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Paul Krugman, Nobel d’économie, accepte des plafonds de loyers pour freiner la spéculation

L'économiste Paul Krugman en entretien avec Euronews aux Conférences d'Estoril, à Carcavelos, le 29 octobre 2026
L'économiste Paul Krugman en entretien avec Euronews aux Conférences d'Estoril, à Carcavelos, le 29 octobre 2026 -  Tous droits réservés  Bruno Figueiredo/Euronews
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Par João Azevedo avec Bruno Figueiredo (Imagem)
Publié le •Mis à jour
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Paul Krugman estime que les modèles modernes de stabilisation des revenus maintiennent les incitations à construire tout en atténuant la situation actuelle "impossible à supporter". L'économiste avertit que la dette publique française peut être "catastrophique" et conseille à l'Europe d'adopter un "protectionnisme temporaire".

Depuis près de deux mois, une vague d’agitation sociale entraîne des foules dans les rues de plusieurs pays d’Europe, où la hausse persistante du coût de la vie est devenue un fardeau de plus en plus difficile à supporter.

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De l’Albanie à l’Italie, la France, la Belgique et l’Allemagne, jusqu’au Portugal et à l’Espagne, les motivations des manifestations ne coïncident pas toujours, mais l’une des principales plaintes, surtout parmi les plus jeunes, est l’envolée des coûts du logement, qui, en réalité, ne cessent de s’aggraver depuis 2010.

Bien qu’il soit question d’un principe inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) et d’un bien fondamental pour la sécurité économique des populations, ce n’est qu’en septembre dernier que la Commission européenne a présenté une proposition législative (source en portugais) pour agir sur ce front. Le problème ne se limite pas au vieux continent, explique à Euronews Paul Krugman, qui accepte des plafonds de loyers comme mesure temporaire, à effet immédiat, pour freiner la spéculation.

"Le curieux, c’est que, du point de vue économique, la question est simple. Il suffit de construire davantage de logements. Il suffit de lever les restrictions qui compliquent la construction", déclare l’économiste américain. Dans les endroits où la construction a été libéralisée, ajoute-t-il, les prix de l’immobilier ont chuté de manière significative.

Krugman reconnaît toutefois que la situation actuelle du marché immobilier est « impossible » à supporter. Dans des déclarations citées par l’AFP, lors de la couverture d’une des récentes manifestations en Italie, une étudiante italienne de 21 ans a dénoncé qu’à Rome, une chambre individuelle est allée jusqu’à 1 200 euros.

Dans son avis (source en portugais) sur le plan de logement de la Commission, l’Union européenne des étudiants avertissait que des milliers de jeunes sont exclus de l’enseignement supérieur en raison de pratiques spéculatives. Selon l’Association des universités européennes, les étudiants qui ne vivent pas chez leurs parents consacrent près de 40 % de leur revenu mensuel aux dépenses de logement.

La Commission elle-même et le Parlement européen (source en portugais) reconnaissent d’ailleurs que la financiarisation du logement, c’est à dire l’investissement de fonds qui traitent les propriétés comme des actifs destinés à générer des profits, contribue à la montée brutale des prix.

Dans ce contexte, et sachant que la construction de nouvelles maisons dans plusieurs pays européens prend au minimum trois à cinq ans, Paul Krugman adopte une approche pragmatique vis à vis du marché locatif, en acceptant la mise en place de ce que l’on appelle des modèles de stabilisation des loyers de deuxième génération.

"New York, ma ville natale, est en train de stabiliser les loyers. Le maire, qui est un homme de gauche, comme on dit en Europe, le fait tout en accordant des incitations et en permettant davantage de construction. Je ne suis pas un puriste en la matière", note le prix Nobel d’économie 2008, en défendant que la construction et la régulation peuvent coexister.

Le programme adopté à New York soumet les augmentations annuelles des loyers à un indice qui fixe un pourcentage maximal pour la revalorisation, en offrant de massives exemptions fiscales, pouvant durer jusqu’à 40 ans, aux promoteurs privés, en échange de l’intégration obligatoire d’une part substantielle des nouvelles unités dans le régime réglementé.

Le modèle de Berlin, prolongé jusqu’en 2029, limite pour sa part la revalorisation des prix à 10 % au dessus de la moyenne locale comparable et exonère les logements dont l’utilisation et la location sont postérieures à octobre 2014.

"C’est [un dispositif] imparfait, mais il ne durera pas très longtemps si la construction progresse. Nous parlons de quelques années au maximum. Les effets positifs sont très rapides", précise-t-il.

L’économie française est « trop grande pour être sauvée »

Dans le cadre économique plus général, la dette publique de la France, qui représente 119 % du produit intérieur brut (PIB), suscite l’anxiété des marchés. Plus de dix ans après la crise des dettes souveraines, des fantômes recommencent à planer sur l’Europe.

"Si la France était engagée sur une trajectoire crédible vers la soutenabilité budgétaire, elle n’aurait pas à pratiquer l’austérité à court terme. Le problème de la France est relativement simple: l’âge de la retraite est absurdement bas", souligne Krugman.

L’économiste se dit préoccupé par la possibilité que la France affronte une crise similaire à celle traversée par le Portugal (2010 2012). Dans un scénario où Paris ferait défaut, des déséquilibres systémiques pourraient se produire.

"C’est catastrophique [pour l’Europe]. Si la France affronte une crise, cela peut faire s’effondrer tout le système de l’euro", explique-t-il. Contrairement au Portugal, pays périphérique, la France est la deuxième économie européenne et, selon Krugman, elle n’est plus « trop grande pour faire faillite » mais est devenue « trop grande pour être sauvée ».

"On ne peut pas sauver 20 % du PIB de la zone euro. Il n’y a pas assez de ressources pour cela", avertit-il.

L’Europe menacée de désindustrialisation

Au delà des fragilités budgétaires internes, les Européens doivent faire face à des chocs externes provoqués par les tarifs commerciaux des États Unis et la surproduction de la Chine, qui inonde le marché européen de produits subventionnés.

Krugman estime que l’Europe "risque de se désindustrialiser, dans une certaine mesure". Il pense néanmoins que l’industrie automobile du vieux continent peut redevenir compétitive.

Durant la période d’ajustement, de nombreux défis se profilent. "Le risque est que, lorsque l’industrie automobile européenne se remettra des erreurs commises par le passé, il soit trop tard, parce que tout l’écosystème industriel aura disparu", observe-t-il.

Il faudra donc "quelques amortisseurs". Krugman, connu pour défendre les marchés ouverts, précise qu’il continue de soutenir le libre échange, mais, face au paysage géopolitique actuel, il recommande de jouer en défense.

"Aujourd’hui, malheureusement, il est temps d’un certain protectionnisme temporaire", conclut-il.

Regardez, dans la vidéo ci dessus, l’interview de Paul Krugman accordée à Euronews lors des Conférences d’Estoril 2026.

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