L'interview de Léa Salamé avec le chef de la diplomatie russe a été déformée dans la version publiée par le ministère russe des Affaires étrangères, a rapporté franceinfo.
L'interview du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, réalisée par la journaliste de France 2 Léa Salamé et diffusée dans le journal télévisé du soir du 26 mars, fait de nouveau l'objet d'un vif débat en France et à l'étranger. En effet, la version traduite de l'interview publiée sur la chaîne YouTube du ministère russe des Affaires étrangères diffère sensiblement de l'originale.
Franceinfo a attiré l'attention sur ces différences en analysant la traduction en détail et en la comparant avec les paroles mêmes de la journaliste.
Comment la traduction a changé le sens des questions
Selon franceinfo, la traduction de certaines questions de Léa Salamé a été déformée pour correspondre au discours de propagande pro-Kremlin.
Par exemple, les propos de la journaliste selon lesquels, depuis le début de la guerre en Iran, la Russie n'a pas été très active dans la défense de son allié iranien ont été transformés en "vous avez beaucoup défendu votre allié" dans la version russe_._
D'autres fragments ont également été modifiés. Lorsque la journaliste parle de "dizaines de milliers de civils ukrainiens tués dans cette guerre", la traduction russe réduit le chiffre à "des centaines" et reformule la question pour atténuer toute mention d'éventuels crimes de guerre.
L'épisode où la version russe ajoute une phrase que le journaliste n'a jamais prononcée est particulièrement révélateur. Après une question sur la menace russe en France, les mots "Je vous comprends" lui ont été attribués, donnant l'impression qu'elle était d'accord avec la position du ministre.
Ces changements ne font pas que déformer le sens, ils créent un contexte politique complètement différent qui favorise le côté russe.
La voix de l'interprète comme instrument de manipulation
Autre aspect important relevé par les téléspectateurs et les experts : la piste originale en français a été presque entièrement noyée par la voix de l'interprète aux endroits où le sens a été déformé.
La traduction a été superposée si fort que même un téléspectateur russophone qui comprend le français couramment ne peut pas entendre les mots réels de la journaliste.
Cette technique est souvent utilisée dans les documents de propagande.
Le débat français : faut-il donner la parole à Lavrov ?
En France, l'apparition même de Sergueï Lavrov sur la chaîne de télévision publique a suscité un vif débat. Les critiques, dont le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, ont estimé que France 2 avait fourni une plateforme pour la diffusion de la propagande russe, donnant l'impression que la position du Kremlin était légitime.
Les partisans de la décision, en revanche, ont souligné que l'interview du diplomate russe avait une valeur journalistique évidente : Sergueï Lavrov reste un acteur clé dans les crises internationales, y compris au Moyen-Orient, et sa position intéresse un large public.
La direction de France Télévisions a insisté sur le fait que les questions de Léa Salomé étaient directes et ciblées, et non favorables, et a rappelé la vaste couverture de la guerre en Ukraine par la rédaction, y compris des centaines de reportages sur le terrain. Selon eux, le journalisme se doit d'interroger toutes les parties, même si cela suscite des critiques.