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Alerte récession: l’activité de la zone euro au plus bas depuis 2 ans et demi avec la guerre en Iran

Des porte-conteneurs sont au mouillage dans le détroit d’Ormuz, au large de Bandar Abbas, en Iran, le samedi 2 mai 2026.
Des porte-conteneurs sont au mouillage dans le détroit d'Ormuz, au large de Bandar Abbas, en Iran, le samedi 2 mai 2026. Tous droits réservés  Amirhosein Khorgooi/ISNA via AP
Tous droits réservés Amirhosein Khorgooi/ISNA via AP
Par Piero Cingari
Publié le Mis à jour
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L'activité des entreprises dans la zone euro ralentit nettement en mai, au plus bas depuis plus de deux ans et demi

L’économie européenne plie sous le poids de la guerre en Iran.

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La dernière enquête sur l’indice des directeurs d’achat (PMI), premier baromètre mensuel de l’activité en Europe, montre que l’activité des entreprises de la zone euro se contracte à son rythme le plus rapide depuis octobre 2023.

La France est tombée dans sa plus forte contraction depuis les confinements liés au Covid de novembre 2020.

Le ralentissement de la zone euro s’aggrave

« Les données provisoires de l’enquête PMI de mai montrent que l’économie de la zone euro paie un tribut de plus en plus lourd à la guerre au Moyen-Orient », explique Chris Williamson, chef économiste chez S&P Global Market Intelligence.

Il ajoute que « la production s’est maintenant contractée pendant deux mois consécutifs, avec un rythme de baisse qui s’est accéléré en mai pour atteindre son plus haut niveau depuis un peu plus de deux ans et demi ».

L’indice PMI composite flash S&P Global de la production dans la zone euro est tombé à 47,5 en mai, contre 48,8 en avril, soit un plus bas de 31 mois et un deuxième mois consécutif sous le seuil de 50,0 qui sépare expansion et contraction.

Le secteur des services, qui représente l’essentiel de la production de la zone euro, a été le plus touché. L’indice PMI flash des services a reculé à 46,4 contre 47,6, son pire niveau depuis février 2021 et nettement en deçà du consensus des économistes, qui tablait sur 47,7.

Williamson précise que le secteur des services « est particulièrement frappé par la flambée du coût de la vie provoquée par la guerre », notamment via la hausse des prix de l’énergie, qui rogne le pouvoir d’achat des ménages.

L’industrie résiste un peu mieux, avec un PMI à 51,4, mais là aussi la dynamique s’essouffle, les nouvelles commandes reculant pour la première fois depuis plusieurs mois.

La France enregistre la chute la plus brutale

Les chiffres les plus alarmants viennent de France. L’indice PMI composite a chuté à 43,5 en mai, contre 47,6 en avril, très loin des 47,7 attendus par les économistes.

« L’enquête PMI flash de mai pour la France livre une série de chiffres particulièrement inquiétants », commente Joe Hayes, économiste principal chez S&P Global Market Intelligence.

« L’impact inflationniste du choc pétrolier continue de se diffuser, avec des indices de prix en hausse à la fois dans l’industrie et dans les services », ajoute-t-il.

L’indice d’activité des services, qui domine l’économie française, est tombé à 42,9 contre 46,5, son plus bas niveau depuis 66 mois.

La production manufacturière, qui avait apporté un bref sursaut en avril, s’est nettement retournée, l’indice de production perdant plus de six points pour repasser en territoire de contraction.

Les entreprises interrogées par S&P Global désignent directement le coût de la guerre comme responsable de cette situation.

« La crainte est qu’une hausse plus généralisée du niveau des prix dans l’économie accroisse le risque de destruction de la demande », poursuit Hayes.

« Ce qui est particulièrement préoccupant, c’est l’effondrement des nouvelles commandes du secteur privé en mai, qui nous indique clairement que ce choc a sensiblement accru les risques de récession pour la deuxième économie de la zone euro. »

Les entreprises françaises sont redevenues pessimistes pour l’année à venir pour la première fois depuis novembre 2024, et ce degré de morosité n’avait plus été observé depuis le début de la pandémie de Covid-19 en avril 2020.

L’Allemagne cale, mais la contraction s’étend

L’Allemagne, moteur industriel du bloc, n’a pas été épargnée.

L’indice PMI composite s’est légèrement redressé à 48,6, après 48,4, un plus haut de deux mois mais qui reste clairement en territoire de contraction.

L’indice PMI manufacturier est tombé à un plus bas de quatre mois, à 49,9, la croissance de la production industrielle étant quasiment à l’arrêt et les nouvelles commandes reculant pour la première fois depuis décembre 2025.

Les entreprises commencent aussi à accélérer les suppressions d’emplois.

L’emploi en Allemagne a reculé à son rythme le plus rapide depuis plus d’un an et demi, sous l’effet de fortes réductions d’effectifs dans l’industrie. L’inflation des coûts d’intrants a atteint un plus haut de trois ans et demi.

« Les perturbations liées à la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz continuent de se répercuter sur les prix, avec une nouvelle accélération de l’inflation des coûts d’intrants en raison des effets de second tour de la hausse des prix de l’énergie et des pénuries d’approvisionnement », explique Phil Smith, directeur associé pour l’économie chez S&P Global Market Intelligence.

Un choc inflationniste que la BCE ne peut ignorer

La publication des PMI de mai ne se résume pas à un récit de croissance.

Dans l’ensemble de la zone euro, l’inflation des coûts d’intrants s’est accélérée pour le septième mois consécutif, atteignant un plus haut de trois ans et demi. Les prix facturés pour les biens et services ont augmenté à leur rythme le plus rapide depuis 38 mois.

En France, l’inflation des prix à la production a touché un pic de trois ans. En Allemagne, l’indice des prix des intrants dans l’industrie s’est envolé vers des niveaux plus vus depuis la crise énergétique de 2022.

La Banque centrale européenne est désormais confrontée à ce que Williamson décrit comme « un dilemme de plus en plus aigu pour les décideurs ».

Les marchés monétaires intègrent désormais une probabilité de plus de 80 % d’une hausse de 25 points de base lors de la prochaine réunion de la BCE, avec deux relèvements supplémentaires anticipés d’ici la fin de l’année, alors même que les indicateurs de croissance se dégradent fortement.

Le prix des perturbations à Ormuz

Il y a encore deux mois, l’Europe était en expansion. Aujourd’hui, son activité économique envoie les signaux de récession les plus forts depuis des années.

La fermeture du détroit d’Ormuz n’est plus seulement un titre de géopolitique : elle se traduit désormais directement dans l’économie réelle de la zone euro, et la BCE manque de temps pour décider quel versant de ce dilemme elle entend privilégier.

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