Elle a longtemps fait rire le public, mais aujourd'hui, Claire Brosseau ne veut plus se battre contre ses propres démons. L'ex-humoriste canadienne, diagnostiquée bipolaire et atteinte de troubles post-traumatiques depuis plus de 30 ans, demande officiellement l'aide à mourir.
À 49 ans, l'ancienne actrice et humoriste canadienne Claire Brosseau livre aujourd'hui son combat le plus intime : épuisée par trois décennies de lutte contre la bipolarité, un trouble du déficit de l'attention et un syndrome post-traumatique, elle a décidé de poursuivre l'État canadien en justice pour obtenir l'accès à l'aide médicale à mourir, un droit qui lui est encore refusé en raison de sa pathologie mentale.
Elle affirme avoir essayé différents types de traitements au fil des ans sans succès et avoir tenté à plusieurs reprises de mettre fin à ses jours. Elle s'est progressivement retirée du monde, finissant par ne plus jamais quitter son appartement.
"Je suis malade depuis 35 ans. J'ai été traité par des psychiatres, des psychologues, des conseillers, j'ai suivi un programme de réadaptation en 12 étapes à Montréal, New York, Toronto et Los Angeles. J'ai environ 10 à 30 minutes par jour où je me sens bien, où je me dis : « Tout va bien ». Mais le reste du temps, c'est tout simplement horrible, vraiment horrible." explique-t-elle.
Claire Brosseau s’est associée à l’organisation "Dying With Dignity Canada" dans ce combat juridique, arguant que l’exclusion des personnes ayant uniquement une maladie mentale violerait les droits à l’égalité et à la liberté garantis par la Charte des droits et libertés canadienne. Le groupe a déposé une plainte constitutionnelle en 2024 qui est toujours en cours.
La modification de la loi sera examinée en mars
Un Canadien sur vingt décédé en 2023, (soit environ 15 000 personnes) a choisi lui-même le moment de son départ.
L'aide à mourir est légale depuis 2016 pour les personnes en fin de vie. Ce droit a été étendu en 2021 aux personnes souffrant d'une maladie grave et incurable, même si la mort n'était pas « raisonnablement prévisible ».
Alors que la Grande-Bretagne et la France envisagent des mesures similaires, le Canada se prépare à aller encore plus loin.
Une commission parlementaire doit se pencher le mois prochain sur la question de savoir si l'aide à mourir devrait être étendue aux personnes souffrant exclusivement de maladies mentales.
Initialement prévue pour 2024, l'ouverture de l'aide à mourir à toutes les pathologies sans distinction a finalement été repoussée de trois ans. Un report décidé par le gouvernement canadien, qui souhaite s'assurer que les services de santé mentale, déjà sous haute tension après la période post covid, soient en mesure d'absorber cette réforme majeure.
Entre éthique et médecine, les avis divergent. D’un côté, ceux qui reconnaissent que la douleur mentale peut être aussi dévastatrice qu'une maladie incurable. De l’autre, ceux qui rappellent que la psychiatrie est une science de l'évolution, où le pronostic reste, par nature incertain.