Les pays du Golfe appellent à nouveau Washington et Téhéran à ne pas rompre les négociations, tandis que l'Iran affirme que le détroit d'Ormuz lui appartient désormais.
Les pays du Golfe se préparent à une dégradation rapide de la situation sécuritaire après de nouvelles escalades militaires survenues au cours des vingt-quatre dernières heures, après que les États-Unis et l’Iran ont échangé des tirs et que Téhéran a attaqué le Koweït et Bahreïn tout en lançant des avertissements incendiaires, le tout culminant avec l’annonce sans détour du président américain Donald Trump, lors du sommet de l’OTAN à Ankara, selon laquelle il considère que le cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran est « terminé ».
Les pays du Golfe ont de nouveau publié une série de communiqués condamnant l’Iran pour ces dernières escalades, mais en adoptant une approche mesurée censée laisser ouverte la voie, pourtant difficile, de la diplomatie.
Un nouveau cycle de négociations entre les États-Unis et l’Iran, prévu jeudi dans le cadre de l’accord-cadre visant à mettre fin à la guerre, était programmé, et l’attitude unifiée des pays du Golfe face à ce dernier embrasement militaire et politique indique que, pour eux, un retour à la guerre n’est pas envisageable.
Dans sa déclaration, le président américain a affirmé qu’il laisserait les discussions se poursuivre, que les négociateurs veulent négocier « mais il faut qu’ils reviennent vers moi », ajoutant que « ce n’est qu’une perte de temps de traiter avec les Iraniens ».
Le Qatar, dont le rôle d’un des deux principaux médiateurs a été déterminant pour les négociations entre les États-Unis et l’Iran, s’est dit alarmé après que Téhéran a visé mardi le pétrolier qatari Al Rekayyat ainsi qu’un pétrolier saoudien, puis attaqué le Koweït et Bahreïn après que les États-Unis ont lancé dans la nuit des frappes aériennes contre l’Iran à la suite des actions militaires des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) à Ormuz.
Le Qatar a également convoqué mardi le vice-ambassadeur d’Iran à Doha pour lui remettre une note de protestation affirmant que « cette attaque constitue une grave violation de la sécurité de la navigation internationale, une menace directe pour la sécurité de l’approvisionnement énergétique mondial et une violation manifeste et flagrante du droit international ».
« La note exigeait de la République islamique d’Iran qu’elle cesse immédiatement toute pratique compromettant la sécurité de la région et s’abstienne de mettre en danger la navigation internationale et les approvisionnements énergétiques mondiaux », a déclaré le ministère des Affaires étrangères du Qatar dans un communiqué.
« L’État du Qatar se réserve tous ses droits, en vertu du droit international, pour prendre toute mesure jugée appropriée afin de protéger ses intérêts et ses biens. »
Le Qatar a également condamné « les attaques répétées de l’Iran » contre Bahreïn et le Koweït.
« Le ministère des Affaires étrangères souligne la nécessité de préserver la région des conséquences d’attaques injustifiées, de poursuivre la voie du dialogue et de la diplomatie, de réduire l’escalade et de s’appuyer sur les acquis obtenus dans le cadre du mémorandum d’entente (MoU) », a-t-il indiqué.
Côté émirien, Anwar Gargash, conseiller diplomatique du président des Émirats arabes unis, a averti que l’Iran n’est pas capable de « tourner la page de la guerre ».
« Les États arabes du Golfe ne peuvent rester la cible des hésitations de l’Iran entre la logique de l’escalade et la voie de la rationalité, de la stabilité et de la paix », a déclaré Gargash.
Le sultanat d’Oman, avec lequel Téhéran tente constamment de mettre en place un mécanisme de contrôle conjoint dans le détroit d’Ormuz, a condamné à la fois les frappes iraniennes contre Bahreïn et le Koweït et celles visant les navires saoudien et qatari, estimant que ces attaques menacent le commerce mondial et appelant toutes les parties à revenir à la diplomatie plutôt qu’à l’escalade de la crise.
Le Koweït a dénoncé les agressions « odieuses » de l’Iran contre Bahreïn comme contre le Koweït, tandis que le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe, Jassem Mohamed Albudaiwi, a affirmé que « ces attaques confirment la poursuite par l’Iran d’une démarche visant à saper les efforts internationaux et régionaux pour instaurer la sécurité et la paix et résoudre la crise ».
L’analyste des affaires iraniennes Hamidreza Azizi estime que « en visant un pétrolier saoudien et un pétrolier qatari dans le détroit d’Ormuz, l’Iran cherche à envoyer le signal que ni la signature du MoU avec les États-Unis ni sa volonté d’améliorer ses relations avec les États arabes du Golfe ne doivent être interprétées comme un feu vert donné aux pays de la région pour circuler librement dans le détroit en ignorant la revendication de Téhéran de contrôler et de gérer cette voie maritime ».
« La valeur stratégique de long terme du détroit d’Ormuz l’emporte sur les bénéfices économiques potentiels d’un accord avec les États-Unis ou d’une amélioration des relations avec les pays du Golfe », a ajouté Azizi.