Coetzee est la dernière figure littéraire à dénoncer les actions d’Israël contre Gaza, alors que plusieurs acteurs et auteurs ont déjà refusé de collaborer avec des institutions israéliennes ces dernières années.
L’écrivain JM Coetzee, lauréat du prix Nobel et auteur de renom, a refusé de participer au Festival international des écrivains de Jérusalem, prévu du 25 au 28 mai, invoquant comme principale raison la « campagne génocidaire » menée par Israël à Gaza.
Le festival a déjà accueilli des auteurs comme Salman Rushdie, Margaret Atwood et Joyce Carol Oates.
Coetzee a fait connaître son refus dans une lettre adressée à la directrice artistique du festival israélien, Julia Fermentto-Tzaisler.
Dans cette lettre, citée par The Guardian, Coetzee écrit : « Depuis deux ans, l’État d’Israël mène à Gaza une campagne génocidaire largement disproportionnée par rapport à la provocation meurtrière du 7 octobre 2023. »
Il a ajouté : « Cette campagne, menée par l’armée israélienne (IDF), semble avoir reçu le soutien enthousiaste de la vaste majorité de la population israélienne. Pour cette raison, il n’est pas possible pour un secteur significatif de la société israélienne, y compris sa communauté intellectuelle et artistique, de prétendre qu’il ne doit pas partager la responsabilité des atrocités commises à Gaza. »
L’écrivain de 86 ans a également souligné qu’il faudrait plusieurs années à Israël pour redorer son image après ses actions à Gaza et retrouver sa place sur la scène internationale.
Né dans l’Afrique du Sud de l’apartheid, Coetzee vit aujourd’hui en Australie. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 2003, et compte parmi ses œuvres les plus emblématiques « Disgrace » et « Waiting for the Barbarians ».
Coetzee dénonce la « campagne d’anéantissement » d’Israël
L’auteur rappelle avoir jadis soutenu Israël, notamment à l’époque où le pays bénéficiait d’un appui marqué de l’Occident. Il s’est même rendu à Jérusalem en 1987 pour y recevoir le prix de Jérusalem, décerné à des écrivains qui célèbrent la liberté individuelle dans la société.
Il souligne toutefois que l’actuelle « campagne d’anéantissement à Gaza » menée par Israël a changé sa position.
« Je n’ai cessé de me dire qu’un jour viendrait forcément où le peuple israélien changerait de cœur et rendrait une forme de justice au peuple palestinien dont il avait pris la terre », note-t-il.
« De nombreux soutiens de longue date d’Israël se sont détournés du pays, révulsés par les actions de l’armée israélienne. »
Fermentto-Tzaisler, la directrice artistique du festival des écrivains, a déclaré au média israélien Ynet qu’elle avait été choquée par la dureté de la réponse de Coetzee.
« En tant qu’écrivaine sud-africaine qui a combattu l’apartheid, je m’attendais – ou peut-être rêvais-je – que vous me tendiez la main, que vous me disiez : “Combat, ma fille. N’arrête pas de te battre.”… Vous m’avez laissée dans le désespoir », a-t-elle écrit dans une lettre de réponse citée par Ynet.
Boycotts croissants des événements cinématographiques et littéraires israéliens
Ces dernières années, plusieurs auteursse sont retirés d’événements cinématographiques et littéraires organisés par Israël ou par des institutions qui lui sont associées.
Sally Rooney a ainsi refusé en 2021 de céder les droits de traduction en hébreu de son troisième roman, « Beautiful World, Where Are You », à Modan, une maison d’édition basée en Israël. Ce geste a également été perçu comme un soutien au mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS), mené par des Palestiniens.
L’écrivaine canadienne Naomi Klein s’est elle aussi retirée du PEN World Voices Festival 2024, en mars 2024, pour protester contre la réaction jugée « insuffisante » de PEN America face à la guerre entre Israël et Gaza.
Dans le même esprit, plusieurs grandes stars et cinéastes, dont Olivia Colman, Ken Loach et Tilda Swinton, ont signé un engagement intitulé « Film Workers for Palestine », par lequel ils promettent de refuser de travailler avec des institutions cinématographiques israéliennes. Sont également visés des festivals comme Docaviv et le Jerusalem Film Festival, qu’ils considèrent comme « complices de génocide ».