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Rentrée scolaire : la lutte contre les violences sexuelles parmi les nouvelles mesures

Emmanuel Macron s'entretient avec des élèves lors de sa visite au lycée Chaptal, à l'occasion de la rentrée scolaire, à Mende, dans le sud de la France, 1 septembre
Emmanuel Macron s'entretient avec des élèves lors de sa visite au lycée Chaptal, à l'occasion de la rentrée scolaire, à Mende, dans le sud de la France, 1 septembre Tous droits réservés  AP Photo
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Par Estelle Nilsson-Julien
Publié le Mis à jour
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Une nouvelle mesure de rentrée : le questionnaire annuel sur le harcèlement scolaire distribué au mois de novembre inclura des questions sur les violences sexuelles. Les élèves pourront choisir, ou non, de conserver leur anonymat.

Ce mardi, la sonnerie qui marque le coup d'envoi de la rentrée scolaire a retenti dans toute la France. Cette année, le gouvernement a introduit des mesures inédites : interdiction des téléphones portables dans les écoles, collèges et lycées, mais aussi des mesures contre les violences sexuelles.

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Pour la première fois, le questionnaire annuel sur le harcèlement scolaire, distribué aux élèves depuis 2023, inclura des questions sur les violences sexuelles. Les élèves pourront choisir, ou non, de conserver l'anonymat dans ce questionnaire, qui sera remis en novembre prochain.

Invité de BFMTV le 25 août, le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a indiqué qu'environ 10 millions d'élèves, allant de la maternelle au lycée, rempliraient le formulaire, conçu "avec les personnels scolaires, les associations de parents d’élèves et un comité d’experts, dont des pédopsychiatres". Selon le ministre, les résultats pourraient être "sismiques".

Concernant les modalités pratiques du dispositif, les enseignants recueillent dans un premier temps les formulaires. En cas de réponse jugée préoccupante, la direction de l’établissement prend le relais et peut effectuer un signalement auprès de l’Académie de rattachement ou de la justice.

Cette initiative fait suite à de nombreux scandales, notamment dans le milieu du périscolaire. Rien qu'à Paris, 203 enquêtes pénales sont en cours pour des faits présumés de violences, dont des violences sexuelles, dans le milieu scolaire et périscolaire, selon les derniers chiffres officiels du 26 août.

Malgré ces chiffres alarmants, l'école reste le premier lieu de signalement pour les violences sexuelles faites aux enfants, avec 80 000 signalements par an, selon le ministre de l'Éducation nationale.

Selon la CIIVISE (Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants) chaque année en France, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles, dont 77 % dans le cadre familial. Cela correspond à un enfant victime de viol ou d'une agression sexuelle toutes les trois minutes.

Des parents mitigés : "l'école doit être un sanctuaire"

Selon le ministre de l'Éducation, les questions du formulaire sur les violences sexuelles seront adaptées en fonction de l'âge des élèves. Malgré cela, certains parents restent mitigés face à l'initiative.

"Je pense que l'école a un rôle à jouer dans la prise en charge et dans le signalement de violences possibles, puisque justement, l'école doit être un sanctuaire, un lieu où les enfants peuvent être en confiance pour parler de choses qui peuvent se passer à la maison", Samuel Bougnat, père d'un enfant de 3 ans, a confié à Euronews.

"Moi, je me dis que c’est pragmatique puisque tous les enfants sont supposés être à l’école ; donc, s’il y a bien un endroit où on peut repérer des choses qui sont problématiques et dangereuses pour les enfants, c'est là", a expliqué un père de deux jeunes enfants, qui souhaitait conserver son anonymat.

"En tant que parent, je serai attentif à la manière dont c’est fait, afin que les formulaires soient compris par les petits, notamment", a-t-il ajouté.

D'autres, comme Caroline Varas, mère d'un garçon âgé de 4 ans et demi, sont moins convaincus. "Je ne suis pas trop sûre que l'école devrait être responsable de ça. Je pense que ça doit être un travail collaboratif : avec des associations de parents indépendantes, la mairie et l'école."

"Si c'est seulement l'école qui s'en occupe, ils vont se couvrir, se protéger. J'ai appris a posteriori qu'il y avait des violences, pas des violences sexuelles, mais des violences, dans l'école de mon enfant. Il manque un intermédiaire entre l'école et les parents", a-t-elle ajouté.

Le milieu associatif fait part de réserves

Laura Morin-Baudet, directrice générale de l'Enfant Bleu, association de lutte contre la maltraitance des enfants, dit se "réjouir" du fait que le ministère de l'Éducation se saisisse du problème des violences sexuelles contre les enfants, mais émet aussi des doutes sur la manière dont le questionnaire sera rempli par les élèves.

"Tout dépend des conditions. Si, effectivement, l'enfant se sent en confiance, a l'impression que son copain ou sa copine à côté ne peut pas forcément voir ses réponses, peut-être, effectivement, qu'il finira par dire quelque chose. Par contre, s'il a le moindre doute, s'il a peur, s'il a des doutes sur l'endroit où vont aller ces documents, on sait malheureusement qu'il ne se confiera pas forcément."

Pour Laura Morin-Baudet, il reste essentiel de faire de la prévention et de la sensibilisation dans les établissements scolaires, en parallèle de ce type d'initiative.

"On sait à quel point les enseignants, les professionnels de l'enfance ne sont pas assez formés. Notre association reçoit régulièrement des appels de professionnels qui nous disent : "Voilà, j'ai pu observer telle et telle chose, qu'est-ce que je peux faire, comment j'agis ?" Donc on sait qu'il y a ce besoin-là."

"Parfois, ça ne passe pas par les mots, ça passe par le comportement. Ça peut être un enfant qui devient très agité alors qu'il ne l'était pas, ou au contraire, un enfant qui se renferme complètement. Et ça, c'est le regard d'un adulte qui peut l'analyser, qui peut le voir et qui peut créer un lien de confiance."

Les syndicats des enseignants se prononcent

Selon Jean-Rémi Girard, président du Syndicat national des lycées et collèges, écoles et du supérieur (SNALC) "la grande majorité" des enseignants soutient l’initiative.

"Pour nous, le plus important c'est que l'école soit un lieu sûr pour nos élèves et pour tout le monde en réalité. Ça ne veut pas dire que c'est nous qui allons faire justice, très clairement. Mais on a quand même la capacité de parler avec les élèves, d'aller voir un petit peu ce qui se passe, de s'intéresser aux conditions de vie des enfants et de réunir des éléments pour effectivement ensuite passer le flambeau à la police et à la justice."

"Parfois les jeunes enfants n’ont pas conscience de la gravité de ce qui leur est arrivé. Avec le formulaire, des questions très simples vont nous permettre de poser, non pas un diagnostic, mais en tout cas un premier élément d'attention."

De son côté, Béatrice Laurent, secrétaire du syndicat de l'éducation UNSA Éducation, évoque un "dilemme."

"On ne peut pas être contre quelque chose qui permet aux enfants de pouvoir dénoncer des violences qu'ils auraient subies. Après, la réserve qui vient tout de suite, c'est si un questionnaire écrit est le bon véhicule ?"

"Notre réserve va aussi sur le traitement de ces questionnaires. Est-ce qu'il y a assez de personnel dans le système éducatif pour prendre en charge ces dénonciations que vont faire les enfants ? Parce que ce qui serait vraiment dramatique, c'est que des enfants expriment des choses qui leur sont arrivées et qu'il ne se passe rien derrière."

Contacté par Euronews, le ministère de l'Éducation nationale n'a pas répondu à nos questions portant sur les détails du questionnaire, ainsi que sur la manière dont la justice interviendrait si les résultats s'avèrent réellement "sismiques" comme évoqué par le ministre de l'Éducation.

Le ministère a indiqué que les travaux de préparation du questionnaire étaient "en cours d’élaboration" et qu'il était donc "prématuré, à ce stade, de répondre précisément."

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