Les États-Unis et l’Iran sont en guerre, et l’Union européenne est de plus en plus touchée par ce conflit régional qui s’intensifie rapidement.
En s’étendant rapidement en un conflit régional à multiples fronts, les affrontements ont ébranlé la sécurité énergétique mondiale, les combats s’étendant du golfe Persique jusqu’aux territoires liés à l’OTAN.
Après le lancement, le 28 février 2026, de l’opération Epic Fury, une opération conjointe américano-israélienne visant de hauts responsables iraniens, dont le guide suprême Ali Khamenei, l’Iran a riposté par de vastes salves de missiles balistiques et de drones. Les combats se sont déjà étendus au-delà de l’Iran et d’Israël : des frappes ont touché des moyens militaires américains et des infrastructures civiles à Bahreïn, aux Émirats arabes unis et au Qatar, et ont même atteint la base d’Akrotiri, à Chypre.
Pour Bruxelles, la crise n’est plus seulement un dossier de politique étrangère lointain, mais une menace potentielle pour la stabilité de l’UE. La fermeture du détroit d’Ormuz a perturbé les marchés énergétiques mondiaux et fait bondir de près de 40 % les prix du gaz naturel en Europe, les livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Qatar ayant été interrompues.
L’Agence de l’Union européenne pour l’asile (AUEA) se prépare à une crise humanitaire. Des responsables avertissent que si un grand nombre de personnes étaient contraintes de fuir l’Iran, pays de près de 90 millions d’habitants, l’Europe pourrait être confrontée au plus important afflux de réfugiés depuis des décennies.
En réponse, l’UE a activé plusieurs instruments de protection civile afin de coordonner l’aide d’urgence et de renforcer les défenses contre d’éventuelles cyberattaques. Cette escalade rapide a aussi mis en lumière des faiblesses dans le niveau de préparation du bloc : il ne dispose toujours pas d’une force militaire de réaction rapide unifiée et les stocks de gaz sont plus bas que les années précédentes (environ 46 milliards de mètres cubes, contre 77 milliards de mètres cubes en 2024), laissant les États membres s’efforcer de corriger des vulnérabilités structurelles.
Tous les DG sur le pont
Dans la dernière Stratégie pour une Union de la préparation (publiée en mars 2025), l’UE définit la préparation non pas seulement comme une capacité de réaction, mais comme un « état d’esprit » proactif et structurel visant à anticiper, prévenir et affronter les menaces transfrontalières.
En l’occurrence, les menaces vont de l’instabilité énergétique à une crise des réfugiés imminente, en passant par les menaces hybrides et cyber, les tensions transatlantiques – comme les possibles mesures de rétorsion commerciale des États-Unis contre l’Espagne – et les failles sécuritaires. Pour y faire face, le bloc répartit les responsabilités entre plusieurs directions générales (DG), l’équivalent de ministères.
La DG ECHO coordonne l’aide humanitaire via le Mécanisme de protection civile de l’UE, y compris l’aide d’urgence et les envois de secours. La DG HOME se concentre sur la sécurité intérieure et la gestion des frontières, en se préparant à d’importants flux migratoires et en protégeant les infrastructures critiques. La DG CNCT supervise la résilience cyber, en mettant en œuvre le règlement sur la solidarité en matière de cybersécurité (Cyber Solidarity Act) pour aider les pays à répondre aux cyberattaques visant les services essentiels. Parallèlement, la DG DEFIS pilote les efforts pour renforcer l’industrie européenne de défense, en augmentant la production militaire et en sécurisant les chaînes d’approvisionnement en équipements de défense.
Les citoyens de l’UE ont des recours
Les citoyens de l’UE peuvent s’appuyer sur plusieurs mécanismes en cas de conflit, de catastrophe naturelle ou de troubles civils au-delà des frontières de l’Union.
Les consulats et ambassades européens sont le premier point de contact des citoyens. En vertu de la directive (UE) 2015/637 du Conseil, les citoyens de l’UE à l’étranger ont droit à une protection diplomatique et consulaire, et toute représentation d’un État membre doit offrir assistance, évacuation et aide au rapatriement, quelle que soit la nationalité du demandeur au sein de l’UE.
Les gouvernements nationaux restent responsables des opérations de rapatriement. Mais, comme l’a rappelé la Commission le 2 mars en réaction à la situation au Moyen-Orient, l’Europe soutient « les efforts d’évacuation et de rapatriement des États membres, notamment par le biais du Mécanisme de protection civile de l’UE et du Centre de coordination de la réaction d’urgence (UCPM), en étroite coopération avec les délégations de l’UE ».
Il s’agit du principal outil d’évacuation de l’UE. Par l’intermédiaire de l’ERCC, une cellule d’urgence opérationnelle 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, l’UCPM cofinance et facilite les évacuations et l’acheminement de l’aide, et coordonne la réponse globale de l’Union. L’UE a ainsi organisé les plus grandes opérations de rapatriement jamais menées, avec 400 vols pour 1 000 000 d’Européens pendant la pandémie et 98 vols pour 3 000 citoyens lors du retrait d’Afghanistan en 2023.
Hadja Lahbib, commissaire européenne à l’Égalité, à la Préparation et à la gestion des crises, a récemment annoncé que deux vols opérés dans le cadre de l’UCPM avaient permis de rapatrier 356 Européens depuis le Moyen-Orient. Au-delà, l’UE a également aidé plusieurs États membres à rapatrier plus de 4 100 citoyens de l’Union. Les efforts se poursuivent au fil de l’évolution du conflit.
« L’UE est à vos côtés. C’est le message que nous adressons aux milliers de citoyens européens bloqués au Moyen-Orient. Nous ne ménageons aucun effort pour que nos concitoyens rentrent chez eux sains et saufs. Depuis le premier jour de l’escalade au Moyen-Orient, l’UE est pleinement mobilisée via notre Mécanisme de protection civile, en organisant plus de 40 vols qui ont permis de ramener plus de 4 000 Européens en sécurité. Pour la première fois, des avions rescEU évacuent désormais des citoyens de l’UE hors de la région », a déclaré Lahbib à Euronews.
« Sur le plan humanitaire, l’Europe continue de porter le flambeau de l’humanité. L’UE est le premier donateur humanitaire au monde, avec près de 2 milliards d’euros d’aide rien que cette année. Avec plus de 100 000 personnes déplacées au Liban, l’UE a activé son nouveau fonds d’urgence pour le Moyen-Orient afin de fournir des médicaments vitaux, des abris et des fournitures de première nécessité », a-t-elle ajouté.
En cas de fermeture de l’espace aérien ou d’attaques, l’UCPM prévoit des routes et des points de passage terrestres, par exemple en Jordanie et en Égypte. Grâce à la cartographie en temps réel par satellites, le service Copernicus de gestion des urgences évalue les zones touchées et identifie des itinéraires d’évacuation sûrs. L’UCPM déclenche aussi des interventions d’urgence sur le terrain, comme l’envoi d’équipes de recherche et de sauvetage et l’acheminement d’une aide en nature.
Fort de ses 143 délégations de l’UE, le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) n’est pas un « acteur direct du sauvetage », mais il appuie les efforts nationaux de rapatriement et d’évacuation en facilitant la coopération entre les ambassades et l’UCPM. Concrètement, les délégations accélèrent les opérations de rapatriement par voie aérienne et terrestre.
Une coordination supplémentaire des réponses est assurée par le dispositif intégré de réaction politique aux crises (IPCR). En réunissant les institutions de l’UE et des représentants des États membres, ce mécanisme aide la présidence du Conseil européen à repérer les lacunes et à partager l’information afin de mieux harmoniser la réponse globale de l’Union.
Les conflits et troubles à l’étranger se traduisent souvent par des menaces pour la sécurité intérieure, en particulier lorsque certains États membres s’engagent militairement dans des crises extérieures. Avec le haut niveau de numérisation de nos sociétés, qui accroît la vulnérabilité face aux ingérences étrangères, la Stratégie de cybersécurité de l’UE renforce la capacité opérationnelle du bloc à prévenir, dissuader et contrer les menaces numériques.
Le dispositif ProtectEU de l’UE coopère avec Europol pour contrer les retombées au sein de l’Union, y compris les attaques terroristes et cyber, et pour renforcer la résilience grâce à de nouveaux modes d’échange d’informations. La Commission a intensifié cette coopération avec Europol et les États membres à la suite des troubles persistants au Moyen-Orient.
Selon un représentant de la direction générale des réseaux de communication, du contenu et des technologies (DG CONNECT), les cyberattaques sont redoutables parce qu’elles sont minutieusement planifiées, restent longtemps non-détectées et parviennent à exploiter les vulnérabilités des systèmes grâce à l’IA.
Une coopération et un partage d’informations accrus entre États membres sur les incidents cyber touchant les infrastructures critiques sont également essentiels pour renforcer la préparation et réduire l’exposition aux cyberattaques, a-t-il ajouté.
Le même représentant a souligné que les campagnes de désinformation alimentées par l’IA, liées aux conflits en cours, peuvent fortement peser sur la sécurité intérieure de l’UE. Comme l’IA permet de produire à bas coût des « deepfakes », des acteurs étrangers peuvent l’exploiter pour attiser les tensions au sein de l’Union.
En cas d’attaque militaire conventionnelle contre l’Europe, la clause de défense mutuelle de l’UE (article 42, paragraphe 7, du TUE) et la clause de solidarité (article 222 du TFUE) prévoient que les États membres se portent assistance militaire et mènent une action commune.
La Stratégie pour une Union de la préparation 2025 renforce la sécurité intérieure de l’Europe en améliorant la préparation et la réactivité face aux menaces émergentes. Ses principaux objectifs vont du renforcement des capacités de prospective et d’anticipation à la protection des fonctions vitales de la société, en passant par la promotion de la préparation des citoyens et le renforcement de la coopération civilo-militaire.
RescEU, une réserve de capacités d’urgence créée pendant la pandémie dans le cadre de l’UCPM, vient en aide aux citoyens grâce, entre autres, à des équipes médicales spécialisées, des hôpitaux de campagne et des avions bombardiers d’eau. Dans le cadre de cette réserve, la Stratégie de stockage de l’UE garantit aux Européens l’accès à des biens essentiels en cas de crise.
Mais la réalité opérationnelle est plus nuancée. L’UE soutient et coordonne la gestion des crises, tandis que les gouvernements nationaux gardent la main. La diversité des systèmes, procédures et priorités nationales ajoute un niveau de complexité qui ralentit souvent la coordination des réponses d’urgence, tant internes qu’externes.
Protection financière
Sur le plan financier, mis à rude épreuve par la flambée des prix du pétrole et l’extrême volatilité du marché de l’énergie, l’UE a mis au point tout un arsenal d’outils destinés à amortir l’impact de ce type de crises.
La première ligne de défense est la stabilisation monétaire et financière pilotée par la Banque centrale européenne (BCE). En cas de choc sévère, la BCE peut injecter des liquidités dans le système au moyen d’opérations ciblées de prêt et de lignes de swap avec d’autres grandes banques centrales, afin de garantir que les banques continuent d’accéder au financement même en période de forte volatilité des marchés. Si nécessaire, elle peut également intervenir par des achats d’actifs ou d’autres instruments monétaires pour stabiliser les conditions d’emprunt.
Parallèlement, le fonds de crise de la zone euro, le Mécanisme européen de stabilité (MES), peut offrir des prêts d’urgence ou des lignes de crédit de précaution aux gouvernements confrontés à des tensions de financement soudaines, les aidant à maintenir leurs dépenses publiques et à éviter des crises de dette déstabilisatrices.
Des règles budgétaires et des instruments d’emprunt au niveau européen permettent également aux gouvernements d’augmenter leurs dépenses en période d’urgence. Au titre du pacte de stabilité et de croissance, l’UE peut activer la « clause dérogatoire générale », suspendant les limites de déficit pour que les États membres puissent creuser davantage leurs déficits sans enfreindre les règles budgétaires.
Elle peut également lever des fonds collectivement sur les marchés, comme ce fut le cas pendant la pandémie de COVID-19 avec le programme SURE, qui a émis des obligations communes de l’UE pour financer des dispositifs de soutien aux salaires et prévenir un chômage de masse.
Le budget de l’UE lui-même peut être réorienté pour apporter un soutien financier. En période de crise, la Commission européenne et les États membres peuvent reprogrammer les enveloppes existantes pour soutenir des priorités d’urgence comme l’aide humanitaire, la reconstruction ou l’accueil des réfugiés.
Des instruments comme les règlements CARE et RESTORE ont déjà permis aux gouvernements de réaffecter des milliards d’euros de programmes de développement à long terme vers la gestion de crise. Et l’article 122 des traités de l’UE autorise le Conseil à approuver des mesures exceptionnelles de soutien financier ou de nouveaux fonds d’urgence lorsque des États membres sont confrontés à de graves difficultés économiques, afin de mobiliser rapidement des ressources, par exemple face à un afflux historique de réfugiés iraniens.
L’Union bancaire comprend également un Fonds de résolution unique, financé par les banques elles-mêmes, pour gérer la résolution ordonnée des établissements en difficulté et prévenir tout effet de contagion. Les systèmes nationaux de garantie des dépôts assurent les avoirs bancaires jusqu’à 100 000 euros, ce qui contribue à maintenir la confiance du public dans le système bancaire.
Des institutions comme la Banque européenne d’investissement peuvent accorder des lignes de crédit, des garanties et des financements à l’exportation pour soutenir les entreprises et maintenir les flux commerciaux lors de chocs économiques.
En cas de choc énergétique
Un autre enjeu financier majeur est la forte perturbation de l’offre mondiale de pétrole et de gaz naturel. Pour y faire face, l’UE a adopté une législation obligeant les États membres à détenir des réserves stratégiques de pétrole équivalant à environ 90 jours d’importations. Celles-ci peuvent être libérées en coordination avec des partenaires internationaux pour stabiliser l’offre et limiter les flambées de prix.
L’UE a également mis en place des plateformes communes d’achat de gaz qui permettent aux pays de regrouper leur demande et de négocier des contrats collectivement, réduisant la concurrence entre États membres et faisant baisser les coûts. Des règlements d’urgence peuvent aussi imposer des plafonds temporaires de recettes ou des taxes exceptionnelles sur les bénéfices des entreprises énergétiques, pour rediriger ces profits vers des fonds destinés à subventionner les factures d’énergie des ménages.