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Guerre au Moyen-Orient : frapper des infrastructures civiles est "inacceptable", dénonce la Croix-Rouge

Présidente du Comité international de la Croix-Rouge, Mirjana Spoljaric Egger, 12 août 2024 à Genève, Suisse
Présidente du Comité international de la Croix-Rouge, Mirjana Spoljaric Egger, 12 août 2024 à Genève, Suisse Tous droits réservés  Salvatore Di Nolfi/Keystone via AP
Tous droits réservés Salvatore Di Nolfi/Keystone via AP
Par Laura Fleischmann
Publié le
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Dans un entretien accordé à Euronews, la présidente de la Croix-Rouge internationale, Mirjana Spoljaric, met en garde contre de graves violations du droit international et demande la fin des attaques contre les infrastructures civiles vitales.

La guerre au Moyen-Orient dure désormais depuis un mois. Et le bilan ne cesse d'augmenter : plus de 3 300 personnes, dont 1 400 civils, auraient été tuées en Iran par les attaques américano-israéliennes, selon les chiffres de l'ONG Human Rights Activists in Iran (HRANA), basée aux Etats-Unis. Euronews n'a pas pu vérifier ces chiffres.

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Les attaques contre les infrastructures énergétiques et les installations d'eau constituent également un défi pour la population civile. La semaine dernière, Israël a bombardé l'un des principaux champs gaziers iraniens, South Pars. En réponse, l'Iran a attaqué Ras Laffan au Qatar, le plus grand port de GNL au monde. La réparation des deux installations pourrait prendre des années.

À Téhéran, l'approvisionnement en eau et en énergie est désormais fortement endommagé suite aux attaques d'Israël et des États-Unis, a déclaré le ministre iranien de l'Énergie Abbas Aliabadi, cité par l'agence de presse iranienne ISNA.

En outre, Téhéran accuse Washington d'avoir attaqué une usine de dessalement sur l'île de Qeshm, dans le détroit d'Ormuz, a précisé le ministre iranien des Affaires étrangères, Seyed Abbas Araghchi, sur X. Selon ce dernier, l'approvisionnement en eau de 30 villages aurait été affecté par cette frappe. L'accusation de l'Iran n'a pas encore été confirmée de manière indépendante. En réponse, Téhéran aurait attaqué des installations de dessalement à Bahreïn.

Maison d'habitation détruite à Tabriz dans le nord de l'Iran, 24 mars 2026
Maison d'habitation détruite à Tabriz dans le nord de l'Iran, 24 mars 2026 Copyright 2026 The Associated Press. All rights reserved

Des attaques "inacceptables"

Face à l'aggravation de la situation pour les civils en Iran, la présidente de la Croix-Rouge internationale (CICR), Mirjana Spoljaric, exige l'arrêt immédiat des attaques contre les infrastructures vitales.

Lors d'un entretien accordé à Euronews, elle a assuré que la population civile porte le plus lourd fardeau de l'escalade de la guerre. Les attaques contre les infrastructures civiles sont "inacceptables" et pourraient violer le droit international humanitaire, a-t-elle assuré. Des millions de personnes sont d'ores et déjà impactées et beaucoup ont décidé de fuir. Le conflit détruit les moyens de subsistance, rend l'aide difficile et retarde la reconstruction, avec des conséquences bien au-delà de la région.

Euronews : Mirjana Spoljaric, nous assistons actuellement à une nette escalade en Iran. Quel est l'impact sur la population civile sur place ?

Mirjana Spoljaric : Malheureusement, il apparaît aujourd'hui, tout comme ces quatre dernières semaines, que la population civile porte le poids principal de cette récente escalade. Le fait que des infrastructures civiles soient au centre d'attaques dans tout le Moyen-Orient, y compris dans les pays du Golfe, est inacceptable d'un point de vue humanitaire, mais aussi du point de vue d'une organisation qui défend et prône le droit humanitaire international.

Euronews : Avez-vous une idée du nombre de personnes touchées actuellement ?

Mirjana Spoljaric : Nous sommes trop limités dans la collecte de données et dépendons des indications d'autres institutions, comme celles des Nations unies. Dans tous les cas, les chiffres sont beaucoup trop élevés. On continue à voir des déplacements massifs de population, comme au Liban. Et ces personnes, nous parlons peut-être d'un million, ne savent pas quand ou même si elles pourront retourner dans leurs maisons et si celles-ci existeront encore.

Euronews : Quels sont les principaux risques humanitaires actuels ?

Mirjana Spoljaric : Nous entendons des déclarations extrêmement inquiétantes. La situation est grave, car les attaques ciblées ou indiscriminées contre des infrastructures vitales peuvent constituer une grave violation du droit international humanitaire, car elles touchent des civils. Elles créent une situation dans laquelle plus rien n'est sûr. Les personnes sont sous pression parce qu'elles sont directement attaquées ou que leur maison est détruite, mais aussi parce qu'elles doivent fuir lorsqu'il n'y a plus d'eau potable ou d'électricité pour garantir l'accès aux soins de santé et à d'autres services vitaux. C'est pourquoi de telles attaques sont inacceptables et doivent cesser.

De la fumée s'élève d'un dépôt de pétrole qui aurait été attaqué par les États-Unis et Israël, Téhéran, Iran, 8 mars 2026.
De la fumée s'élève d'un dépôt de pétrole qui aurait été attaqué par les États-Unis et Israël, Téhéran, Iran, 8 mars 2026. Copyright 2026 The Associated Press. All rights reserved.

Euronews : Vous venez d'évoquer de possibles violations du droit international humanitaire. Qu'observez-vous d'autre ?

Mirjana Spoljaric : Nous voyons de multiples façons comment les civils sont mis sous pression, par le manque d'accès à la santé, à l'eau ou à la nourriture. Mais ce que nous observons actuellement est encore plus grave : la possibilité même pour les gens de vivre dans une région qui est détruite. Toute l'infrastructure, qui constitue la base de l'existence humaine, est attaquée pendant la guerre. Cela indique une action démesurée, dans laquelle il n'y a pratiquement plus de restrictions quant aux objectifs militaires.

Si les opérations militaires sont menées de cette manière, il y a un risque d'escalade qui échappe à tout contrôle. Nous voyons déjà à quel point il est difficile d'en limiter les effets, qui touchent désormais probablement chaque personne dans le monde d'une manière ou d'une autre.

Euronews : Que signifient à long terme les attaques contre les infrastructures civiles, comme les installations énergétiques, pour la reconstruction de l'Iran ?

Mirjana Spoljaric : À chaque fois que de telles attaques ont lieu, nous savons qu'il faudra beaucoup plus de temps pour que la population puisse revenir à la normale et que l'économie retrouve, elle aussi, un niveau garantissant sa survie. Au cours des trois ou quatre dernières années, nous avons assisté à une augmentation exponentielle des coûts de reconstruction, notamment en raison de ces attaques massives contre les services et les infrastructures de base. Elles entraînent des déplacements et signifient, en même temps, que la reconstruction sera très longue. Regardez en Syrie : quinze ans après le début du conflit, de nombreuses personnes vivent encore dans une situation très précaire.

"Les gens vivent dans la peur"

Euronews : Quelle est la difficulté actuelle pour des organisations comme le CICR d'atteindre les personnes en détresse ?

Mirjana Spoljaric : Notre marge de manœuvre se réduit. C'est tout simplement trop dangereux. Dans certaines zones d'intervention, il n'y a plus d'endroits sûrs. De plus, notre liberté de mouvement est limitée par la grande quantité d'explosifs.

Pensez à Gaza, qui est en grande partie détruite et fortement contaminée. Nous ne pouvons pas nous déplacer librement sans risquer notre vie et celle des personnes que nous voulons aider.

Euronews : Vous avez beaucoup travaillé sur Israël et la Palestine lorsque vous étiez aux Nations unies. Que signifie l'escalade actuelle en Iran pour Gaza, la Cisjordanie et des pays comme le Liban ?

Mirjana Spoljaric : La situation humanitaire à Gaza, en Cisjordanie et au Liban est aiguë. Mais au vu de l'escalade actuelle, ces crises risquent d'être perdues de vue, et c'est dangereux. Dans tout le Proche-Orient, la crainte d'une nouvelle escalade est grande. Mon appel aux États est donc d'investir maintenant dans la désescalade, avant qu'il ne soit trop tard. Les gens vivent dans la peur. Ils entendent les annonces, ils sont déplacés et ils n'en voient pas la fin.

Dans le même temps, les dirigeants politiques continuent d'appeler à de nouvelles opérations militaires. Cela renforce la panique au sein de la population civile. Les gens fuient, mais ne savent pas où aller. Nous devons endiguer ce phénomène. Une guerre sans règle ne profite à personnes. Elle devient finalement autodestructrice.

De la fumée s'élève après une attaque israélienne dans le village de Zikkikin, Liban, 26 mars 2026.
De la fumée s'élève après une attaque israélienne dans le village de Zikkikin, Liban, 26 mars 2026. Copyright 2026 The Associated Press. All right reserved

Euronews : Quelle est la responsabilité des dirigeants iraniens lorsqu'il s'agit de désescalade et de protection de la population civile ?

Mirjana Spoljaric : Selon le droit international humanitaire, tous les États ont une responsabilité égale. Ils doivent protéger les infrastructures civiles et épargner autant que possible les civils des combats. Tout État qui attaque délibérément des infrastructures civiles agit de manière illégale. Nous ne faisons pas de distinction entre les États. Nous sommes une organisation neutre et indépendante et nous évoquons les éventuelles violations auprès des autorités concernées.

Euronews : Quel est l'impact de cette guerre sur les régions en dehors du Proche-Orient ?

Mirjana Spoljaric : Elle a surtout un impact économique. Nous le voyons déjà : augmentation des prix de l'énergie et du carburant et interruption des chaînes d'approvisionnement. Cela affecte l'économie dans le monde entier.

Mais il y a aussi des conséquences en matière de politique de sécurité. Les technologies modernes font que les conflits ont des répercussions bien au-delà des régions. On peut être entraîné dans un conflit même si l'on est très éloigné. Des attaques ont lieu dans le monde entier et peuvent être liées à ce qui se passe au Proche-Orient. De plus, ces conflits envoient un signal dangereux aux groupes armés du monde entier, à savoir qu'il n'y a plus de règles. Cela influence leur comportement.

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