Des photoniques suédoises aux satellites français et piles à combustible britanniques : voici les actions les plus performantes de l'année.
Les marchés boursiers européens ont connu un début d’année 2026 mouvementé.
L’indice de référence de la région, l’Euro STOXX 600, progresse de 3,5 % depuis le début de 2026, loin derrière la hausse de 8 % du S&P 500 américain.
Mais certains titres ont connu des variations bien plus spectaculaires, avec des hausses de plusieurs centaines de pour cent depuis le début de l’année.
Plusieurs actions ont bondi de plus de 100 %, portées par l’essor de l’intelligence artificielle, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, le regain de demande pour les infrastructures énergétiques et l’appétit croissant des investisseurs pour la défense et les technologies stratégiques.
Voici, secteur par secteur, un tour d’horizon des entreprises les plus performantes sur le marché européen affichant une capitalisation boursière supérieure à 1 milliard d’euros : ce qu’elles font, comment elles gagnent de l’argent et pourquoi les investisseurs se ruent sur leurs actions.
Technologie : l’infrastructure de l’IA propulse les valeurs de semi-conducteurs
Le fabricant suédois de puces Sivers Semiconductors est devenu le grand gagnant boursier de l’année en Europe, son cours s’envolant de 947 %.
L’entreprise développe des composants photoniques et des semi-conducteurs utilisés dans les centres de données dédiés à l’IA et dans les réseaux 5G. Les investisseurs se sont rués sur le titre alors que la demande augmente pour des technologies optiques capables de supporter l’énorme puissance de calcul requise par les systèmes d’intelligence artificielle.
Le chiffre d’affaires reste modeste : 304,1 millions de SEK (environ 27 millions d’euros) en 2025, soit une progression de 25 % sur un an. Mais le groupe indique que le volume potentiel de futures opportunités commerciales a augmenté de 64 %, à 453 millions de dollars (385 millions d’euros), la majeure partie de cette croissance étant liée à la photonique pour l’IA.
Le rallye a été dopé par l’annonce, en avril, de Sivers, qui compte procéder à une cotation secondaire au Nasdaq, à New York.
Le groupe français de matériaux pour semi-conducteurs Soitec a lui aussi flambé, gagnant 639 % malgré des résultats récents en recul.
Son chiffre d’affaires du troisième trimestre 2026, à 160 millions d’euros, a reculé de 22 % sur un an en raison d’une demande atone dans la téléphonie mobile et l’automobile.
Ce qui a changé la donne, c’est que les investisseurs se concentrent désormais sur la place du groupe dans la chaîne d’approvisionnement de l’IA. Soitec conçoit les fines plaques de silicium sur isolant (SOI) utilisées par les fondeurs de puces pour les composants radiofréquence des smartphones, les radars automobiles et, de plus en plus, pour les optiques co-packagées dans les centres de données dédiés à l’IA.
Les investisseurs misent de plus en plus sur l’avenir de l’entreprise, Soitec disposant d’un quasi-monopole dans les substrats SOI pour la photonique, qui pourraient devenir essentiels pour la prochaine génération d’infrastructures d’IA, en particulier pour les interconnexions optiques des centres de données hyperscale.
Industrie : l’hydrogène et les piles à combustible reviennent en grâce
Dans l’industrie, les investisseurs redécouvrent les groupes spécialisés dans l’hydrogène et les piles à combustible.
Ceres Power, société cotée à Londres qui développe des technologies de piles à combustible à oxyde solide, a grimpé de 237 % depuis le début de l’année.
Ceres est un développeur de piles à combustible à oxyde solide coté au Royaume-Uni, qui concède sous licence sa technologie plutôt que de fabriquer lui-même les systèmes.
L’entreprise profite de l’intérêt croissant pour des solutions d’alimentation alternatives pour les centres de données d’IA, notamment depuis que l’américain Bloom Energy a signé un important contrat de piles à combustible avec Oracle.
Une autre société britannique de l’hydrogène, ITM Power, a progressé de 173 %.
Basé à Sheffield, le groupe fabrique des électrolyseurs utilisés pour produire de l’hydrogène vert. Les investisseurs saluent la hausse du chiffre d’affaires, l’amélioration de la rentabilité et un partenariat avec le géant allemand de la défense Rheinmetall sur des projets de carburants de synthèse liés aux chaînes d’approvisionnement de l’OTAN.
Autre élément qui retient l’attention : la future ligne de production Chronos, avec un objectif de capacité d’un gigawatt d’ici 2028. Son financement repose sur une subvention de 46,5 millions de livres (53,7 millions d’euros) accordée par le gouvernement britannique, en attente de l’aval de l’Autorité de la concurrence (CMA) en juin.
Santé : jalons cliniques et médicaments amaigrissants
La biotech française Nanobiotix a gagné 89 % depuis le début de l’année après des progrès dans un essai de phase avancée contre le cancer, soutenu par Johnson & Johnson, qui ont renforcé la confiance des investisseurs dans de futurs paiements d’étapes.
Le 4 mai, la FDA a accepté une modification du protocole de l’essai pivot de phase 3 NANORAY‑312 dans les cancers de la tête et du cou.
Cette modification supprime une analyse intermédiaire prévue et réduit le nombre d’événements nécessaires pour la lecture finale des résultats, ce qui pourrait avancer le calendrier des paiements futurs. Nanobiotix peut percevoir « plusieurs centaines de millions » de dollars de paiements d’étapes dans le cadre de son accord de licence conclu en 2023 avec Janssen.
Depuis l’annonce de la FDA, le titre a déjà bondi de 44 %.
Les entreprises de santé exposées au marché en plein essor des médicaments GLP‑1 contre l’obésité et le diabète enregistrent elles aussi de fortes hausses.
Le fabricant suisse PolyPeptide a progressé de 51 % cette année, alors que les laboratoires pharmaceutiques se livrent une course pour sécuriser des capacités de production de médicaments à base de peptides.
L’entreprise produit des ingrédients utilisés dans des traitements contre le surpoids et le diabète fabriqués par certains des plus grands groupes pharmaceutiques mondiaux.
Son chiffre d’affaires a augmenté de 15,6 % en 2025, à 389 millions d’euros, et sa rentabilité s’est également améliorée. Le groupe affirme rester en bonne voie pour doubler son chiffre d’affaires par rapport à 2023 d’ici 2028.
La demande est portée par la croissance rapide des traitements GLP‑1 contre l’obésité, un marché qui devrait afficher un taux de croissance annuel moyen de 12,7 % jusqu’en 2034.
Services de communication : satellites et gagnant de la recherche par IA
L’opérateur satellitaire français Eutelsat s’impose comme l’un des grands gagnants géopolitiques de l’année.
Son action gagne 64 %, les gouvernements européens cherchant de plus en plus des alternatives au réseau Starlink d’Elon Musk, sur fond d’inquiétudes concernant la souveraineté technologique et la sécurité des communications.
Son réseau de satellites en orbite basse OneWeb suscite un intérêt stratégique croissant chez les décideurs européens, tandis que la demande de connectivité par satellite progresse dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes.
Dans le même temps, la plateforme d’avis en ligne Trustpilot Group (TRST), basée à Copenhague, est devenue l’un des bénéficiaires les plus inattendus de la vague d’IA générative. Son titre coté à Londres gagne 57 % depuis le début de l’année.
Son résultat opérationnel 2025 a été multiplié par quatre pour atteindre 16 millions de dollars (14,7 millions d’euros), porté par une envolée de 1 490 % sur un an des clics en provenance des moteurs de recherche dopés à l’IA.
En janvier, Trustpilot était le cinquième domaine le plus cité au monde sur ChatGPT, selon les données de Promptwatch.
Les agents conversationnels basés sur l’IA s’appuient de plus en plus sur d’importantes bases de données d’avis rédigés par des humains pour répondre aux questions des consommateurs. La base de 330 millions d’avis de Trustpilot est devenue une source de référence pour les réponses générées par l’IA.
L’entreprise a relevé ses objectifs de rentabilité à l’horizon 2030.
Les analystes de la Royal Bank of Canada ont récemment qualifié la plateforme de « gagnante de l’IA ».
Pétrole, transport maritime et tourisme bousculés par les tensions au Moyen-Orient
Le conflit autour du détroit d’Ormuz a également reconfiguré les marchés européens en 2026.
Le producteur nigérian Seplat Energy, coté à Londres et à Lagos, a profité de la hausse des prix du pétrole, son action gagnant 97 %.
Son directeur général, Roger Brown, a déclaré aux investisseurs : « Le conflit au Moyen-Orient a profondément modifié les perspectives du secteur pétrolier et gazier en 2026, et probablement au‑delà. »
Dans le même temps, l’armateur luxembourgeois de pétroliers d’Amico International Shipping a grimpé de 84 %, les perturbations du transport maritime contraignant les navires à emprunter des routes plus longues et plus coûteuses.
Son bénéfice net du premier trimestre 2026 a bondi de 45,6 % sur un an pour atteindre 27,5 millions de dollars (25,2 millions d’euros), tandis que le taux spot moyen quotidien a augmenté de 53 %, à 32 264 dollars (29 610 euros), selon la présentation de résultats du 7 mai.
Parallèlement, la première chaîne hôtelière d’Espagne, Meliá Hotels, a gagné 43 %.
Son chiffre d’affaires du premier trimestre 2026 a progressé de 3,8 %, à 461,6 millions d’euros, le groupe indiquant que les voyageurs privilégient de plus en plus des destinations méditerranéennes comme l’Espagne plutôt que certaines régions du Moyen-Orient.
Son directeur général, Gabriel Escarrer, a indiqué aux actionnaires que les réservations estivales pour les resorts de luxe et les hôtels urbains du groupe en Espagne progressaient à un rythme à deux chiffres, avec une hausse du revenu par chambre disponible (RevPAR) attendue dans le haut de la plage à un chiffre au deuxième trimestre.
Financiers : assureurs et groupes de voyages repartent de l’avant
Le premier assureur de Croatie, Croatia Osiguranje, dont la capitalisation boursière avoisine 1 milliard d’euros, a vu son cours de Bourse grimper de 62 % depuis le début de l’année. L’entreprise bénéficie du regain d’intérêt des investisseurs pour le pays depuis l’adoption de l’euro et l’entrée de la Croatie dans l’espace Schengen.
Croatia Osiguranje opère sur plusieurs marchés des Balkans, notamment en Slovénie, en Serbie et en Macédoine du Nord.
Un autre gagnant de ces derniers mois sur les marchés actions européens est le groupe britannique Saga, dont le titre a progressé de 54 % depuis le début de l’année.
Saga est une marque de services britannique destinée aux consommateurs de plus de 50 ans.
Elle vend à cette clientèle des séjours, des croisières maritimes et fluviales sur ses propres navires, des assurances auto et habitation ainsi que des produits de finance personnelle. L’exercice clos le 31 janvier 2026 a été qualifié par la direction d’« année de transformation », avec des bénéfices en hausse et un endettement en baisse.
La croissance de l’activité croisières et la restructuration de ses activités d’assurance ont contribué à restaurer la confiance des investisseurs.
Cuivre, énergies renouvelables et transition énergétique européenne
Les entreprises liées à l’électrification et aux énergies renouvelables ont elles aussi attiré les investisseurs.
Le groupe roumain d’infrastructures énergétiques Premier Energy a doublé de valeur après l’extension de ses projets de stockage par batteries et de production d’énergies renouvelables en Europe du Sud‑Est.
Dans le même temps, l’énergéticien espagnol Cox ABG Group a grimpé de 53 % après l’annonce de l’acquisition d’ampleur de la plateforme d’énergies renouvelables d’Iberdrola au Mexique.
Matériaux : le cuivre et l’acier profitent d’une demande structurelle
Klöckner & Co SE, l’un des plus grands distributeurs indépendants d’acier et de métaux en Europe, a vu son action gagner 55 % depuis le début de l’année.
Ce rallye est porté par de meilleurs résultats en 2025 et par une offre de rachat de l’américain Worthington Steel, qui a proposé 11 euros par action et a depuis porté sa participation à 58,78 % du capital.
Les investisseurs parient désormais que tout futur accord de domination ou éventuel retrait obligatoire pourrait se traduire par de meilleures conditions d’indemnisation pour les actionnaires minoritaires, ce qui soutient le cours au‑delà du prix de l’offre actuelle.
Parallèlement, Aurubis, basé à Hambourg, premier producteur de cuivre en Europe et l’un des plus grands recycleurs de cuivre au monde, a vu son cours de Bourse grimper de 50 % cette année.
Le 8 mai, le groupe a relevé pour la deuxième fois ses prévisions pour l’exercice 2025/26, en partie grâce au maintien de prix élevés du cuivre et à une demande soutenue des centres de données d’intelligence artificielle, de l’électrification et des énergies renouvelables, ainsi qu’à la hausse des revenus tirés des ventes d’acide sulfurique, un sous-produit clé de la fusion du cuivre.
Énergies renouvelables et transition énergétique européenne
Les entreprises liées à l’électrification et aux énergies renouvelables ont elles aussi attiré les investisseurs.
L’une d’elles, le groupe roumain d’infrastructures énergétiques Premier Energy, a doublé de valeur depuis le début de l’année. Le groupe, qui possède ou gère plus de 1 500 mégawatts de capacités de production renouvelable, développe des projets de stockage par batteries et de production d’énergies vertes dans toute l’Europe du Sud‑Est.
En mai 2026, l’entreprise a lancé la construction, dans le nord‑est de la Roumanie, près de Iași, d’un système de stockage d’énergie par batteries de 200 mégawatts / 400 mégawattheures, estimé à 75 millions d’euros et présenté comme l’un des plus importants d’Europe du Sud‑Est.
Autre gagnant cette année dans cette catégorie : le groupe sévillan Cox ABG, dont le cours a gagné 53 % depuis le début de l’année. Cette entreprise intégrée de l’eau et des énergies renouvelables, présente en Amérique latine, en Espagne et en Afrique, exploite également des installations de dessalement, de potabilisation et de traitement des eaux.
Le titre a surtout rebondi après l’annonce de l’acquisition majeure de la plateforme mexicaine d’énergies renouvelables d’Iberdrola.
Entreprises de l’alimentation et des boissons
Le groupe belge de boissons Spadel SA (SPA) a vu son action progresser de 46 % depuis le début de l’année après avoir publié une forte croissance de ses ventes et de ses bénéfices en 2025.
L’entreprise, propriétaire de marques d’eaux minérales comme Spa et Bru, explique que la demande est soutenue par les consommateurs qui se détournent de l’alcool et des boissons sucrées.
L’action du groupe M.P. Evans (MPE) a elle aussi gagné 46 % en 2026. Cette société, qui exploite des plantations de palmiers à huile en Indonésie, a profité de prix élevés de l’huile de palme et de bénéfices records en 2025, et a relevé son dividende à la faveur de ces bons résultats.
Immobilier : des sociétés en plein rebond
Emperador Properties, foncière espagnole basée à Madrid, a gagné 45 % cette année, les investisseurs pariant sur un rebond du marché des bureaux en Espagne.
Elle gère environ 167 719 mètres carrés d’actifs immobiliers de premier plan, valorisés autour de 1 milliard d’euros en juin 2025. À cette date, elle a également étoffé son portefeuille en prenant 50 % du projet madrilène Torre Caleido.
Dans le même temps, l’action de Castellana Properties SOCIMI, propriétaire de centres commerciaux, a gagné 34 % après l’annonce d’une forte hausse des bénéfices et de records de fréquentation sur l’ensemble de son portefeuille de centres commerciaux en Espagne et au Portugal. Castellana s’est aussi agrandie cette année avec l’acquisition du centre commercial Berceo, dans le nord de l’Espagne.
Trois grands thèmes derrière les gagnants des marchés européens
Trois grands thèmes permettent d’expliquer une grande partie des meilleures performances de l’année.
Le premier est le déploiement de l’intelligence artificielle : non pas les concepteurs de puces eux‑mêmes, mais les fournisseurs d’« outils et d’équipements » plus bas dans la chaîne de valeur, qui livrent les infrastructures nécessaires au fonctionnement des systèmes d’IA, de la photonique à l’approvisionnement énergétique, en passant par le cuivre et la connectivité des données.
Le deuxième, ce sont les enjeux géopolitiques. Le blocus du détroit d’Ormuz depuis le 28 février a rebattu les cartes pour le pétrole, le transport maritime et le tourisme : des producteurs africains qui vendent leur brut sur un marché tendu (Seplat), des tarifs de transport de produits pétroliers à des niveaux record à mesure que les trajets s’allongent (d’Amico) et un tourisme méditerranéen qui se substitue à certaines destinations du Moyen‑Orient (Meliá).
Le troisième tient à l’appétit des investisseurs pour les opérations de marché – offres publiques, rachats et catalyseurs de valorisation ayant parfois peu à voir avec la performance opérationnelle : offre américaine sur Klöckner, pression d’actionnaires activistes pour réduire la décote sur la valeur nette d’actif de Rocket Internet, ou encore cession d’actifs d’Iberdrola qui a changé la donne pour Cox ABG.
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