Hegseth critique l'Europe, qui selon lui privilégie les idéaux libéraux aux besoins de défense, et s'en prend aux chefs militaires de l'OTAN à Bruxelles.
Le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, s'en est pris jeudi aux alliés de l'OTAN en annonçant un réexamen de six mois, mené par le Pentagone, des forces de son pays en Europe, dont l'issue dépendra de la rapidité avec laquelle les Européens assumeront leur propre sécurité.
Ce réexamen a constitué une nouvelle surprise pour les alliés européens et le Canada, qui doivent composer avec un partenaire de plus en plus imprévisible.
Des responsables américains civils et des officiers supérieurs avaient promis de coordonner étroitement leurs actions avec les Européens, alors que Washington réduit sa présence militaire sur le continent, un mouvement amorcé en Allemagne, en Espagne et en Italie après des accrochages entre le président Donald Trump et leurs dirigeants.
Ces derniers mois, Donald Trump et le Pentagone ont envoyé des signaux contradictoires sur une éventuelle réduction ou, au contraire, une augmentation de l'empreinte militaire américaine en Europe, tout en menaçant d'annexer le Groenland, île dotée d'une large autonomie et appartenant au Danemark, allié des États-Unis.
Il y a quelques semaines à peine, l'administration Trump avait indiqué qu'elle ne fournirait plus le même niveau de soutien militaire si un pays membre de l'OTAN venait à être attaqué.
« Il s'agira d'un véritable réexamen. Il sera conçu pour s'assurer que l'OTAN progresse rapidement et de manière irréversible vers une Europe qui prend les commandes, qui assume la responsabilité principale de la défense de l'Europe », a déclaré Pete Hegseth à ses homologues de l'OTAN réunis à Bruxelles.
« C'est un examen que certains pays échoueront et que d'autres réussiront haut la main », a ajouté le chef du Pentagone.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a ensuite rappelé que les alliés savaient depuis longtemps que Washington envisageait de retirer un jour ses troupes d'Europe et qu'ils devaient assurer eux-mêmes leur sécurité.
« Nous savons que nous devons en faire davantage et nous nous y employons », a déclaré Merz.
Dans un discours enflammé au siège de l'OTAN à Bruxelles, Pete Hegseth a fustigé les alliés européens pour avoir refusé aux forces américaines l'accès à des bases en Europe afin de lancer des attaques contre l'Iran, qualifiant cette attitude de « honteuse ».
« Ces alliés ont mis en danger les fils et les filles de l'Amérique, nos fils et nos filles, en leur refusant un accès, des bases et des survols prévisibles qui n'auraient jamais dû être remis en cause », a-t-il déclaré, ajoutant que le réexamen porterait aussi sur la question de savoir si les États-Unis disposent d'un plein accès et de droits de survol « lorsque nous en avons besoin ».
Alors que les ministres de la Défense et les responsables militaires restaient silencieux, Hegseth s'est lancé dans une diatribe contre les politiques migratoires et d'égalité entre les sexes en Europe, dans des propos rappelant ceux tenus par le vice-président JD Vance en février de l'an dernier et qui avaient suscité la colère de nombreux Européens.
« Au lieu de chars, d'avions de combat et de systèmes de défense aérienne, l'accent a été mis sur l'égalité de genre, le changement climatique et l'austérité en matière de défense. Les frontières de l'Europe se sont grand ouvertes, les États-providence se sont étendus, les budgets de défense se sont effondrés, tout comme la confiance de l'Europe en elle-même et en sa civilisation », a insisté Pete Hegseth.
Il s'agissait d'une visite rare de du Secrétaire américain à la Guerre au siège de l'OTAN, la première cette année, après avoir manqué une réunion en février.
Le chef du Pentagone n'est pas resté longtemps, quittant les lieux bien avant la fin de la réunion et plusieurs heures avant que le président ukrainien Volodymyr Zelensky ne vienne exhorter les alliés à fournir davantage d'armes à son pays.
S'adressant aux journalistes à l'aéroport de Bruxelles avant de regagner les États-Unis, Hegseth a déclaré : « Il était encourageant d'entendre, pays après pays, dire : “Nous allons atteindre notre objectif. Nous allons atteindre notre objectif.” Il reste encore quelques retardataires, et nous serons clairs avec eux au cours de ce réexamen. »
Ces déclarations au ton incendiaire pourraient toutefois instaurer un climat d'incertitude parmi les alliés de l'OTAN, qui doivent se réunir en Turquie au début du mois prochain pour un sommet des dirigeants déjà programmé.