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À Lisbonne, la 96e édition du Salon du livre séduit toujours autant

Tânia Ganho et Siri Hustvedt présentent « Fantasmas »
Tânia Ganho et Siri Hustvedt présentent « Fantasmas » Tous droits réservés  Ricardo Figueira / Euronews
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Par Ricardo Figueira
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À Lisbonne, le parc Eduardo VII s'est de nouveau transformé en la plus grande librairie du pays. La Foire du livre, née en 1930, attire encore les foules, auteurs comme passionné de lecture.

Les Lisboètes connaissent bien le rituel : de la fin mai à la mi-juin, le parc Eduardo VII se transforme en la plus grande librairie du pays, un paradis pour tout amateur de livres, avec des dizaines de milliers de titres au choix. Cette année, la Foire du livre compte 350 pavillons de 128 participants, qui représentent au total près de 900 marques éditoriales.

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Selon l’organisation, les cinq dernières éditions ont accueilli en moyenne 850 000 visiteurs. Des journées comme le jour férié du 4 juin ont sans doute permis d’atteindre à nouveau cette moyenne, voire de la dépasser cette année.

Alors qu’une longue file de jeunes attendait patiemment un autographe et quelques mots échangés avec l’autrice germano-américaine S.T. Ashman, d’autres flânaient sur la Praça Leya, où se mêlaient plusieurs générations et des styles d’écrivains très différents, de Hugo Van Der Ding et Rodrigo Guedes de Carvalho à Daniel Sampaio, Cristina Norton, Fernando Pinto Amaral, Nuno Rogeiro ou encore le célèbre auteur angolais Pepetela, lauréat du prix Camões en 1997.

"D’année en année, il y a de plus en plus de monde, et c’est bien. C’est très bien parce qu’on dit que les gens ne lisent plus et qu’il y a de moins en moins de lecteurs. C'est en partie vrai, mais d’un autre côté, il y a des mouvements de résistance, et ceci en est un exemple. C’est une fête, exactement comme nous aimons qu’elle soit. Le livre est une fête", déclare Pepetela à Euronews.

Pour Carla Pais, écrivaine portugaise installée en France, le voyage au Portugal pour participer à la Foire du livre et à d’autres événements coïncide avec la sortie de son tout dernier roman, A Sombra das Árvores no Inverno, récompensé lors de la dernière édition du prix Leya (le plus important au Portugal pour les livres inédits), et intervient peu après la publication d’un recueil de poésie, A Brutalidade do Movimento Conjugado.

Carla Pais avec ses livres
Carla Pais avec ses livres Ricardo Figueira / Euronews

"Je suis très agréablement surprise de voir autant de personnes de générations si différentes, avec des enfants, des personnes plus âgées, des parents, des grands-parents et des enfants", confie Carla Pais à Euronews. "Plusieurs générations se rencontrent et partagent le même espace, qui est cette passion pour les livres et la littérature."

"Célébration du livre"

Le point culminant de la journée a été, sans aucun doute, la présence de l’autrice américaine Siri Hustvedt pour présenter l’édition portugaise de Fantasmas, le livre de mémoires dans lequel elle revient sur plus de quarante ans de vie commune avec l’un des écrivains les plus importants de ces dernières décennies, Paul Auster, décédé en 2024. La présentation, assurée par l’autrice elle-même et par sa traductrice Tânia Ganho (également écrivaine), a attiré l’une des plus grandes foules de cette foire, où nombreux sont ceux qui ont dû rester debout ou s’asseoir par terre, faute de places.

Paulo Santos, 54 ans, cadre de la fonction publique, lecteur avide d’Auster et de Hustvedt, ne voulait pas manquer l’occasion d’échanger quelques mots, même brefs, avec l’écrivaine. "Siri est l’un des liens qui maintiennent Auster présent, au-delà de sa vaste œuvre", dit-il à Euronews. "Après la disparition d’Auster, j’ai ressenti le besoin d’explorer l’œuvre de Siri, même si c’est un processus encore très embryonnaire, puisque je n’ai lu pour l’instant qu’un seul de ses livres, “Élégie pour un Américain”. Auster est un auteur qui m’accompagne depuis de nombreuses années et dont l’atmosphère littéraire me séduit ; j’ai lu et relu presque toute son œuvre. Siri présente certains points de convergence, avec une écriture qui mêle mémoire, identité et réflexion", ajoute-t-il.

Paulo Santos n’a pas laissé passer l’occasion d’obtenir un autographe et une photo avec Siri Hustvedt
Paulo Santos n’a pas laissé passer l’occasion d’obtenir un autographe et une photo avec Siri Hustvedt Ricardo Figueira / Euronews

À sa 96e édition, la Foire du livre de Lisbonne est organisée par l’Association portugaise des éditeurs et libraires (APEL), présidée par Miguel Pauseiro. "Il y aura toujours quelqu’un pour dire qu’il vend moins que l’an dernier et d’autres pour affirmer qu’ils vendent davantage. Mais l’important pour nous, c’est que ce soit un moment de fête, une célébration du livre, pour que le livre devienne central dans notre vie", explique Pauseiro à Euronews.

Polémique autour des grandes maisons d'édition

La gestion assurée par l’APEL ne va pas sans quelques critiques, après la pétition lancée par DNL Convergência (source en portugais), un petit groupe éditorial qui, en plus de ses propres labels, assure également la distribution des livres de plusieurs autres petites maisons d’édition indépendantes, pour protester contre l’exclusion annoncée de l’édition de cette année.

L’espace occupé par un ensemble de quatre grands groupes éditoriaux, Leya, Porto Editora, Penguin et Presença, ne passe pas inaperçu aux visiteurs de la foire. Miguel Pauseiro réfute les critiques, rappelant que certains de ces groupes représentent à eux seuls quelque quinze marques éditoriales. "Je vous assure que les grands groupes, comme on les appelle, ont à la Foire du livre de Lisbonne une représentation inférieure à leur poids sur le marché, tant du point de vue des ventes que du nombre de titres publiés", souligne-t-il.

"Nous en voulons davantage, ça, je peux l’assurer. Nous voulons davantage de présence d’éditeurs à la foire, davantage d’auteurs, davantage de titres. Mais nous devons réunir les conditions nécessaires. La Foire du livre est en train d’atteindre un maximum en termes de structure, en ce qui concerne l’occupation du parc Eduardo VII, et cela va obliger l’APEL à faire des choix, mais aussi les éditeurs eux-mêmes", ajoute-t-il. "À l’heure actuelle, nous proposons ici des événements qui mettent en avant plus de 1 100 auteurs ; il n’y a donc pas de manque de diversité."

Miguel Pauseiro, président de l’APEL, lors d’un entretien avec Euronews
Miguel Pauseiro, président de l’APEL, lors d’un entretien avec Euronews Bruno Silva / Euronews

Cette année, cinq nouveaux participants rejoignent la Foire du livre.

Concernant les inscrits à l’édition 2025, quatre n’ont pas renouvelé leur inscription et six se sont vu refuser un pavillon : trois parce qu’ils commercialisaient surtout des jeux et d’autres produits qui ne sont pas à proprement parler des livres, et trois autres pour des raisons que le président de l’APEL n’a pas souhaité détailler. Pour ces cas, qui incluent celui de DNL Convergência, Pauseiro assure qu’il n’y a aucun ressentiment. "Il n’y a ni acrimonie, ni animosité, ni rancœur. À l’avenir, nous verrons comment faire revenir à bord ces participants, dans le respect des critères et des règles de la Foire du livre de Lisbonne", garantit-il.

La Foire du livre de Lisbonne se poursuit jusqu’au dimanche 14 juin.

Journalistes • Ricardo Figueira

Video editor • Ricardo Figueira

Sources additionnelles • Imagem: Bruno Silva

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