La pression ne s'est pas limitée aux points de passage de Jussiyeh et de Yabous, mais s'est étendue au poste frontière de Masnaa, dans la région libanaise de la Bekaa, principal point de passage entre les deux pays.
Les postes-frontières entre la Syrie et le Liban ont été le théâtre d'un exode inverse sans précédent, des dizaines de milliers de Syriens retournant dans leur pays pour échapper à l'escalade militaire israélienne en cours sur le territoire libanais.
Cette nouvelle vague survient dans un contexte de détérioration des conditions de sécurité et de craintes croissantes d'une aggravation du conflit, incitant les familles à quitter volontairement leur lieu de résidence au Liban à la recherche d'une relative stabilité en Syrie.
L'Autorité générale des ports et des douanes syriennes a déclaré les points de passage de Jdeidet Yabous, près de Damas, et de Jussiyeh, près de Homs, ont reçu environ 11 000 voyageurs en provenance du Liban lundi, dont la grande majorité étaient des Syriens.
L'autorité a confirmé que les cadres travaillant aux deux points de passage ont fourni toutes les installations et tous les services nécessaires pour organiser le mouvement d'entrée, et maintenir la sécurité des rapatriés.
Les données indiquent que l'état de préparation et de vigilance continue à suivre le rythme du nombre croissant d'arrivées à la lumière de l'escalade de la tension régionale.
Préparatifs médicaux pour le retour des Syriens
Le poste frontière de Jussiyeh, situé près de la ville d'al-Qusayr dans la province de Homs et reliant le village syrien de Jussiyeh au village libanais d'al-Qaa, est l'un des cinq postes frontières actifs.
Des préparatifs logistiques intensifs ont été observés du côté syrien du point de passage, où des équipes médicales spécialisées et des ambulances étaient prêtes à transporter des patients et à fournir des soins médicaux rapides aux citoyens dès leur passage, en prévision d'éventuelles urgences résultant de longs temps d'attente ou de conditions de voyage difficiles.
Le poste a vu entrer un grand nombre de Syriens d'origines diverses, y compris ceux qui avaient récemment quitté le pays illégalement pendant la période qui a suivi la chute de l'ancien régime syrien, et d'autres qui avaient fui au Liban pour échapper aux horreurs de la guerre civile syrienne et s'y étaient installés pendant de nombreuses années avant que l'évolution actuelle de la situation en matière de sécurité ne les contraigne à rentrer.
Tous ont été officiellement admis après que leurs données personnelles ont été relevées pour faciliter leur entrée et rectifier leur statut par les voies légales.
Les citoyens syriens qui ont parlé à Euronews sous le couvert de l'anonymat ont rapporté qu'un grand nombre d'entre eux attendaient toujours l'autorisation de passer du côté libanais.
Les rapatriés ont expliqué que les autorités libanaises ont imposé des mesures visant à régulariser la situation des personnes qui quittent le pays, en particulier celles qui sont entrées illégalement dans le pays, en exigeant le paiement d'amendes pour violation du droit de résidence et pour traversée illégale comme condition préalable à l'octroi d'une autorisation officielle de sortie vers la Syrie.
Les citoyens ont indiqué que cette procédure, en plus de l'énorme pression exercée sur le point de passage, entraînait des retards importants qui, dans certains cas, ont conduit à des problèmes avec les services de sécurité libanais avant que le passage ne soit autorisé, tandis que la caméra d'Euronews a observé de longues files d'attente de voitures chargées de bagages légers transportés par les personnes rentrant chez elles.
Fuyant les bombardements en quête de sécurité
Euronews a rencontré de nombreux rapatriés, qui ont tous reconnu que la décision de rentrer était purement volontaire, motivée par la peur des opérations militaires israéliennes. Une femme a déclaré que les bombardements et les attaques répétées l'avaient forcée à rentrer malgré les difficultés qu'elle avait rencontrées en sortant du côté libanais, notamment en ce qui concerne les procédures financières et administratives.
Un homme qui a fui Beyrouth a raconté à Euronews comment il a échappé aux frappes aveugles d'Israël, décrivant la scène comme poussant les gens à courir pour échapper à la mort.
Il a ajouté que les routes avaient été détruites à la suite des attaques précédentes, mais que les gens en Syrie "se sentent chez eux" en raison de la sécurité qui règne à l'intérieur du pays par rapport aux zones touchées par les bombardements.
Ces témoignages confirment que la principale motivation du retour est d'"échapper à la guerre" et de chercher un havre de paix, même si cela signifie revenir à une réalité où les problèmes de services et de vie et les procédures bureaucratiques auxquels ils seraient confrontés en Syrie sont exacerbés.
Embouteillages massifs au poste de Masnaa et tensions régionales
La pression ne s'est pas limitée aux postes-frontières de Jussiyeh et d'al-Yabous, mais s'est étendue au poste-frontière de Masnaa, dans la région libanaise de la Bekaa, qui est le principal point de passage terrestre entre les deux pays, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). L'Observatoire syrien des droits de l'homme a indiqué que ce poste était très encombré, avec des files de voitures s'étendant sur de longues distances des deux côtés de la frontière.
Selon des sources locales, la forte densité a entraîné un ralentissement relatif du passage dans un contexte de procédures d'inspection renforcées, tandis que le nombre de familles souhaitant franchir la frontière augmente par crainte d'une éventuelle escalade qui pourrait affecter les zones frontalières ou les profondeurs libanaises adjacentes à la Syrie.
Le point de passage de Jussiyeh avait été la cible de raids israéliens sous le régime de Bachar al-Assad, qu'Israël justifiait en empêchant la contrebande d'armes vers le Hezbollah par ce biais, avant de connaître un calme relatif après la conclusion d'un accord de cessez-le-feu entre le Hezbollah et Israël en novembre 2024.
Toutefois, l'escalade sécuritaire actuelle due aux bombardements israéliens intensifs de vastes zones du Liban a radicalement redessiné la carte des mouvements démographiques à la frontière, inversant le sens des flux de population ; la voie est passée d'une migration syrienne vers le Liban à un retour massif et urgent.
Avec l'escalade des bombardements aujourd'hui, il semble que ces chiffres risquent d'augmenter dans les jours à venir, dans une scène qui rappelle le souvenir du déplacement, mais cette fois vers la mère patrie.