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Guerre en Iran: les plateformes crypto 24h/24 ont dominé les échanges hors marchés

ARCHIVES. Des traders travaillent sur le parquet de la Bourse de New York (NYSE), à New York, nov. 2022
ARCHIVES. Des traders travaillent sur le parquet du NYSE, à New York, en novembre 2022. Tous droits réservés  AP Photo/Seth Wenig
Tous droits réservés AP Photo/Seth Wenig
Par Quirino Mealha
Publié le
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Tout le week-end, alors que les frappes américaines et israéliennes visaient l’Iran, les plateformes crypto décentralisées, actives 24h/24, sont devenues le principal lieu de fixation en temps réel des prix du pétrole, de l’or et d’autres actifs.

Lorsque le président Trump a annoncé la première vague de frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, samedi 28 février à 8 h 30 (heure d’Europe centrale), marquant le début de l’opération Epic Fury, tous les marchés financiers traditionnels étaient fermés.

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La plupart des marchés ne fonctionnent que du lundi au vendredi, ce qui signifie que les événements du week-end, aussi importants soient-ils, ne peuvent être pris en compte dans les prix qu’à la reprise des échanges le lundi matin, provoquant un afflux de réactions concentrées à l’ouverture.

Les actions américaines, les contrats à terme, les principales plateformes de change, les marchés des matières premières ainsi que les Bourses asiatiques et européennes étaient toutes fermées samedi.

Les places moyen-orientales, comme celles d’Arabie saoudite et du Qatar, ont ouvert le deuxième jour du conflit, puisqu’elles cotent du dimanche au jeudi, mais elles attirent moins d’investisseurs occidentaux et manquent, par conséquent, de liquidité.

Par le passé, des investisseurs confrontés à un choc géopolitique majeur un samedi n’avaient d’autre choix que d’attendre la réouverture des contrats à terme américains le dimanche soir pour commencer à intégrer dans les prix un lundi qui s’annonçait chaotique.

La crypto ne dort jamais

Cette fois, toutefois, ils disposaient d’une véritable alternative : des plateformes basées sur les cryptomonnaies, accessibles dans le monde entier, qui fonctionnent 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par an et règlent les transactions quasi instantanément.

La plateforme qui s’est particulièrement distinguée est Hyperliquid, une Bourse décentralisée de contrats perpétuels qui propose des produits non seulement sur les cryptomonnaies, mais aussi sur des actifs du monde réel, dont le pétrole brut.

Selon les données on-chain, les volumes d’échanges sur la plateforme ont fortement bondi, atteignant des pics proches de 200 millions de dollars (172 millions d’euros) en une seule période de 24 heures samedi.

Les contrats perpétuels indexés sur le pétrole d’Hyperliquid, tels que OIL/USDH et USOIL/USDH, ont gagné plus de 5 % presque immédiatement après l’annonce des frappes américano-israéliennes, fournissant l’un des premiers signaux de prix en temps réel avant la réouverture des marchés traditionnels.

Les contrats Hyperliquid n’ont pas été les seuls instruments à attirer l’attention.

L’XAUT de Tether, un jeton entièrement adossé à de l’or physique conservé dans des coffres, a vu son volume d’échanges sur 24 heures dépasser les 300 millions de dollars (258 millions d’euros), un chiffre remarquable pour un week-end.

Les marchés de prédiction comme Kalshi et Polymarket ont également enregistré des volumes massifs, tandis que le Bitcoin, l’Ethereum et d’autres jetons ont été vendus comme actifs de substitution reflétant une aversion au risque plus large.

Pour la première fois de mémoire d’observateurs, les marchés crypto faisaient, de facto, office de « marché » durant le week-end.

Dans une note publiée mardi, Matt Hougan, directeur des investissements chez Bitwise, a décrit cet épisode comme « le week-end qui a changé la finance ».

Les détracteurs ne manqueront pas de rappeler que les marchés crypto restent plus petits et plus volatils que leurs équivalents traditionnels et que les risques réglementaires et opérationnels persistent.

Cependant, les événements du week-end dernier ont montré que la finance on-chain passe de la marge au cœur des marchés de capitaux mondiaux bien plus vite que ne l’anticipaient encore la plupart des prévisions il y a six mois.

Les Bourses traditionnelles accélèrent la course au 24 h/24

Le succès des plateformes crypto pendant le conflit iranien accentue la pression qui pesait déjà sur les institutions financières traditionnelles pour qu’elles emboîtent le pas et proposent des marchés ouverts en permanence.

Le New York Stock Exchange, détenu par Intercontinental Exchange, développe activement un système de négociation alternatif reposant sur la blockchain pour des actions et fonds indiciels cotés (ETF) tokenisés, qui permettrait une véritable négociation 24 h/24 avec règlement instantané.

Annoncée début 2026 et encore soumise à l’aval des autorités de régulation, cette plateforme combinerait le moteur d’appariement des ordres du NYSE avec des réseaux blockchain privés pour le traitement post-marché.

ARCHIVES. Des traders travaillent sur le parquet du NYSE, juin 2008
ARCHIVES. Des traders travaillent sur le parquet du NYSE, juin 2008 AP Photo/Richard Drew

Les opérations pourraient être financées et dénouées en temps réel au moyen de stablecoins, en contournant le cycle de règlement T+1, qui impose que le transfert des titres et le paiement correspondant soient effectués au plus tard le jour ouvré suivant et continue de régir les marchés actions.

La plateforme tokenisée pourrait être lancée dès le deuxième trimestre 2026, tandis qu’un élargissement des horaires de cotation en semaine, de 22 à 23 heures par jour sur le NYSE, est envisagé pour la fin de l’année ou le début de 2027, sous réserve de coordination avec la SEC, la DTCC et les fournisseurs de données de marché.

Nasdaq a déposé des projets similaires visant à porter la négociation des actions américaines à 23 heures par jour, cinq jours sur sept, avec un déploiement attendu au second semestre 2026.

Ces initiatives répondent directement à la pression concurrentielle exercée par des plateformes crypto fonctionnant en continu et à la fréquence croissante d’événements majeurs pour les marchés survenant en dehors des horaires traditionnels.

Le week-end iranien a servi d’étude de cas particulièrement parlante.

Alors que les hedge funds et les traders pour compte propre sont déjà actifs sur Hyperliquid et d’autres plateformes décentralisées, les Bourses établies savent que ne pas proposer un accès comparable, c’est prendre le risque de voir le flux d’ordres se détourner durablement.

La tokenisation offre le pont technologique nécessaire, permettant une négociation continue tout en préservant les garde-fous réglementaires existants en matière de conservation des titres, de dividendes et de droits des actionnaires.

Un projet de loi sur les marchés crypto enlisé malgré le soutien de Trump

Si l’infrastructure crypto a démontré sa résilience au cours du week-end, les avancées sur le front législatif restent désespérément lentes.

Le Digital Asset Market Clarity Act of 2025, connu sous le nom de CLARITY Act, a été adopté l’an dernier par le Congrès américain avec un large soutien bipartite, mais il s’est depuis enlisé au Sénat.

Le principal point de blocage tient aux frictions entre les secteurs bancaire et crypto à propos du traitement du rendement des stablecoins dans le cadre d’un autre texte, le GENIUS Act, qui a instauré le premier cadre fédéral pour les émetteurs de stablecoins.

Les banques soutiennent que des stablecoins offrant un rendement pourraient assécher les dépôts et elles ont fait pression pour fermer des brèches qu’elles jugent excessives.

Les partisans de la crypto rétorquent que ces récompenses sont essentielles pour fidéliser les clients et stimuler l’innovation.

Déclaration du président Trump sur la bataille de lobbying autour du CLARITY Act

Mardi, le président Trump est intervenu directement sur Truth Social.

« Le Genius Act est menacé et sapé par les banques, et c’est inacceptable – nous n’allons pas le permettre. Les États-Unis doivent régler la question de la structure de marché, au plus vite. »

Le président Trump a enfoncé le clou en prenant davantage parti pour le secteur crypto, déclarant : « Les banques réalisent des bénéfices records, et nous ne les laisserons pas saper notre puissante stratégie en matière de crypto, qui finira par partir en Chine, et dans d’autres pays, si nous ne réglons pas la question du Clarity Act. »

En dépit de cette intervention présidentielle et des réunions organisées plus tôt à la Maison-Blanche entre les deux secteurs, aucune solution n’a été trouvée.

Les commissions bancaire et agricole du Sénat continuent d’avancer des versions divergentes du texte, et un vote en séance plénière se fait toujours attendre.

Le texte étant de facto à l’arrêt, les acteurs de marché restent privés de la sécurité réglementaire que beaucoup espéraient voir se concrétiser avant la fin du premier trimestre.

Les observateurs ne manquent pas d’y voir une ironie. Alors que les marchés crypto ont fait leurs preuves lors d’une crise bien réelle, la législation même censée permettre leur intégration sécurisée dans le système traditionnel reste otage des luttes de lobbying.

Faute d’accord, le rythme de l’innovation continuera de dépasser celui de l’édiction des règles – une dynamique que le week-end iranien n’a fait que mettre davantage en lumière.

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