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L'Espagne peut-elle utiliser le détroit d'Ormuz grâce à sa position dans la guerre en Iran ?

Pedro Sánchez au Congrès des députés, le 25 mars 2026, lors de sa déclaration pour expliquer la position de l’Espagne dans la guerre en Iran.
Pedro Sánchez au Congrès des députés, le 25 mars 2026, lors de sa déclaration sur la position de l’Espagne dans la guerre en Iran. Tous droits réservés  Congreso de los Diputados.
Tous droits réservés Congreso de los Diputados.
Par Maria Muñoz Morillo
Publié le
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La guerre en Iran a fait du détroit d'Ormuz une arme politique qui ébranle les marchés boursiers du monde entier. Des sources du ministère des Affaires étrangères ont confirmé à « Euronews » que l'Iran facilite le transit de navires liés à des intérêts espagnols.

Des sources diplomatiques du ministère des Affaires étrangères ont confirmé à « Euronews » que le gouvernement a connaissance du fait que l’Iran facilite le passage de navires liés à des intérêts espagnols par ce détroit disputé, même s’il n’existe aucun accord officiel.

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La guerre au Moyen-Orient a fait du détroit d’Ormuz le baromètre de la survie économique mondiale : environ 20 % du pétrole mondial et 19 % du gaz naturel liquéfié (GNL) y transitent.

D’autres matières premières comme les engrais, l’aluminium et des produits chimiques passent également par cette zone, avec des répercussions sur l’approvisionnement mondial en énergie et en biens. Tout cela provoque une instabilité manifeste sur les marchés boursiers et une hausse des prix de l’essence.

Dans ce jeu d’échecs où Donald Trump et Benyamin Netanyahou redoublent la pression militaire sur le régime des ayatollahs, le gouvernement de Pedro Sánchez en Espagne s’est imposé comme l’antithèse de la politique belliciste de Washington et de Tel-Aviv.

Sánchez s’est affirmé comme le principal dirigeant européen opposé à la stratégie américaine de « pression maximale », allant jusqu’à laisser entendre que la position européenne s’est alignée sur le « non à la guerre » défendu par l’Espagne.

Image du détroit d’Ormuz.
Image du détroit d’Ormuz. Google Maps

Alors qu’en Espagne il subit des défaites électorales – depuis le début de l’année, le PSOE a perdu l’Estrémadure, l’Aragon et la Castille-et-León – que sa popularité recule dans l’opinion, que son entourage est rattrapé par des procédures judiciaires et qu’il ne présente pas, pour la troisième année consécutive, le budget général de l’État, le président Sánchez a décidé de concentrer son attention sur la politique internationale avec son « non à la guerre » en Iran, au risque de simplifier un conflit qui dépasse largement les slogans.

La fin de la liberté de navigation : Ormuz comme arme politique

Le détroit d’Ormuz est un goulet d’étranglement placé sous le contrôle des Gardiens de la révolution iraniens. Téhéran est passé d’une politique de fermeture totale à une stratégie de « blocage sélectif » : le détroit reste ouvert à tous, sauf à ceux que l’Iran considère comme ses ennemis.

Dans ce contexte, la position de l’Espagne serait à la fois privilégiée et risquée, Pedro Sánchez étant devenu une figure encensée au sein du régime théocratique iranien, qui est allé jusqu’à utiliser l’image du chef du gouvernement espagnol sur des missiles iraniens.

De nombreux commentaires sur les réseaux sociaux et dans des médias internationaux de second plan affirment que les navires battant pavillon espagnol ont carte blanche pour transiter dans cette zone. S’il n’existe aucune information officielle à ce sujet, des sources gouvernementales ont confirmé à notre rédaction que « officieusement, nous savons que cela s’est produit dans certains cas » et que ces navires ont effectivement traversé le détroit.

Ce traitement de faveur serait une réponse à la politique de « neutralité » de Sánchez, qui non seulement a refusé de participer à la coalition militaire dirigée par Washington (même s’il a envoyé la frégate Cristóbal Colón à Chypre pour défendre les frontières européennes et maintient sa participation à des missions de protection des alliés de l’OTAN), mais a aussi interdit l’utilisation des bases de Rota et de Morón, déclenchant la colère et les critiques de l’administration Trump et du gouvernement israélien, qui y voient un soutien à un régime dictatorial et dangereux pour l’Occident en raison de ses programmes nucléaires.

La connexion algérienne : le bouclier énergétique d’Albares

Le risque de naviguer par Ormuz a obligé Madrid à chercher un plan B pour sécuriser son approvisionnement en gaz. Après des années de tensions avec Alger, liées au changement de position du gouvernement Sánchez sur le Sahara occidental et à son soutien au plan marocain pour la région, le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a entamé un voyage en Algérie pour signer de nouveaux contrats, dépendre moins des approvisionnements en provenance du Moyen-Orient et maintenir des prix de l’énergie bas.

Si l’Espagne n’a pas une forte dépendance à l’égard de l’approvisionnement énergétique qui transite par Ormuz, la guerre se répercute toutefois sur la volatilité des prix dans un marché aussi globalisé que celui du pétrole et du gaz. L’Algérie représente une source indispensable d’énergie pour le territoire espagnol et, avec les États-Unis, elle constitue le premier fournisseur de gaz du pays, avec un total de 128 500 GWh livrés en 2025, soit près de 40 % de l’ensemble des importations.

Conséquences pour l’Espagne dans un bras de fer ouvert

Si ce traitement préférentiel de la part de Téhéran était officiellement confirmé, les conséquences pour Madrid pourraient provoquer un véritable séisme politique aux répercussions jusque dans l’UE.

La Maison-Blanche a déjà menacé d’imposer des droits de douane sur les produits espagnols et de retirer sa coopération en matière de renseignement. Donald Trump n’a pas hésité à attaquer Pedro Sánchez et à remettre en cause le rôle de l’Espagne au sein de l’Alliance atlantique. Israël, de son côté, considère la position de Sánchez comme une « récompense du terrorisme d’État iranien », ce qui a gelé des relations diplomatiques déjà tendues par le conflit à Gaza.

Alors que des pays comme la France observent avec intérêt l’autonomie espagnole, le camp atlantiste pourrait s’opposer à ce que Madrid accepte des avantages du régime iranien. Ce « blanc-seing » offrirait à Sánchez une victoire politique ternie par la main qui la lui accorde, puisqu’il s’agit d’un régime répressif qui, au début de cette année, a coûté la vie à quelque 30 000 personnes. Il pourrait s’agir d’un succès momentané qui finirait par entraîner l’isolement diplomatique de l’Espagne au sein du bloc occidental.

Sources additionnelles • Jesús Maturana

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