Face à l’escalade des tensions et à la volatilité des marchés de l’énergie, la présidente de la Banque européenne d’investissement, Nadia Calviño, appelle l’UE à accélérer le renforcement de son autonomie stratégique, notamment en matière de défense et d’approvisionnement.
L'incertitude mondiale provoquée par l'escalade de la guerre au Moyen-Orient impose à l'Europe de renforcer son autonomie stratégique, de l'énergie à la défense, selon Nadia Calviño, présidente de la Banque européenne d'investissement, qui a exhorté les législateurs à aller plus vite et à faire preuve de plus d'audace.
"Ces tensions ne sont évidemment pas propices à un cadre de stabilité, de paix et d'investissement", a-t-elle reconnu dans l'émission matinale d'Euronews, Europe Today.
Alors que l'Europe ambitionne de se réarmer d'ici 2030, la BEI s'est imposée comme un catalyseur des investissements dans la défense, et fait face à des pressions pour devenir l'équivalent d'une banque européenne de la défense, au-delà de son mandat centré sur le financement du développement et des infrastructures.
La BEI a consacré 5 % de son budget global à la défense, soit environ 4 milliards d'euros. Toutefois, dans le cadre de son mandat actuel, la banque n'a pas le droit d'investir directement dans des armes ou des munitions, mais elle est autorisée à financer des équipements dits "à double usage", tels que les drones et les hélicoptères.
Bien qu'elle ne soit pas directement impliquée dans l'opération militaire israélo-américaine contre l'Iran, la guerre n'est pas sans conséquences pour l'Europe, car le marché mondial de l'énergie est ébranlé par les frappes iraniennes sur les pays du Golfe. Rien que cette semaine, les prix de référence du gaz en Europe ont bondi de 80 % en deux jours, tandis que le baril de brent s'est rapproché des 84 dollars.
L'énergie est devenue le talon d'Achille de l'Europe, depuis la rupture soudaine des flux de gaz russe bon marché après l'invasion de l'Ukraine en 2022. Depuis lors, l'UE a cherché à diversifier ses fournisseurs en s'approvisionnant aux États-Unis, dans le Golfe et dans des pays tiers comme l'Azerbaïdjan.
Selon Nadia Calviño, les leçons tirées de la guerre en Ukraine ont néanmoins renforcé la résilience des entreprises européennes, qui ont su développer des solutions alternatives. Elle reconnaît toutefois que cette transition a pesé sur la compétitivité européenne face aux États-Unis et la Chine, où l’accès à une énergie moins chère permet de maintenir des coûts de production plus faibles.
"Les entreprises européennes ont montré qu'elles pouvaient s'adapter et être flexibles dans des conditions changeantes. Depuis le début de la guerre en Ukraine, l'Europe est devenue beaucoup plus résistante. Je suis convaincue que nous pouvons également faire face à cette crise", a-t-elle ajouté.
Interrogée sur l'affrontement diplomatique entre les États-Unis et l'Espagne à la suite de l'appel du président Donald Trump à imposer un embargo commercial à Madrid, Nadia Calviño, qui a été ministre de l'Économie et vice-présidente sous le gouvernement de Pedro Sánchez, a déclaré qu'elle espérait une désescalade, mais a insisté sur le fait que le respect du droit international était essentiel.
"L'Europe parle d'une seule voix dans ce domaine (le commerce) et nous sommes unis. Nous avons tous intérêt à respecter le droit international et à contribuer à la paix mondiale. L'Union européenne est une force au service du bien et des partenariats gagnant-gagnant. Je suis sûre que nous continuerons à essayer de désamorcer l'escalade", a-t-elle ajouté.
Mercredi, lors d'un discours au forum annuel de la Banque européenne d'investissement, Nadia Calviño a déclaré que l'Europe était devenue un "sanctuaire" pour la science et l'Etat de droit.