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"Macbeth" défie la malédiction pour la réouverture du Théâtre D. Maria II à Lisbonne

José Raposo et Bárbara Branco sont les protagonistes d'une tragédie shakespearienne
José Raposo et Bárbara Branco en tête d'affiche d'une tragédie shakespearienne Tous droits réservés  DR
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Par Joana Mourão Carvalho
Publié le
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Le théâtre D. Maria II rouvre avec "Macbeth" de William Shakespeare, la tragédie jouée quand un incendie l'a détruit en 1964, et Pedro Penim signe une nouvelle mise en scène de la "pièce maudite" avec du vrai feu sur scène.

Après près de quatre ans de fermeture, le Théâtre national D. Maria II, sur la place du Rossio, à Lisbonne, rouvre enfin ses portes après le plus vaste chantier des dernières décennies. Il le fait avec une "pièce maudite" et des billets déjà presque tous vendus.

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"Macbeth", de William Shakespeare, qui était à l'affiche du Théâtre national D. Maria II lors de l'incendie qui a détruit le bâtiment en 1964, est la pièce choisie pour cette réouverture.

C'est un choix assumé du directeur artistique et metteur en scène Pedro Penim, qui se veut une provocation face aux nombreuses productions hantées par des accidents. Le spectacle qu'il signe recourt à du feu réel sur scène, dans un geste symbolique qui rappelle la tragédie ayant réduit le théâtre en cendres.

"Ça a été une sorte de traumatisme dans l'histoire du théâtre, un moment marquant, et on n'a plus jamais monté cette pièce que l'on considère comme maudite, remplie de superstitions", explique Pedro Penim, metteur en scène et directeur artistique du Théâtre national D. Maria II, dans un entretien accordé à Euronews.

Cette tragédie shakespearienne s'est, au fil des siècles, entourée d'histoires dramatiques en coulisses : acteurs blessés, accessoires remplacés par des armes réelles, chutes spectaculaires et décès sur scène.

"Chaque fois qu'on monte cette pièce, il arrive un malheur. J'ai donc décidé de défier non seulement le destin mais aussi d'établir ici un parallèle avec l'histoire du théâtre lui-même, puisqu'il rouvre et qu'on célèbre aussi les 180 ans du Théâtre national D. Maria II", ajoute le metteur en scène.

La mise en scène de Pedro Penim utilise du feu réel sur scène
La mise en scène de Pedro Penim utilise du feu réel sur scène Filipe Ferreira

Mais la préparation d'un spectacle de cette envergure ne s'est pas faite sans accrocs. L'intention initiale était d'utiliser la traduction du poète brésilien Manuel Bandeira, la même que celle employée par la compagnie Rey Colaço-Robles Monteiro lors de la fatidique production de 1964. Mais les ayants droit du poète n'ont jamais donné suite aux demandes, et Pedro Penim s'est retrouvé "coincé", contraint de traduire lui-même le texte de Shakespeare.

La traduction signée par Penim va désormais être publiée en livre. "L'idée était de trouver un portugais qui conserve le décasyllabe tout en cherchant des mots qui ne soient pas inaccessibles pour un public portugais contemporain, afin de parvenir à quelque chose qui ne perde pas sa dimension poétique."

Sa mise en scène, elle, cherche à laisser l'œuvre ouverte aux interprétations du public. "C'est une œuvre qui permet des milliers de lectures." Il existe toutefois un parallèle inévitable qui relie cette tragédie au XXIe siècle. "Il y a une dimension liée à cette idée de fascination pour le mal, à la façon dont le mal s'expose, se pavane dans notre société, est présent dans nos vies quand on allume la télévision, quand on regarde notre téléphone, dans les conversations des gens. Soudain, le mal n'a plus de pudeur à se montrer", explique Penim.

"Le langage de séduction qu'emploie Macbeth a une poésie envoûtante, mais qui porte en même temps un poids considérable en ce qui concerne l'exécution et l'imagination du crime", poursuit le metteur en scène.

Cette production rend aussi hommage au théâtre lui-même : le décor signé Joana Sousa reproduit la façade du bâtiment emblématique du Rossio et l'un des personnages est la reine D. Maria II elle-même.

Les travaux de réhabilitation du bâtiment ont également permis d'améliorer les conditions techniques et artistiques de la salle principale, donnant un nouveau souffle à "Macbeth". La scène est désormais tournante et modulable en hauteur. Des améliorations ont aussi été apportées à la lumière, au son et à la machinerie.

"C'est une pièce qui a déjà été montée à de nombreuses reprises, avec des visions très diverses, des distributions multiples, des metteurs en scène très différents aussi, des propositions scénographiques très variées. Dans notre cas, nous avons voulu apporter cette proposition ici, au cœur du Théâtre national D. Maria II, et faire du théâtre lui-même le décor, après tant d'années pendant lesquelles cette pièce n'a, de fait, pas été montée ou présentée sur cette scène", détaille Pedro Penim.

Pour donner corps à cette malédiction de deux heures et demie, Pedro Penim a misé sur une troupe avec laquelle il avait déjà travaillé, en mettant en avant le duo de protagonistes. Dans le rôle de Macbeth, on retrouve José Raposo, "l'un des acteurs les plus aimés du pays", comme tient à le souligner le metteur en scène, qui incarne l'un des plus grands méchants de la dramaturgie.

José Raposo sur scène dans le rôle de Macbeth
José Raposo sur scène dans le rôle de Macbeth Filipe Ferreira

"C'est un spectacle qui a le poids qu'il a, ne serait-ce que par le symbolisme de tout ce lien que Pedro Penim établit avec l'incendie du théâtre en 1964. Et maintenant, après ces travaux, il porte une charge qui nous rend responsables de manière encore plus intense", souligne l'acteur au micro d'Euronews.

Dans le rôle de Lady Macbeth, c'est l'actrice Bárbara Branco qui mène l'intrigue. "Techniquement, c'est un spectacle extrêmement ambitieux. Pedro [Penim] exploite toutes les caractéristiques du théâtre, les plateformes, le feu, l'eau, etc. Nous utilisons tout, et je pense que cette difficulté technique fait que la responsabilité va au-delà de la pièce, au-delà de ces personnages. Au-delà de la réouverture du théâtre."

Bárbara Branco campe le rôle de
Bárbara Branco campe le rôle de Filipe Ferreira

La distribution réunit également Ana Coimbra, Ana Tang, Bernardo de Lacerda, Hugo Van Der Ding, João Grosso, José Neves, June João, Sandro Feliciano, Stela et Vítor Silva Costa.

"Macbeth" fera sa première ce vendredi 18 et restera à l'affiche jusqu'au 31 octobre. L'attente suscitée par le retour dans la salle Garret du D. Maria II se traduit déjà à la billetterie : pour une saison plus longue que d'habitude, les billets se sont vendus rapidement, ne laissant plus que des places à visibilité réduite.

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