La troisième journée de mobilisation nationale a commencé dès l'aube, ce mardi 6 octobre. Plusieurs lycées et universités du pays ont été bloqués dès 7h. C'était notamment le cas de la Sorbonne, à Paris.
L'accalmie n'aura été que de courte durée. Ce mardi 6 octobre, des dizaines de milliers de lycéens sont de nouveau attendus dans les rues pour réclamer, entre autres, davantage de moyens pour l'Éducation.
De premiers affrontements ont été observés à Lyon : les forces de l'ordre ont dispersé des personnes cagoulées qui bloquaient le passage du tramway.
Dans le Rhône, des barrages filtrants ont déjà été mis en place dans de nombreux lycées, a indiqué la préfecture, qui a précisé que quinze établissements, dont un site de l'université Lyon 2, sont soumis à des perturbations.
D'autres actions ont déjà été observées dans plusieurs villes du pays, comme à Paris, Lyon, Nice ou La Roche-sur-Yon. Dans la capitale, où les forces de l'ordre sont déjà déployées, des blocus ont déjà été installés dans les lycées Hélène-Boucher (XXe arrondissement), Louis-le-Grand et Henry IV (Ve arrondissement), où une centaine de lycéens sont présents.
Devant l'université Sorbonne Nouvelle, une vingtaine d'étudiants sont déjà présents. Situation similaire à l'université Rennes 2, qui a voté le blocage de la faculté en soutien aux lycéens.
À Toulon, la CGT se tient aux côtés de lycéens. À Strasbourg, ce sont des enseignants qui ont rejoint les étudiants pour soutenir leur mouvement.
À Marseille, où 2 000 personnes sont attendues, et à Aix-en-Provence, de grands rassemblements sont prévus et devraient se lancer dès 10 heures.
Mais la colère ne se limite pas à la France métropolitaine. À la Réunion et à Mayotte, la plupart des établissements vont rester ouverts, mais de nombreux blocages sont d'ores et déjà annoncés pour cette nouvelle journée de colère.
Sur RTL, Bally Bagayoko a rappelé "que l'urgence est désormais à la désescalade et à la réponse politique, pas à la réponse policière". Le maire insoumis de Saint-Denis, critiqué pour sa présence aux côtés des lycéens, s'est dit "relativement inquiet" avant cette nouvelle journée de mobilisation. "L'État a été en retard, à laisser l'indignation s'installer pendant des années", a-t-il également souligné.
Convergence des colères
Ce mouvement, lancé à la mi-septembre dans la région parisienne et qui a depuis atteint tout le pays, en est déjà à son "Acte III". Et cette journée sera un vrai test pour la mobilisation : pour la première fois, les lycéens ont reçu la soutien des syndicats de l'Éducation nationale (FSU, CGT, FO, CFDT, Unsa, Sud et Solidaires), qui ont appelé à descendre dans les rues.
"Les militants et militantes seront là pour protéger les lycéennes et lycéens parce que nous avons été scandalisés de ce que nous avons vu depuis dix jours et de cette répression inédite que le gouvernement a organisée contre la mobilisation", a notamment assuré Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT.
À Paris, jusqu'à 40 000 personnes sont attendues ce mardi, à partir de 14 h. Environ 2 000 policiers et gendarmes seront mobilisés autour du cortège et porteront une attention toute particulière aux rassemblements qui pourront se former, dans la capitale, avant le début officiel du rassemblement.
Pour cette troisième journée de mobilisation nationale, les lycéens pourraient également être rejoints par les étudiants, qui ont été appelés à se mobiliser par l'Union étudiante. La fédération des syndicats étudiants a incité à "bloquer tous les lieux d'études pour être en capacité de continuer à faire grandir la mobilisation". Un appel également lancé aux "travailleurs et travailleuses d'autres secteurs".
La Confédération paysanne, troisième syndicat agricole, a également invité les agriculteurs à faire "converger" les "colères" et à rejoindre la mobilisation des lycéens avec leurs tracteurs.
Lycéens blessés, établissements incendiés
Depuis le début de la mobilisation, 85 personnels éducatifs, dont 34 chefs d'établissement et adjoints, 715 policiers et gendarmes et 215 élèves ont été blessés, a fait savoir Matignon. Le bureau du Premier ministre a précisé que "l'immense majorité" l'a été "soit dans le cadre d'accidents", "soit par le fait d'autres individus extérieurs".
À Lens, ce lundi, un jeune de 15 ans a eu la main arrachée après l’explosion d’une grenade devant un établissement scolaire, ont indiqué François-Xavier Lauch, préfet du Pas-de-Calais et Étienne Thieffry, procureur de la République de Béthune. L'IGPN, la police des polices, a ouvert une enquête pour déterminer si le lycéen aurait récupéré cette grenade ou si elle a atterri sur lui. Une situation "bouleversante", a précisé le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, ce mardi matin.
La semaine passée, dans le Val-d'Oise, un jeune de 14 ans a perdu l'usage d'un œil. Le parquet a évoqué des lésions "compatibles" avec un tir de LBD. Au total, dix enquêtes ont été ouvertes par l'IGPN.
"Notre priorité absolue est de protéger nos élèves", a assuré, de son côté, le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray.
De nombreuses violences ont également éclaté en marge de ces rassemblements lycéens. À l'instar de plusieurs établissements à travers le pays ces derniers jours, le lycée Vauquelin, dans le 13e arrondissement de Paris, a été attaqué ce lundi. Les élèves et le personnel éducatif ont été confinés pendant plusieurs heures après des tirs de mortiers et des départs de feu.
Environ 400 à 500 écoles ont dû fermer en raison de dommages ou d'attaques ciblant le personnel et devraient rester fermées lundi, avait indiqué le ministre de l'Éducation.
Depuis le début du mouvement, les forces de l'ordre ont interpellé plus de 6 000 personnes, dont plus de 5 000 mineurs, a précisé le ministère de l'Intérieur.
Inégalités et vétusté des établissements
Les inégalités perçues dans le système scolaire sont à l'origine de cette colère, née dans la banlieue parisienne. Lycéens et professeurs affirment que l'enseignement, les installations et les opportunités de progression ne sont pas aussi bons pour les étudiants des quartiers défavorisés.
Des pancartes tenues par les premiers manifestants à Créteil portaient les messages "Trop d'inégalités, nous en avons marre", "L'éducation est un droit, pas un privilège" et "Désolé de déranger, c'est pour notre avenir".
Les élèves se plaignent également de la vétusté de leurs établissements et dénoncent des conditions insuffisantes, notamment lors des vagues de chaleur, l'été, ou lors des épisodes de froids, l'hiver. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses vidéos ont été publiées dénonçant l'état des établissements : plafonds effondrés, fuites, meubles cassés, rats dans les couloirs...
"Le public doit savoir que les conditions d'étude ne sont plus comme elles l'étaient pour nous", a déclaré Sophie Bordy, enseignante de littérature de 50 ans à Paris. "Cela s'est significativement détérioré."
Les élèves protestent également contre des classes surchargées, le non-remplacement des professeurs absents ou des emplois du temps trop chargés. Dans les lycées, les cours commencent souvent à 8 heures et peuvent durer jusqu'en début de soirée. Les heures de cours obligatoires des lycéens français comptent parmi les plus élevées d'Europe, selon les chiffres de l'Union européenne.
Le gouvernement a déjà jugé ces revendications légitimes, mais a condamné ce qu'il a décrit comme "des violences urbaines", qualifiant ces manifestations comme des émeutes.
Pour regrouper l'ensemble des doléances des lycéens, l'exécutif a ouvert, jusqu'au 23 octobre, une plateforme de participation citoyenne, Agora. Plus de 1 700 personnes ont déjà participé. Sur le site, il est demandé quelles sont les principales difficultés rencontrées par les lycéens et ce qui devraient changer au sein des établissements afin de mieux vivre leur scolarité.