Suivez-nous
Publicité

Après des mois d'hésitation, l'Europe montre qu'elle est prête à parler avec la Russie

Le président russe Vladimir Poutine.
Le président russe Vladimir Poutine. -  Tous droits réservés  Pyotr Kovalev/Sputnik
Tous droits réservés Pyotr Kovalev/Sputnik
Par Jorge Liboreiro
Publié le
Partager Discussion Suivez Euronews sur Google
Partager Close Button

Alors que Trump se range derrière Poutine, les Européens se disent de plus en plus prêts à engager un dialogue direct avec la Russie, qu'ils ont jusque-là refusé.

Après des mois d'hésitations et de querelles, l'Europe envoie ses signaux les plus forts à ce jour : elle se dit prête à parler directement avec la Russie pour mettre fin à l'invasion totale de l'Ukraine et décider de l'avenir de l'architecture de sécurité du continent.

PUBLICITÉ
PUBLICITÉ

Le président finlandais Alexander Stubb et le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre ont pris les devants et ont eu un entretien téléphonique avec (source en anglais)le président russe Vladimir Poutine pour discuter de la relance imminente du processus de paix.

Même si Stubb et Støre n'avaient pas de mandat pour parler au nom de l'Europe — ils l'ont fait en tant que "dirigeants de leurs pays respectifs" — leur démarche, mardi, a immédiatement fait du duo nordique des interlocuteurs de premier plan.

Dans son compte rendu, le Kremlin a indiqué que les trois dirigeants avaient "convenu de maintenir un contact téléphonique direct à l'avenir".

Dans le même temps, la Commission européenne et le Conseil européen préparent une équipe conjointe de hauts responsables, qui doit être envoyée au prochain cycle de discussions, attendu à Abou Dhabi début novembre. La date exacte n'a pas encore été annoncée.

Bjoern Seibert, puissant chef de cabinet de la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, est pressenti pour diriger la délégation.

"Nous sommes fermement déterminés non seulement à mettre fin à la guerre, mais aussi à parvenir à une paix juste et durable. C'est notre objectif et la position que nous défendons dans les discussions en cours", a déclaré un porte-parole de la Commission.

Fait notable, Bruxelles affiche désormais ouvertementson intention de mener les prochaines négociations dans un format multilatéral, ce qui signifierait la présence simultanée d'Européens, d'Ukrainiens, d'Américains et de Russes autour de la même table.

Cela ne s'est jamais produit jusqu'ici dans le processus de paix. Jusqu'à présent, c'étaient principalement les États-Unis qui parlaient avec la Russie, avec des trilatérales ponctuelles auxquelles participait aussi l'Ukraine. (Kyiv et Moscou ont un canal parallèle pour la libération des prisonniers de guerre.)

Il est encore plus remarquable que la Russie n'ait pas purement et simplement rejeté la participation européenne, comme elle l'a fait à plusieurs reprises par le passé. Cette fois, elle semble même la rechercher.

"Il ne suffit pas de parler uniquement à Kyiv. Nous devons parler à l'ensemble de l'Europe, qui soutient pleinement Kyiv", a déclaré la semaine dernière Yury Ushakov, proche collaborateur de Poutine.

Un consensus introuvable

La question de rompre l'isolement diplomatique imposé en février 2022 et de parler directement avec la Russie divise depuis longtemps les dirigeants européens.

Le débat a éclaté au grand jour plus tôt cette année, lorsque le président français Emmanuel Macron et la Première ministre italienne Giorgia Meloni ont lancé coup sur coup des appels en faveur de cette option. L'idée de nommer un envoyé spécial européen a déclenché une pluie de noms possibles.

L'Autriche, la Belgique, la Bulgarie, la Tchéquie, le Luxembourg et la Slovaquie ont progressivement approuvé cette stratégie, estimant que les enjeux étaient trop élevés pour que l'Europe reste absente.

À l'inverse, l'Allemagne, la Pologne, la Suède, le Danemark et les pays baltes s'y sont opposés, avertissant que les positions de la Russie restaient aussi maximalistes que le premier jour de la guerre.

L'absence de consensus est apparue au grand jour en juin, lorsque le président du Conseil européen António Costa a ouvert de manière inattendue un canal de communication avec le Kremlin. La décision de Costa a suscité un retour de bâton politique et a été discrètement mise en veille.

Jonas Gahr Støre et Alexander Stubb.
Jonas Gahr Støre et Alexander Stubb. AP Photo

L'appel de Stubb et Støre à Poutine a aussi fait tiquer certains.

"Je suis très sceptique face à cette initiative indépendante de la Norvège et de la Finlande", a déclaré la Première ministre danoise Mette Frederiksen, dans un rare moment de dissension nordique.

"Je ne sais sincèrement pas ce qu'ils pensent pouvoir obtenir ainsi."

Le Polonais Donald Tusk a conseillé à Stubb et Støre d'être "vigilants" et d'avancer avec prudence dans leur nouvel engagement avec Poutine.

"Le programme et les intérêts de la Russie sont définis de manière assez précise, et personne ne devrait se faire d'illusions sur la conclusion d'un accord", a déclaré Tusk.

Leur mise en garde n'était pas sans fondement. Le compte rendu du Kremlin, truffé de références éternelles aux "causes profondes" de la guerre et aux "politiques de confrontation" de l'Europe, ne laissait aucun doute sur le fait que les exigences maximalistes de la Russie restaient intactes.

Une détérioration brutale

Mais la situation n'est plus la même qu'en juin, lorsque Costa avait été désavoué.

À l'époque, les alliés européens sortaient tout juste d'un sommet du G7 réussi en France, au cours duquel le président américain Donald Trump avait promis de rétablir les sanctions sur le pétrole russe et évoqué avec le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy des licences pour les missiles Patriot.

Aujourd'hui, ils sont sous le choc : Trump conclut un accord sur le diesel avec Poutine, lève des sanctions de longue date contre la Russie, étrille Zelenskyy et exige de nouvelles élections en Ukraine.

L'imposition soudaine de limites à l'utilisation par Kyiv de la technologie Starlink et du système d'alerte précoce, tous deux cruciaux pour sa défense, a déclenché des signaux d'alarme. En une nuit, le scénario redouté d'une capitulation imposée à l'Ukraine par Trump, sur le mode du "à prendre ou à laisser", s'est matérialisé.

Cette dégradation rapide a poussé Stubb et Støre à organiser en urgence un nouveau cycle de discussions à Oslo. À l'issue de la réunion, Zelenskyy en est ressorti avec une attitude plus mesurée. Les débits de Starlink et le système d'alerte précoce ont ensuite été rétablis.

L'inquiétude face au rapprochement de Trump avec Poutine reste cependant très palpable.

Les responsables européens ont compris que les contacts entre Washington et Moscou sont plus vastes qu'ils ne l'imaginaient.

Les deux parties discuteraient de nouveaux accords portant sur les actifs de Lukoil, la technologie nucléaire, le gaz naturel liquéfié (GNL) de l'Arctique et, plus controversé encore, la remise en service du gazoduc Nord Stream et la libération des actifs russes immobilisés.

La Russie a intensifié ses attaques contre l'Ukraine.
La Russie a intensifié ses attaques contre l'Ukraine. Copyright 2026 The Associated Press. All rights reserved.

Pour les Européens, l'approche américaine est fondamentalement viciée, car elle passe sous silence la fixation de Poutine sur la conquête territoriale, raison centrale de son invasion. Aucun accord, aussi lucratif soit-il, ne peut, selon eux, se substituer à l'anéantissement de l'Ukraine dans l'esprit de Poutine.

À ce sentiment d'urgence s'ajoutent le blocage en mer Noire, qui a perturbé les chaînes d'approvisionnement mondiales, et l'hiver qui approche en Ukraine, que la Russie entend rendre insupportable. Les deux crises menacent de provoquer une vague migratoire vers l'Europe.

La nécessité d'obtenir un cessez-le-feu, même limité à la mer Noire et aux infrastructures énergétiques, n'a jamais été aussi pressante depuis février 2022. Poutine ne manquera pas d'exiger un nouvel allègement des sanctions en échange de tout ce qu'il considérera comme une concession.

Cela contribue à expliquer pourquoi l'Europe, après des mois d'hésitation, est désormais prête à renforcer son rôle et à parler directement avec la Russie : être à la table est devenu indispensable pour défendre la position de l'Ukraine, de plus en plus fragile ; contrer l'approche américaine, de plus en plus assumée ; et préserver l'intérêt européen, de plus en plus relégué.

Støre l'a clairement dit en défendant son appel.

"Si l'on part du principe que la situation actuelle — dans laquelle la communication de l'administration américaine avec Moscou sert de seul canal pour discuter de l'Ukraine en dehors de l'Ukraine — est la seule voie possible, alors on a droit à cette opinion", a-t-il déclaré.

"Je pense qu'il est important que d'autres voix se fassent entendre aussi."

Accéder aux raccourcis d'accessibilité
Partager Discussion Suivez Euronews sur Google

À découvrir également

Un appel à Poutine oppose la Finlande et la Norvège au Danemark et à la Suède

Les dirigeants de Finlande et de Norvège appellent Poutine à reprendre les négociations de paix

"C'est terrifiant": l'Ukraine et l'Europe sur le qui-vive alors que Trump se range du côté de Poutine