâches d’observation environnementale. Des laboratoires permanents ont été prévus dès la phase de conception, afin de favoriser une coopération étroite avec les universités et une "forte interopérabilité entre les entités civiles et militaires".
Faire face aux menaces hybrides
L’activité navale russe dans l’Atlantique s’est intensifiée ces dernières années. Entre 2022 et 2024, la marine portugaise a suivi 143 navires russes le long des côtes du pays.
En 2025, au moins huit bâtiments ont été détectés dans les eaux sous juridiction portugaise, dont des sous-marins équipés de missiles à longue portée et des navires de renseignement disposant de capacités d’intervention sur les câbles sous-marins.
Selon la marine portugaise, les données recueillies à bord du PNR D. João II seront utiles pour faire face aux menaces hybrides identifiées, telles que le sabotage d’infrastructures critiques immergées ou certaines activités clandestines.
Des partenariats internationaux sont envisagés. À la fin de l’année dernière, lors de sa première visite officielle à Kyiv en tant que chef du gouvernement, Luís Montenegro a participé à la signature d’un accord entre le Portugal et l’Ukraine portant sur la production conjointe de drones sous-marins."Le Portugal et l'Ukraine disposent d'une expertise en matière de véhicules sans pilote qui est à l'avant-garde du monde actuel", avait-il déclaré.