En déplacement en Inde, le président français a demandé jeudi à la cheffe de l'exécutif italien d'arrêter de "commenter ce qui se passe chez les autres", en assurant que, si "chacun reste chez soi", "les moutons seront bien gardés".
Emmanuel Macron a manifestement mal digéré les commentaires de la Première ministre italienne Giorgia Meloni sur la mort de l'activiste identitaire Quentin Deranque à Lyon.
La cheffe de l'exécutif transalpin qui est à la tête du parti Frères d'Italie avec ses fortes attaches à l'extrême droite en tant qu'héritier du MSI néofasciste - a appelé mercredi son décès suite à une altercation avec les activistes antifa en marge du meeting de la députée LFI Rima Hassan dans la cité rhodanienne, "une blessure pour toute l'Europe" tout en déplorant un « climat de haine idéologique ».
Jeudi, le président Emmanuel Macron a exhorté Giorgia Meloni à cesser de « commenter ce qui se passe dans les autres pays », après que la Première ministre italienne se soit dite choquée par le passage à tabac mortel d'un militant d'extrême droite en France.
"Quant aux autres commentaires politiques que je vois, je suis toujours frappé de voir que les gens qui sont nationalistes, qui ne veulent pas qu'on les embête chez eux, sont toujours les premiers à commenter ce qui se passe chez les autres. Que chacun reste chez soi et les moutons seront bien gardés", a-t-il déclaré à New Delhi.
Quentin Deranque, 23 ans, est décédé des suites de ses blessures à la tête après avoir été agressé par au moins six personnes la semaine dernière, en marge d'une manifestation d'extrême droite devant une université de Lyon. La plupart des onze suspects interpellés appartiennent à des mouvements d'extrême gauche, selon une source proche de l'enquête.
Ce meurtre a exacerbé les tensions politiques en France à l'approche des élections municipales de mars et de l'élection présidentielle de 2027, pour laquelle le Rassemblement national (RN), parti d'extrême droite, est considéré comme ayant les meilleures chances de remporter la présidence.
Rome persiste et signe
Las, le ministre italien des Affaires étrangères a remis une couche jeudi, en déclarant que le meurtre d'un militant d'extrême droite en France « est une affaire grave qui nous concerne tous », après que Paris a demandé à Rome de ne pas s'immiscer dans ses affaires intérieures.
Dans une déclaration sur X, Antonio Tajani a indiqué que des incidents similaires au passage à tabac mortel de Quentin Deranque avaient eu lieu dans l'histoire de l'Italie et que la condamnation de tels actes visait à « éviter que l'Italie ne retombe dans un passé aussi sombre ».
« L’assassinat d’un jeune militant français, sur le campus universitaire, est un fait grave qui nous concerne tous, un épisode qui doit être condamné sans hésitation », a écrit Tajani.
Il a ajouté : « Il y a eu beaucoup de Quentin en Italie, certains durant les périodes les plus sombres de la République », en référence aux « années de plomb ».
De la fin des années 1960 aux années 1980, des groupes armés d’extrême gauche et d’extrême droite ont perpétré des attentats et des assassinats à travers l’Italie.
« Condamner des actes comme celui de Lyon sert aussi cet objectif : éviter que l’Italie ne retombe dans un passé aussi terrible », a déclaré Tajani.
Tajani fait partie du gouvernement d'extrême droite de Meloni, mais ils n'appartiennent pas au même parti.
Il dirige le parti de centre-droit Forza Italia, fondé par feu Silvio Berlusconi, tandis qu'elle dirige le parti post-fasciste Frères d'Italie.
Macron "préoccupé"
Emmanuel Macron a, pour sa part, également déclaré qu'il n'y avait pas de place en France « pour les mouvements qui adoptent et légitiment la violence ».
« Rien ne peut justifier un acte de violence, ni d'un côté ni de l'autre, et pas même dans une confrontation directe qui serait mortelle pour la République », a-t-il affirmé.
Un membre de l'équipe du président français a déclaré jeudi matin que Macron était « préoccupé par la situation, qu'il suit de près ».
« Nous devons éviter toute escalade de la violence », a-t-il ajouté.
Onze personnes – huit hommes et trois femmes – ont été placées en garde à vue dans le cadre de l'enquête pour « homicide volontaire ».
Parmi elles figurent deux assistants parlementaires de Raphaël Arnault, député de La France insoumise (LFI, gauche radicale), ainsi qu'un ancien stagiaire.
L'avocat des parents de Deranque a indiqué qu'ils appelaient au « calme et à la retenue ».
« La famille condamne tout appel à la violence. Toute forme de violence politique », a déclaré Fabien Rajon à la chaîne RTL.
Mercredi, Jordan Bardella, chef du RN (extrême droite), a accusé Macron et les anciens Premiers ministres Gabriel Attal et Édouard Philippe de renforcer l'extrême gauche.