L'entreprise française de cimenterie et huit de ses anciens cadres sont accusés d'avoir versé quelque 4,7 millions d'euros à des groupes djihadistes pour maintenir en activité leur usine de Jabaliya, alors que la Syrie était à feu et à sang.
"C’est l’histoire d’un dérapage, d’un dévoiement", affirmait le parquet antiterroriste (Pnat), en décembre dernier, durant ses réquisitions contre la société Lafarge et plusieurs de ses anciens responsables.
Le tribunal correctionnel de Paris doit rendre ce lundi son verdict à l'encontre de l'entreprise française de cimenterie et de huit de ses anciens cadres, accusés d'avoir payé des groupes djihadistes pour maintenir en activité leur usine de Jabaliya, en plein cœur de la guerre en Syrie.
Le Pnat estime que ses versements à des entités classées comme "terroristes", réalisés entre 2013 et 2014, s'élevaient à près de 4,7 millions d'euros.
Déplorant l'"absence de reconnaissance" et de "regrets" de la part des prévenus, le parquet antiterroriste a requis l'amende maximale de 1,125 million d'euros à l'encontre de Lafarge ainsi qu'une confiscation partielle du patrimoine de 30 millions d'euros.
"C'est l'histoire d'un dérapage, d'un dévoiement qui fait que la société Lafarge, fleuron de l'industrie française, en est venue à financer des organisations terroristes, dans une seule visée : mercantile", estime le Pnat.
L'accusation a également requis six ans d'emprisonnement avec mandat de dépôt différé mais sans exécution provisoire contre l'ex-PDG du groupe, Bruno Lafont, qui continue à nier fermement avoir été au courant des versements illicites.
Le Pnat estime pourtant que l'ancien dirigeant était informé de la situation et avait "donné des directives claires" pour maintenir l'activité de l'usine, déplorant "un choix purement économique, ahurissant de cynisme".