La levée du veto hongrois peut permettre à l'Ukraine de clore plusieurs chapitres du processus d'adhésion « immédiatement » après leur ouverture, a déclaré à Euronews le président du Conseil européen, António Costa.
L'Ukraine est désormais en mesure d'ouvrir puis de "valider immédiatement" plusieurs chapitres de son processus d'adhésion à l’UE, après la levée du veto que la Hongrie opposait depuis deux ans, a déclaré à Euronews le président du Conseil européen, António Costa, dans un entretien exclusif.
"Heureusement, nous n'avons pas perdu de temps pendant cette période de paralysie", a-t-il indiqué, en référence à l'impasse de plusieurs années sur les ambitions européennes de l'Ukraine sous l'ancien Premier ministre hongrois Viktor Orbán, qui s'était engagé à bloquer son adhésion.
En marge du sommet UE-Balkans occidentaux à Tivat, au Monténégro, António Costa a expliqué que les travaux techniques menés parallèlement avaient permis à Kyiv de poursuivre ses réformes malgré le veto. "Nous sommes très avancés", a-t-il déclaré à Euronews.
Il s’est également félicité de ce qu'il décrit comme un "changement d'attitude positif" de la part du nouveau Premier ministre Péter Magyar, après une avancée majeure cette semaine : Budapest a levé son veto à la suite d'un accord bilatéral avec Kyiv sur les droits des minorités en Transcarpatie, conclu après des semaines d'intenses négociations.
"Je pense que c'est très important pour les relations bilatérales entre la Hongrie et l'Ukraine", a déclaré António Costa, estimant que les différends entre États ne devraient pas bloquer l'ensemble du processus d'adhésion à l'UE.
"C'est très positif que le Premier ministre Magyar ait donné ce signal clair : il dirige désormais un nouveau gouvernement, avec une nouvelle politique en Hongrie et une nouvelle attitude au sein de l’Union européenne", a-t-il ajouté.
Selon lui, les travaux préparatoires menés par Kyiv et Bruxelles permettront d'ouvrir – et parfois de clôturer rapidement – plusieurs chapitres, l'Ukraine ayant déjà rempli une partie des conditions requises.
"Je pense qu'il sera possible d'ouvrir et, en même temps, de refermer immédiatement plusieurs chapitres, car ils ont déjà fait ce qu'il fallait pour les clore", a-t-il indiqué.
Si le calendrier est respecté, l'Ukraine et la Moldavie, jusqu'ici traitées comme des candidatures jumelles, devraient ouvrir le premier cluster de négociation sur les "fondamentaux", le 15 juin. Celui-ci couvre les droits humains, l'État de droit, la justice et les marchés publics.
Au total, le processus d'adhésion comprend 33 chapitres répartis en six groupes thématiques, ouvrant de multiples possibilités de blocage par les États membres.
António Costa a par ailleurs soutenu une révision de la méthodologie d'élargissement.
"Personnellement, je pense qu’il n'est pas nécessaire d'avoir l'unanimité pour ouvrir les chapitres et les clusters. Nous avons seulement besoin de l'unanimité pour les valider", a-t-il déclaré, soulignant que les "questions bilatérales" doivent être traitées sans bloquer l'ensemble du processus.
L'Ukraine souhaite ouvrir les six clusters dans le cadre de sa candidature à l'adhésion à l'UE dès ce mois-ci, mais plusieurs responsables à Bruxelles estiment que cela prendra davantage de temps, possiblement jusqu'en septembre.
Avant le sommet, Paris et Berlin ont plaidé pour un processus d'"intégration graduelle et structurée", visant à encourager les réformes en échange d'un accès progressif au marché unique, sur la voie de l'adhésion pleine et entière.