Lors d'une interview accordée à Euronews, John Bolton, ancien conseiller à la sécurité nationale américain, a assuré que les États-Unis ont sacrifié leur levier stratégique pour faire baisser le prix du pétrole.
L’Iran a manipulé le président américain Donald Trump lors des négociations entre Téhéran et Washington, a déclaré, à Euronews, l’ancien conseiller à la sécurité nationale John Bolton. Il a assuré que l'Iran était reparti avec des conditions bien plus avantageuses après avoir perçu l'empressement du président américain de parvenir à un accord.
Interrogé dans l’émission Special Report en marge du G7, John Bolton, qui conseillait Donald Trump sur des questions sensibles de sécurité durant son premier mandat, a jugé que l’accord-cadre était à l’avantage de l’Iran et affirmé que le président américain avait privilégié les enjeux économiques au détriment des considérations stratégiques.
Selon lui, la principale préoccupation de Donald Trump était le prix de l’énergie plutôt que les implications géopolitiques de l’accord. Il "ne réfléchit pas aux implications géostratégiques de cet accord. Il ne pense qu’à une chose. Il veut la réouverture du détroit. Il veut que le pétrole du Golfe revienne sur les marchés internationaux. Il veut que le prix de l’essence à la pompe baisse. C’est tout ce qui l’intéresse", a-t-il appuyé.
John Bolton va même plus loin : selon lui, Donald Trump aurait troqué la sécurité nationale des États-Unis contre des prix moins importants à la pompe.
Encore beaucoup de flou
L'ex haut-fonctionnaire a également estimé que l’absence de publication du texte de l’accord-cadre était préoccupante, soulignant que le détail de tout accord compte davantage que ses grandes lignes. Des questions clés demeurent, selon lui, sur le programme d’enrichissement d’uranium de l’Iran, l’ampleur de la levée des sanctions et la réouverture effective du détroit d’Ormuz.
"Si c’était un excellent accord, il aurait été rendu public. Et je pense que cela vous dit déjà à peu près tout ce que vous devez savoir", a-t-il ajouté.
Il a ensuite rejeté l’affirmation de la Maison-Blanche selon laquelle la direction iranienne aurait fondamentalement changé à la suite des frappes américaines et israéliennes. "Le changement de direction n’a lieu que parce que nous avons tué les quatre ou cinq cents principaux responsables du régime en place, et qu’il ne reste plus aujourd’hui que leurs seconds et leurs adjoints. Donc oui, ce sont des personnes différentes, mais c’est le même régime fanatique", a expliqué John Bolton.
Dans cette même interview accordée à Euronews, il a également balayé les affirmations iraniennes affirmant que Téhéran ne chercherait pas à se doter de l’arme nucléaire. "L’Iran s’est engagé à ne pas se doter de l’arme nucléaire depuis 56 ans maintenant, depuis son adhésion au Traité de non-prolifération nucléaire en 1970. Mais ils ne le pensent tout simplement pas", a-t-il lancé.
Les États-Unis affaiblis selon Bolton
John Bolton a en outre estimé que Donald Trump avait affaibli la capacité de pression de Washington en acceptant un accord avec un Iran affaibli, signalant que les États-Unis ne mèneraient pas de nouvelles frappes avant les élections de mi-mandat. Selon lui, cette approche reflète la volonté du président de maintenir des prix de l’énergie bas à l’approche du scrutin de novembre.
"Cela nous prive de l’arme la plus puissante que nous ayons, du principal levier dont nous disposons sur l’Iran. C’est tout ce qu’ils comprendront", a déclaré John Bolton.
Il a ajouté que Téhéran avait correctement évalué la position de Donald Trump. "Il est désespéré de conclure un accord. Et ils l’ont manipulé ainsi", a-t-il affirmé.
Enfin, interrogé sur la perspective d’une force navale européenne pour contribuer à maintenir ouvert le détroit d’Ormuz, John Bolton s’est montré sceptique. "Est-ce que ce sera comme une force de maintien de la paix de l’ONU qui se contente de saluer pendant que le cessez-le-feu est violé ? Personne ne s’est jamais penché sur cette question", a-t-il ironisé.
Lundi, à la veille du début du sommet du G7 à Évian-les-Bains, le président français Emmanuel Macron a assuré que les pays européens prendraient leur part pour garantir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, même si Donald Trump a semblé suggérer que les États-Unis n’auraient pas besoin de "beaucoup d’aide" après la conclusion de l’accord.
Au lancement de l’opération Epic Fury, le président américain avait critiqué ses alliés européens pour leur refus de participer à ce qu’il décrivait comme la "petite entreprise" de réouverture du détroit et exprimé sa frustration face à l’absence de soutien de l’Otan.