De son côté, le Comité international paralympique ajoute de l'huile sur le feu en déclarant que les soldats russes blessés dans la guerre d'agression contre l'Ukraine, où de nombreux crimes de guerre ont été dénoncés, pourront dans l'avenir participer aux Jeux paralympiques.
Alors que la cérémonie d’ouverture des Jeux paralympiques d’hiver de Milano Cortina 2026 battait son plein vendredi, l'association Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre ! ainsi que d'autres, œuvrant en soutien de l’Ukraine (RESU, Ukraine Comb'art, CAMU, Kalyna ) ont mené une action symbolique de protestation devant le Centre spirituel et culturel orthodoxe russe du quai Branly, que les organisateurs ont taxé d'"outil de propagande du Kremlin en plein Paris".
La réintégration des sportifs russes et bélarusses, admis à défiler aux Jeux paralympiques (mais pas aux JO, récemment terminés) sous leurs couleurs nationales, a déjà fait l'objet de nombreuses protestations.
Il a été annoncé en février que six Russes et quatre Bélarusses participeront aux Jeux paralympiques après que le Comité international paralympique a levé les suspensions imposées à ces pays.
Les deux pays ont été suspendus des Jeux paralympiques après l'invasion de l'Ukraine par la Russie à la veille des Jeux paralympiques d'hiver de 2022, le Bélarus étant un proche allié de la Russie.
Ainsi, vendredi, le drapeau russe a flotté lors des Jeux paralympiques pour la première fois depuis les Jeux olympiques de Sotchi en 2014 (année de l'annexion de la Crimée et du début de combats avec les séparatistes dans l'est de l'Ukraine), tout d'abord en raison du scandale de dopage soutenu par l'État, avant que la guerre en Ukraine n'entraîne de nouvelles sanctions.
L'Australie et la France se sont jointes, les dernières, au boycott de la cérémonie d'ouverture des Jeux paralympiques en raison de la présence d'athlètes de Moscou et de Minsk sous les drapeaux de leurs pays, a relevé vendredi le chef de la diplomatie ukrainienne Andriy Sybiha.
Ainsi, 16 pays au total ont boycotté l'ouverture des Jeux paralympiques de cette année, avec également l'Ukraine, le Canada, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, l'Allemagne, les Pays-Bas, la Pologne, la Finlande, la Croatie, l'Autriche, la Roumanie, la Grande-Bretagne et la République tchèque.
Les responsables de l'Union européenne ont, eux aussi, boycotté la cérémonie.
La France, par le biais de la ministre des Sports Marina Ferrari, a déclaré qu'elle n'enverra "pas de représentant" à Milan-Cortina. Cette décision sera "à ce stade" aussi valable pour la cérémonie de clôture, qui se tiendra le 15 mars à Cortina.
"C'est une décision que nous avons mûrement réfléchie, qui se veut respectueuse des institutions sportives, du CIP et de la décision prise, mais c'est un désaccord que nous exprimons par rapport à la position qui a été arrêtée", a indiqué Marina Ferrari lors d'un point presse mercredi dernier.
"La stratégie de banalisation du retour", "synonyme d'abandon de l'Ukraine"
La manifestation du vendredi devant le centre russe visait, selon Pierre Raiman, vice-président dePour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre !, à « dénoncer la stratégie de banalisation du retour progressif dans le sport international des sportifs russes qui avaient été exclus du circuit des compétitions internationales depuis 2022 ».
« La décision de réintégration des athlètes russes et bélarusses pour les Jeux paralympiques renonce non seulement à défendre les valeurs olympiques et les athlètes ukrainiens, mais couronne aussi de succès la stratégie de normalisation de l’agression menée par le régime de Poutine qui fait du sport un vecteur central de sa propagande et transforme tous ses athlètes en ambassadeurs », affirment les organisateurs dans un communiqué parvenu à euronews.
La présidente du CIO, Kirsty Coventry, a déjà ouvert une brèche politique majeure en prenant position indirectement pour un retour russe aux JO 2028 de Los Angeles, et en évoquant la nécessaire « neutralité » du sport.
En prévision de la prochaine Coupe du monde, le président de la FIFA, Gianni Infantino, s’est également déclaré favorable à la levée immédiate de la suspension de la Russie et de ses clubs dans le football international, en soutenant que les sanctions « n’avaient rien apporté ».
En rappelant que plusieurs fédérations mondiales, comme celle du judo, ont déjà réintégré les athlètes russes, les organisateurs de l'action de protestation dénoncent un "mouvement [qui] d’un point de vue géopolitique, constitu[e] déjà une victoire stratégique pour la dictature du Kremlin".
"Nous rappelons que plus de 650 athlètes ont été tués lors de cette guerre par l’agresseur russe, comme Yevhen, 19 ans, biathlète, Maksim, 22 ans, boxeur. Fedir, 19 ans, escrimeur, Stanislav, 22 ans, judoka ou Volodymyr, athlète", lit-on également dans le communiqué.
Les soldats russes blessés en Ukraine, futurs médaillés ?
Les associations qui sont venues manifester, vendredi, au quai Branly, ainsi que tous ceux qui sont outrés par le retour progressif des sportifs russes à l'arène mondiale, risquent de ne pas en être à bout de leurs peines.
Andrew Parsons, président du Comité international paralympique, a déclaré à la BBC que les soldats russes blessés pendant la guerre en Ukraine seront autorisés à participer aux prochains Jeux paralympiques.
Le Comité paralympique russe aurait déclaré de son côté qu'« au moins 70 » anciens combattants font désormais partie des équipes nationales.
Lorsque BBC Sport a demandé à Parsons si le CIP autoriserait les Russes blessés pendant la guerre à participer aux prochains Jeux, il a répondu : « Lorsque l'assemblée générale a pris la décision de lever les suspensions de la Russie et du Bélarus, il a été décidé de les traiter comme n'importe quel autre comité national paralympique.
De nombreux pays recrutent des athlètes parmi les forces armées, donc si la Russie le fait, elle ne sera pas la seule.
Nous devons nous rappeler d'où nous venons. Notre mouvement a vu le jour après la Seconde Guerre mondiale, plus précisément avec des militaires blessés.
Le mouvement paralympique offre donc une possibilité après la guerre. Nous sommes contre toute guerre, tout conflit, mais nous offrons à ceux qui ont été blessés à la guerre la possibilité de se réintégrer dans la société grâce au sport.
Peu importe ce qu'ils ont fait dans le passé sur le champ de bataille. Bien sûr, les crimes de guerre sont une autre histoire, mais ce que nous offrons avec ce mouvement, c'est une seconde chance », conclut le fonctionnaire.