Le président français Emmanuel Macron s'est rendu à Chypre dans la ville de Paphos pour une réunion trilatérale symbolique et substantielle avec les chefs d'états grecs et chypriotes, Kyriakos Mitsotakis et Níkos Christodoulídis
La réunion trilatérale entre Macron, Mitsotakis et Christodoulídis à Paphos s'est achevée au bout de près d'une heure. Les trois dirigeants ont discuté à huis clos dans une salle spéciale du bâtiment Andreas Papandreou à Paphos. L'accent a bien sûr été mis sur la situation au Moyen-Orient.
Emmanuel Macron : "Quand on attaque Chypre, on attaque l'Europe"
"Quand on attaque Chypre, on attaque l'Europe", a déclaré pour sa part Emmanuel Macron. "Nous exprimons notre pleine solidarité avec Chypre, qui a été visée la semaine dernière par des drones et des missiles", a noté le président français, qui a commenté les frégates grecques et notamment le Kimon, construit par la France, en affirmant qu'elles témoignent de "notre relation stratégique."
Le président français a également évoqué l'importance de protéger le commerce maritime en temps de guerre par ce qu'il a appelé une "mission défensive".
"Nous sommes en train de mettre en place" une "mission purement défensive, purement d'accompagnement" qui "a vocation à permettre, dès que cela sera possible, après la sortie de la phase la plus chaude du conflit", "l'escorte de porte-conteneurs et de tankers, pour rouvrir progressivement le détroit d'Ormuz", a affirmé le chef d'État français.
Cette mission est, selon lui, "essentielle au commerce international, mais également à la circulation du gaz et du pétrole qui doivent pouvoir sortir à nouveau de cette région", alors que l'impraticabilité du détroit, en raison du conflit, a fait s'envoler les cours ces derniers jours.
"La situation est également extrêmement préoccupante au Liban. Il faut que le Hezbollah arrête les frappes pour qu'Israël puisse les arrêter. Je me suis entretenu à plusieurs reprises avec le président Aoun et je veux exprimer ma solidarité avec le peuple libanais", a déclaré Emmanuel Macron. Le président français a souligné que la présence française continuera d'exister en Méditerranée, dans la mer Persique et dans le détroit d'Ormuz, en mettant au premier plan la sécurité énergétique, en plus de la priorité qu'est, selon lui, "la protection des citoyens français et européens."
Charles De Gaulle arrive à Chypre
Le porte-avions français à propulsion nucléaire Charles De Gaulle devrait arriver bientôt dans les eaux chypriotes, escorté par trois frégates. Emmanuel Macron rejoint son bord dans l'après-midi du lundi 9 mars. Le porte-avion a été redirigé sur son ordre vers la Méditerranée orientale après le début du conflit.
Ce bâtiment est au cœur d'un important dispositif naval français appelé aussi à mobiliser "huit frégates" et "deux portes-hélicoptères amphibies" dans une vaste zone incluant la Méditerranée orientale, la mer Rouge et le détroit d'Ormuz dans le Golfe, a détaillé le président français.
Christodoulídis : "La sécurité de Chypre, c'est la sécurité de l'Europe"
"Votre présence, outre sa haute symbolique, est d'une importance essentielle pour Chypre, l'Europe et l'UE dans son ensemble", a déclaré le président chypriote, remerciant à la fois Emmanuel Macron et Kyriakos Mitsotakis.
"La sécurité de Chypre, c'est la sécurité de l'Europe, c'est une responsabilité collective", a déclaré Níkos Christodoulídis, faisant référence au message véhiculé par la présence des dirigeants à Paphos.
Le président chypriote a chaleureusement remercié Kyriakos Mitsotakis pour sa réponse immédiate et l'envoi de frégates et de chasseurs à Chypre, ainsi qu'Emmanuel Macron pour le soutien de la France.
Nikos Christodoulides a également remercié l'Italie et l'Espagne (les dirigeants et le peuple a-t-il précisé) en affirmant que la présence des puissances européennes dans la région renforce la stabilité dans une situation très difficile.
"Tout ce qui se passe au Moyen-Orient a un impact direct sur l'Europe", a noté le président chypriote, ajoutant que "c'est pourquoi l'UE doit s'engager davantage dans la région au sens large afin de renforcer la sécurité".
"Nous ne sommes pas impliqués dans des opérations militaires. Nous restons attachés au rôle humanitaire que nous avons joué tout au long de cette période, en tant que partie de la solution et jamais en tant que partie du problème", a souligné une fois de plus Níkos Christodoulídis, faisant référence au conflit militaire israélo-américain avec l'Iran.
Mitsotakis : "La République de Chypre n'est pas et ne sera jamais seule"
Kyriakos Mitsotakis a noté que dès le début, il avait fait de la sécurité de Chypre une "priorité nationale", affirmant tout d'abord que le message envoyé par la présence des trois dirigeants à Paphos est que "la République de Chypre n'est pas et ne sera jamais seule".
Le Premier ministre grec a remercié Emmanuel Macron pour sa présence à Paphos et bien sûr pour sa réponse immédiate à la nécessité d'un soutien militaire à Chypre.
"Cette solidarité pratique avec la République de Chypre reflète l'essence de la clause de défense mutuelle", a souligné Kyriakos Mitsotakis, affirmant que "l'Europe reste une puissance responsable" et que, dans la pratique, ce renforcement de Chypre actualise la clause de défense mutuelle.
"Nos démarches sont purement défensives, loin de tout engagement militaire", a précisé Kyriakos Mitsotakis.
Le Premier ministre grec a ensuite évoqué la liberté de navigation, qui préoccupe beaucoup la Grèce et Chypre, en parlant de l'opération européenne Shields, tout en demandant aux "autres Européens de renforcer l'opération avec des moyens nautiques".
Kyriakos Mitsotakis a évoqué le rapatriement des Grecs et a remercié les ministères concernés pour leurs efforts, mais il a souligné que l'attention de l'Europe devait se tourner vers le Liban, avec la situation qui s'est développée ces derniers jours. Il a également demandé qu'il n'y ait pas d'attentats, en particulier dans le sud du Liban.
Le Premier ministre grec s'est également adressé directement au peuple chypriote en déclarant : "Mes frères et sœurs, nous aurions pu être ici seuls, mais l'Europe montre et montrera sa solidarité concrète avec Chypre".
Arrivée des dirigeants
Kyriakos Mitsotakis a atterri à Chypre peu après 12h45, heure grecque et chypriote, pour la réunion trilatérale avec le président chypriote, Níkos Christodoulídis, et le président français Emmanuel Macron.
À la base Andreas Papandreou de Paphos, le Premier ministre grec a été reçu par son homologue chypriote. Kyriakos Mitsotakis est arrivé à Chypre en compagnie de son ministre des Affaires étrangères George Gerapetritis.
Il est à noter qu'outre le président de la République de Chypre, plusieurs membres du gouvernement étaient également présents à la base aérienne Andreas Papandreou, notamment le ministre des Affaires étrangères, Constantinos Kombos, le ministre de la Défense, Vassilis Palmas, le porte-parole du gouvernement, Constantinos Letibiotis, et d'autres membres du gouvernement.
Les deux dirigeants ont également assisté à l'arrivée d'Emmanuel Macron à Paphos quelques minutes plus tard.
Emmanuel Macron a également évoqué la création d'une mission "défensive" pour sécuriser le détroit d'ormuz, organisée autour du charles de gaulle. Le président s'est rendu sur le porte-avions, au large de Chypre. S'adressant aux marins, il a estimé que la guerre au Moyen-Orient allait "peut-être plusieurs semaines"