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Mis sous pression par Donald Trump, le président de la Fed menacé de poursuites pénales

Image d’archives. Le président de la Fed, Jerome Powell, et le président Donald Trump examinent un document de coûts lors d’une visite à la Fed. Washington, 24 juillet 2025.
ARCHIVES. Le président de la Réserve fédérale Jerome Powell et le président Donald Trump examinent un document sur les coûts lors d’une visite à la Fed. 24 juillet 2025. Tous droits réservés  AP/Julia Demaree Nikhinson
Tous droits réservés AP/Julia Demaree Nikhinson
Par AP with Euronews
Publié le Mis à jour
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Le président de la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell, a annoncé dimanche 11 janvier avoir reçu une citation à comparaître. Selon lui, l'indépendance de la Fed est attaquée via une opération judiciaire téléguidée depuis la Maison Blanche.

Le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Jerome Powell, a déclaré dimanche que le ministère de la Justice avait adressé à l'institution qu'il préside des citations à comparaître et l'avait menacée d'une inculpation pénale en lien avec son audition de cet été sur les travaux de rénovation des bâtiments de la Fed.

Cette décision marque une escalade sans précédent dans la confrontation du président Donald Trump avec la Fed, institution indépendante qu'il a à plusieurs reprises attaquée pour ne pas avoir abaissé son taux directeur aussi fortement qu'il le souhaite.

Cette reprise des hostilités devrait ébranler les marchés financiers lundi et, à terme, renchérir le coût des emprunts immobiliers et d'autres prêts.

La réaction des marchés a d'abord été modérée, les contrats à terme sur le S&P 500 reculant de moins de 1 % à l'ouverture des échanges avant-bourse.

L’enquête conduisant à cette citation à comparaître a été menée par la procureure de la capitale Washington, Jeanine Pirro, proche de Donad Trump, qui l’a nommée à ce poste. Elle vise une audition devant le Congrès de Jerome Powell, lors de laquelle il s’était expliqué sur l'important chantier de rénovation des bâtiments de la Fed, estimé à 2,5 milliards de dollars (2,15 milliards d’euros). Le chantier, très critiqué par Donald Trump, connait des retard et un dérapage de certains de ses coûts.

Dimanche, Jerome Powell a rompu avec l'approche mesurée qu'il avait jusqu'ici adoptée face aux critiques et insultes personnelles de Trump, qu'il avait en grande partie ignorées. Il a diffusé une déclaration vidéo dans laquelle il a qualifié sans détour la menace de poursuites pénales de simples "prétextes" visant à saper l'indépendance de la Fed en matière de fixation des taux d'intérêt.

"La menace de poursuites pénales est la conséquence du fait que la Réserve fédérale fixe les taux d'intérêt selon notre meilleure appréciation de ce qui sert l'intérêt public, plutôt que de suivre les préférences du président", a déclaré Jerome Powell.

"Il s'agit de savoir si la Fed pourra continuer à fixer les taux d'intérêt sur la base des données et des conditions économiques, ou si, au contraire, la politique monétaire sera guidée par la pression politique ou l'intimidation", a-t-il déclaré.

C'est une rupture nette avec la réponse jusqu'ici feutrée de la Fed au locataire de la Maison Blanche. La Fed avait auparavant tenté de calmer l'administration Trump en levant le pied sur certaines politiques, comme l'examen de l'impact du changement climatique sur le système bancaire, auxquelles l'administration s'opposait clairement.

Confiance dans les investissements

Les citations à comparaître de Jerome Powell ravivent la crainte que l'indépendance de la Fed à l'égard des jeux politiques soit compromise, ce qui pourrait entamer la confiance des investisseurs mondiaux dans les titres du Trésor américain.

"Nous nous attendons à ce que le dollar, les obligations et les actions reculent tous lors de la séance de lundi, dans une stratégie de vente des actifs américains similaire à celle d'avril dernier, au plus fort du choc tarifaire et de la précédente menace pesant sur la position de Powell en tant que président de la Fed", a écrit Krishna Guha, analyste chez Evercore ISI, une banque d'investissement, dans une note à ses clients.

"Nous sommes stupéfaits par ce développement profondément inquiétant, surgi de nulle part après une période durant laquelle les tensions entre Trump et la Fed semblaient contenues", a ajouté Krishna Guha.

Lors d'un bref entretien avec NBC News dimanche, Donald Trump a assuré qu'il n'était pas au courant de l'enquête visant Jerome Powell. À la question de savoir si l'enquête visait à faire pression sur la Fed au sujet des taux directeurs, Donald Trump a répondu : "Non. Je n'envisagerais même pas de procéder ainsi."

Reste que l'attaque contre Jerome Powell est d'autant plus étonnante que son mandat en tant que président s'achève en mai, et que des responsables de l'administration Trump ont laissé entendre qu'il pourrait nommer un remplaçant potentiel ce mois-ci.

Donald Trump avait également cherché à limoger une des gouverneures de la Fed Lisa Cook. Mais la Cour suprême a jugé qu'elle pouvait rester en fonctions pendant l'examen de l'affaire. Elle doit à nouveau se prononcer sur ce dossier le 21 janvier.

Tensions autour des rénovations de la Fed

Lors de l'audition de juin devant la commission bancaire du Sénat, son président, Tim Scott, républicain de Caroline du Sud, a déclaré que la rénovation des bâtiments de la Fed comprenait "des terrasses sur les toits, des ascenseurs sur mesure desservant des salles à manger VIP, des finitions en marbre blanc, et même une collection d'art privée".

Jerome Powell a contesté ces détails lors de son audition, affirmant qu'"i_l n'y a pas de nouveau marbre… il n'y a pas d'ascenseurs spéciaux_", en ajoutant que certains des éléments controversés "ne figurent pas dans le plan actuel".

En juillet, Russell Vought, directeur de l'Office of Management and Budget, a indiqué dans une lettre à Jerome Powell que son témoignage sur des modifications des plans du bâtiment "soulève de graves questions quant à la conformité du projet" avec des plans antérieurs approuvés par une commission de planification.

Plus tard ce mois-là, Donald Trump a visité le chantier et, alors qu'il se tenait aux côtés de Jerome Powell, a exagéré le coût de la rénovation. Plus tard dans la journée, Donald Trump, s'adressant aux journalistes, a minimisé les inquiétudes liées aux travaux. "Il y a toujours des critiques a posteriori. Je ne veux pas être de ceux-là. Je veux les aider à terminer", avait alors dit Donald Trump.

Poursuites contre des opposants politiques

Le ministère de la Justice a indiqué dimanche ne pas pouvoir commenter une affaire particulière, mais a ajouté que la procureure générale Pam Bondi "a demandé à ses procureurs fédéraux de donner la priorité à l'enquête sur tout abus de l'argent des contribuables".

Avec ces citations à comparaître, Jerome Powell devient le dernier adversaire présumé du président à faire face à une enquête pénale menée par le ministère de la Justice. Donald Trump a lui-même exhorté à poursuivre ses opposants politiques, faisant voler en éclats les garde-fous institutionnels d'un ministère qui, depuis des générations, s'efforçait de prendre des décisions indépendamment de la Maison Blanche.

Cette possible inculpation suscite déjà l'inquiétude d'un sénateur républicain, qui a annoncé qu'il s'opposerait à tout futur candidat à la banque centrale, y compris à un éventuel remplaçant de Jerome Powell, jusqu'à ce que "cette affaire juridique soit pleinement résolue".

"S'il subsistait le moindre doute quant au fait que des conseillers au sein de l'administration Trump poussent activement à mettre fin à l'indépendance de la Réserve fédérale, il ne devrait plus y en avoir", a déclaré le sénateur de Caroline du Nord Thom Tillis, membre de la commission bancaire, qui supervise les nominations à la Fed.

"C'est désormais l'indépendance et la crédibilité du ministère de la Justice qui sont en question", a ajouté le sénateur.

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