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L'exploitation minière en eaux profondes peut apporter de nombreuses richesses. L'UE s'y oppose, mais ses voisins sont enthousiastes

La Commission européenne et le Parlement européen ont appelé à un moratoire sur l'exploitation minière en eaux profondes, mais tous les pays de l'UE n'ont pas soutenu ces appels.
La Commission européenne et le Parlement européen ont appelé à un moratoire sur l'exploitation minière en eaux profondes, mais tous les pays de l'UE n'ont pas soutenu ces appels. Tous droits réservés Robert F. Bukaty/Copyright 2022 The AP. All rights reserved.
Tous droits réservés Robert F. Bukaty/Copyright 2022 The AP. All rights reserved.
Par Mared Gwyn Jones
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Cet article a été initialement publié en anglais

Dans certaines parties de l'océan si profondes que la lumière ne peut y pénétrer, des milliards de roches de la taille d'un poing, appelées nodules polymétalliques, contenant du cuivre, du nickel, du fer, du manganèse, du cobalt et des terres rares, tapissent les fonds marins.

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Ces matières premières sont essentielles pour l'économie de l'UE, car elles sont utilisées pour la fabrication des batteries des véhicules électriques, des panneaux solaires et des semi-conducteurs.

L'Union européenne s'efforce aujourd'hui d'éviter les pénuries à travers l'ouverture de nouvelles chaînes d'approvisionnement, mais de nombreux Etats membres refusent d'exploiter les fonds marins.

Les scientifiques en savent très peu sur les écosystèmes uniques qui dépendent de ces nodules pour survivre. L'humanité a davantage investi dans l'exploration des profondeurs de l'espace que dans celle des océans.

Aujourd'hui, une course géopolitique à l'exploitation des fonds marins à l'aide d'une technologie non éprouvée inquiète les défenseurs de l'environnement, qui mettent en garde contre les dommages irréversibles causés aux écosystèmes marins, et divise les dirigeants du monde entier.

Appel à une pause de précaution

La Commission européenne et le Parlement européen sont à l'origine d'appels en faveur d'un moratoire international sur l'exploitation minière en eaux profondes jusqu'à ce que les lacunes scientifiques soient comblées.

"Nos préoccupations concernent la protection et la restauration de l'environnement marin, la biodiversité des grands fonds et l'atténuation du changement climatique", explique une porte-parole de la Commission européenne à Euronews.

L'impact de la pollution et de la perte de biodiversité sur la pêche et l'approvisionnement en produits de la mer sont également une préoccupation.

L'UE a investi plus de 80 millions d'euros dans des projets de recherche liés à l'exploitation minière en eaux profondes.

"Des études à long terme sont nécessaires pour évaluer l'ensemble des impacts de l'exploitation minière sur la biodiversité et les services écosystémiques des océans benthiques et profonds, ainsi que leur potentiel de rétablissement", ajoute la porte-parole.

AP/AP
Selon certaines estimations, 90 % des espèces trouvées au fond des océans sont nouvelles pour les scientifiquesAP/AP

De grands noms de l'industrie appellent également à un moratoire. BMW, Volvo, Google et Samsung s'engagent à ne pas acheter de métaux provenant du fond des océans.

Toutefois, seuls sept États membres de l'UE : l'Espagne, la France, l'Allemagne, la Suède, l'Irlande, la Finlande et le Portugal, ont jusqu'à présent appelé ouvertement à une pause dans l'exploitation minière.

Une position européenne fragmentée

Certaines capitales rompent avec la position de l'UE. La Belgique prépare une législation visant à définir les conditions dans lesquelles le gouvernement pourrait "parrainer l'exploitation d'une entreprise à un moment donné dans le futur", selon le ministère des Affaires étrangères.

Des représentants des sociétés d'exploitation belges ont accompagné le gouvernement lors des négociations de l'Autorité internationale des fonds marins (AIFM), un organisme intergouvernemental peu connu chargé de réglementer l'exploitation minière en eaux profondes dans les eaux internationales.

L'absence d'unanimité au sein de l'UE compromet les efforts déployés en faveur d'un moratoire.

"Lors des réunions de l'AIFM, aucun porte-parole de l'UE ne prend la parole au nom de tous les États membres de l'UE. Au lieu de cela, les États membres expriment leurs propres positions", explique Klaudija Cremers, chargée de recherche sur la gouvernance internationale des océans à l'IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales).

La société belge Global Sea Mineral Resources NV, ainsi que des instituts gouvernementaux en France, en Allemagne et en Pologne détiennent tous des licences d'exploration AIFM, destinées à mieux connaître les ressources.

En juillet, l'AIFM n'a pas donné son feu vert aux permis d'exploitation lors de négociations serrées. Un délai légal déclenché deux ans plus tôt par le petit État du Pacifique de Nauru laisse une faille ouverte que les États pourraient utiliser pour faire avancer les activités minières.

Les voisins de l'UE se lancent dans une course à l'abîme

La Norvège pourrait devenir le premier pays au monde à extraire des métaux des fonds marins. La décision du gouvernement d'ouvrir 281 000 km2 - une superficie presque équivalente à celle de l'Italie - à l'exploitation minière des fonds marins sera soumise au vote du Parlement norvégien cet automne.

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Alors que la Norvège affirme que l'extraction sera durable et responsable, les écologistes préviennent que, si le Parlement l'adopte, il s'agira de l'une des pires décisions environnementales jamais prises par le pays.

Le Royaume-Uni refuse également de soutenir un moratoire sur l'exploitation minière en eaux profondes. Un groupe de députés de l'opposition a demandé en juillet au Premier ministre Rishi Sunak de soutenir un moratoire.

"Les voix qui s'élèvent contre l'exploitation minière en eaux profondes n'ont jamais été aussi fortes, mais une poignée de gouvernements, comme la Norvège et le Royaume-Uni, tendent la main aux intérêts de l'exploitation minière en eaux profondes", déplore Haldis Tjeldflaat Helle, chargée de campagne à Greenpeace Nordic.

"Libérer l'exploitation minière en eaux profondes dans l'Arctique serait criminel. La Norvège parle de montrer la voie au monde, mais elle n'a manifestement pas reçu le mémo concernant l'opposition croissante à cette industrie destructrice", ajoute-t-elle.

Risque de litiges juridiques

La zone d'exploitation minière proposée par la Norvège comprend l'archipel de Svalbard dans l'Arctique, une zone sous souveraineté norvégienne mais où d'autres nations, dont l'UE et le Royaume-Uni, ont historiquement bénéficié de droits égaux en matière d'activités commerciales dans ses eaux.

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Selon le traité du Svalbard de 1920, les nations cosignataires devraient avoir un accès égal au Svalbard pour la pêche ainsi que pour les opérations industrielles, minières et commerciales.

Berit Roald/AP
La Norvège veut exploiter une zone de l'océan où l'UE a des droits historiquesBerit Roald/AP

Si les appels de l'UE en faveur d'une pause dans l'exploitation minière en eaux profondes ne sont pas entendus, ses voisins pourraient poursuivre l'exploitation dans des zones où elle pourrait revendiquer des droits sur les ressources.

"Les nations européennes et la Norvège débattent activement des droits sur le plateau continental autour du Svalbard", explique un porte-parole de Deep Sea Conservation Coalition, une alliance d'organisations internationales. "L'intention de la Norvège d'ouvrir la zone à l'exploitation minière en eaux profondes ne fera qu'aggraver les différends sur la nécessité de protéger l'environnement marin sensible contre de telles activités destructrices".

"Il est profondément problématique que le gouvernement norvégien propose d'ouvrir l'Arctique à la dévastation environnementale alors que les pays de l'AIFM sont encore en train de négocier la question de savoir si l'exploitation minière en eaux profondes doit avoir lieu", estime Haldis Tjeldflaat Helle de Greenpeace.

"Ils jouent avec le droit international et mettent en péril leurs relations avec les pays voisins ainsi que leur réputation en tant qu'État océanique".

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La Commission européenne répond qu'elle s'engageait avec la Norvège dans les forums pertinents "afin de garantir la protection de l'écosystème contre les activités nuisibles".

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