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Comment l’une des villes les plus polluées d’Europe inspire la restauration de la nature

Milan : le Bosco Verticale, modèle d'immeuble résidentiel vert
La tour Bosco Verticale de Milan est un modèle d'immeuble résidentiel écologique. -  Tous droits réservés  Forestami - Francesca Russo and Giulia C. Borges
Tous droits réservés Forestami - Francesca Russo and Giulia C. Borges
Par Angela Symons
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350 terrains de football de zones urbaines dégradées sont réhabilités.

L'une des villes les plus polluées d'Europe s'offre une cure de verdure. Trois millions de nouveaux arbres et arbustes doivent prendre racine à Milan au cours des quatre prochaines années, pour aider à dépolluer ses rues étouffées par le smog.

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Un classement de la qualité de l'air publié en octobre a placé la métropole italienne au septième rang des 10 villes les plus polluées du monde, la seule européenne à figurer sur la liste d'IQAir (source en anglais). Cela tient en partie à sa situation dans la plaine du Pô, qui limite la circulation de l'air, conjuguée à une agriculture intensive et à des émissions importantes dans une région fortement industrialisée.

Fondazione Forestami, l'organisation à l'origine du projet, affirme que davantage de végétation dans les rues, sur les toits et les façades est la manière la moins coûteuse et la plus efficace de filtrer les particules fines, rafraîchir la ville et améliorer le bien-être des habitants.

Stefano Boeri, l'architecte à l'origine du projet de reforestation Forestami à Milan, en Italie
Stefano Boeri, l'architecte à l'origine du projet de reforestation Forestami à Milan, en Italie UNEP/ Giulia C. Borges

Depuis son lancement en 2019, le projet de reforestation urbaine a permis de planter près de 640 000 arbres et arbustes, valant à son concepteur — l'architecte italien Stefano Boeri, à l'origine de la célèbre forêt verticale de Milan — un prix de la Fondation européenne du poumon (ELF) pour son travail et son engagement en faveur de l'amélioration de la qualité de l'air.

Le projet vient désormais de recevoir une nouvelle distinction : il a été désigné "World Restoration Flagship" par l'ONU. L'annonce a été faite le 29 octobre, lors de la conférence des Nations unies sur la biodiversité (COP17) à Erevan, en Arménie.

"Un arbre pour chaque habitant" : Milan parmi les cinq nouveaux "World Restoration Flagships" de l'ONU

Le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) explique que ce titre salue les efforts de Milan pour réintroduire la nature dans "l'une des zones métropolitaines les plus densément peuplées et les plus polluées d'Europe", en "plantant environ un arbre par habitant" et en restaurant l'équivalent d'environ 350 terrains de football de zones urbaines dégradées.

"Cette initiative élargit l'accès aux espaces verts, mobilise les écoliers et restaure des sites comme d'anciennes zones industrielles, des parkings et des aires de stockage", a indiqué le PNUE dans un communiqué.

"Les 'World Restoration Flagships' … mettent en avant des exemples ambitieux et prometteurs de restauration à grande échelle, menée sur le long terme, et contribuent aux engagements mondiaux visant à restaurer 1 milliard d'hectares d'écosystèmes dégradés d'ici 2030."

Forestami fait partie des cinq seuls projets à avoir reçu ce titre à la COP17, et le seul en Europe.

Parmi les autres lauréats figurent l'initiative colombienne de restauration des zones humides Urban Nature Reborn, le partenariat Green Seattle, destiné à restaurer et à entretenir les parcs de la ville américaine, le projet Great Rift Valley Renaissance en Éthiopie, qui redonne vie à l'un des paysages forestiers les plus dégradés de la Corne de l'Afrique, ainsi que l'initiative chinoise Blue Bay Restoration, un vaste programme de restauration des écosystèmes côtiers et marins du pays.

Les citoyens sont encouragés à participer à l'initiative de plantation d'arbres de Forestami.
Les citoyens sont encouragés à participer à l'initiative de plantation d'arbres de Forestami. Forestami - Francesca Russo and Giulia C. Borges

La nature fait son retour, selon l'ONU — mais des progrès plus rapides sont nécessaires

Le même jour que l'annonce concernant Milan, le PNUE a publié une évaluation de référence des progrès réalisés dans la restauration des écosystèmes à l'échelle mondiale.

Le rapport montre que 252 millions d'hectares répartis dans 149 pays font l'objet de travaux de restauration — soit l'effort de restauration mondial le plus important documenté à ce jour.

"Nous assistons aujourd'hui à l'émergence de l'un des plus grands mouvements en faveur de la nature jamais observés", déclare Inger Andersen, directrice exécutive du PNUE. "Pourtant, à mi-parcours de la Décennie des Nations unies pour la restauration des écosystèmes, nous ne restaurons toujours pas la nature à l'échelle ni à la vitesse nécessaires."

Les progrès restent contrastés en ce qui concerne l'objectif "30x30", qui vise à protéger au moins 30 % des terres et mers dégradées de la planète d'ici la fin de la décennie.

La restauration des écosystèmes terrestres a atteint près de la moitié de l'objectif mondial, tandis que les progrès dans les écosystèmes d'eau douce, marins et côtiers — qui se dégradent au rythme le plus rapide — restent en retrait. Les financements consacrés chaque année à la restauration doivent, eux, être multipliés par plus de quatre.

La restauration des écosystèmes est essentielle pour la sécurité alimentaire et hydrique, la résilience face au changement climatique et la santé humaine.

La restauration de seulement 15 % des zones prioritaires dans le monde permettrait de capter et de stocker 30 % des émissions de dioxyde de carbone équivalent depuis la révolution industrielle et contribuerait à éviter 60 % des extinctions d'espèces.

La réalisation des objectifs mondiaux pourrait aussi créer jusqu'à 32 millions de nouveaux emplois dans le monde d'ici 2030, selon le PNUE.

"Nous ne pouvons pas espérer réparer la nature d'une main tout en la détruisant de l'autre", avertit Astrid Schomaker, secrétaire exécutive du secrétariat de la Convention sur la diversité biologique (CDB), qui a co-publié le rapport. "Les gouvernements doivent s'attaquer aux causes de la dégradation des écosystèmes et investir dans des mécanismes de suivi afin de garantir la pérennité du mouvement de restauration engagé jusqu'à présent."

Le rapport souligne que les gouvernements doivent désormais aller au-delà des projets isolés et construire de véritables "économies de la restauration", où la reprise durable soutient également l'emploi et les moyens de subsistance sur le long terme.

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