L'UE reste la région la moins corrompue, mais les réformes sont au point mort, alerte l'ONG Transparency International. La Hongrie et la Bulgarie sont les pires pays dans ce domaine dans l'UE.
La corruption dans les démocraties du monde entier continue de s'empirer, alerte l'ONG Transparency International dans son baromètre publié ce mardi 10 février. Et l'Union européenne, région du monde la moins corrompue, ne fait pas exception. Car sur le Vieux-continent, la lutte contre ce phénomène marque aussi le pas.
Le Bloc obtient une moyenne de 62 points sur 100, contre une note de 42 sur 100 pour l'ensemble des pays de la planète, soit le niveau le plus bas depuis plus d'une décennie et un point de moins que l'année passée.
Depuis 2012, treize pays d'Europe occidentale et de l'UE ont vu leur note baisser de manière significative, et seulement sept se sont améliorés. La Hongrie a obtenu un score de 40, à égalité avec la Bulgarie, qui est l'État membre de l'UE le moins performant. La Roumanie a obtenu un score de 45.
L'érosion des contrôles et des équilibres en Hongrie crée "un creuset de risques de corruption", a déclaré, à Euronews, Flora Cresswell, conseillère régionale pour l'Europe chez Transparency International. "Avec le manque de liberté des médias, l'indépendance du système judiciaire qui est minée, le système plus large de l'État de droit qui est miné dans le pays, le fait qu'il y ait également un risque accru de corruption dans les dépenses publiques... Cela signifie malheureusement que l'ensemble du cadre de responsabilité au sein du pays a diminué", a-t-elle expliqué.
L’indice de perception de la corruption (CPI) de Transparency International pour 2025 a attribué la première place au Danemark, avec 89 points sur 100, suivi de la Finlande et de Singapour.
Les pays perdent de vue leur objectif
Transparency International a observé des tendances à la régression en Slovaquie, qui a obtenu un score de 48. "L'année dernière, des campagnes ont été menées au sein du gouvernement contre le bureau de protection des lanceurs d'alerte, ce qui a eu un impact sur la capacité d'enquêter et de poursuivre en justice les cas de corruption dans le pays", a déclaré l'experte.
La France a obtenu un score de 66 et la Suède un score de 78, ces deux pays ayant connu des baisses dues à des problèmes d'application des sanctions et à des scandales liés à l'intégrité. Les Pays-Bas ont, eux, obtenu un score de 78, une note également en baisse. "Une autre tendance est que ces pays ont tout simplement perdu de vue la question de la modernisation de leur cadre de lutte contre la corruption", a expliqué Flora Cresswell.
"Les Pays-Bas et la Suède n'ont pas de normes strictes en matière de transparence des activités de lobbying ou de transparence du financement politique", poursuit-elle. "Les scores des États baltes ont, eux, augmenté grâce à la mise en œuvre de stratégies efficaces de lutte contre la corruption et à l'amélioration de la transparence des données sur le lobbying et la propriété effective."
Directive anti-corruption
En décembre 2025, l'UE a adopté sa première directive anti-corruption afin d'harmoniser les lois pénales sur la corruption. L'accord provisoire entre le Conseil et le Parlement européen établit des définitions et des sanctions à l'échelle de l'UE pour les délits de corruption.
Il prévoit notamment la publication annuelle de données sur la corruption à l'échelle de l'UE et exige des États membres qu'ils adoptent et publient des stratégies nationales de lutte contre la corruption.
Mais Flora Cresswell a déclaré que le texte "manque d'ambition", car des éléments tels que la transparence sur le lobbying, les règles sur les conflits d'intérêts et l'amélioration de la transparence dans la réglementation du financement politique ne sont pas obligatoires.
Le texte devrait être adopté en mars, les États membres ayant deux ans pour transposer la directive.
La lutte contre la corruption à la peine
Transparency International indique que la plupart des pays ne parviennent pas à maîtriser la corruption : sur les 182 nations et territoires étudiés, 122 obtiennent moins de 50 points. Seules cinq nations ont dépassé les 80 points dans le rapport 2025, contre 12 il y a dix ans.
Le rapport déplore que "trop souvent, nous constatons un échec de la bonne gouvernance et du leadership responsable". Il souligne également "une tendance inquiétante des démocraties à voir empirer la perception de la corruption". Parmi celles‑ci, on retrouve la Nouvelle‑Zélande, qui a perdu deux points pour atteindre 81, la Suède, ainsi que le Canada, le Royaume‑Uni et la France.
Les États‑Unis ont perdu un point par rapport à 2024, enregistrant leur pire résultat depuis que Transparency International a adopté la méthodologie actuelle en 2012, les plaçant à la 29ᵉ place dès la première année du second mandat du président Donald Trump.
"Alors que les données ne reflètent pas encore pleinement les développements de 2025, l’usage de la fonction publique pour cibler et restreindre les voix indépendantes telles que les ONG et les journalistes, la normalisation d’une politique conflictuelle, la politisation des décisions de poursuites, ainsi que des actions qui sapent l’indépendance judiciaire, parmi tant d’autres, envoient un signal dangereux selon lequel les pratiques corrompues sont acceptables", indique le rapport.