La ministre de la Migration défend sa politique migratoire et la régularisation de 500 000 sans-papiers critiquée par l’UE.
La politique migratoire de l’Espagne relève « presque d’une politique d’État », centrée sur l’intégration, la coexistence et la reconnaissance de l’apport positif des migrants, a déclaré à Euronews la ministre espagnole des Migrations, Elma Saiz.
Alors qu’une grande partie de l’Europe durcit sa position sur les migrations, l’Espagne, sous la direction du Premier ministre Pedro Sánchez, adopte une approche très différente.
« L’Espagne a été un pays d’émigration. Aujourd’hui, c’est un pays d’opportunités », a affirmé Saiz dans un entretien accordé à l’émission d’Euronews 12 Minutes With, en soulignant que les migrations sont un facteur clé du développement économique et social du pays.
Au cœur de la politique migratoire actuelle figure un processus de régularisation qui pourrait accorder un statut légal à plus de 500 000 personnes vivant déjà dans le pays, une mesure approuvée plus tôt cette année.
« Ce sont des personnes qui vivent déjà parmi nous. Le problème, c’est qu’elles n’ont aujourd’hui ni droits ni obligations », a-t-elle expliqué. Pour être éligibles, les personnes sans papiers doivent résider en Espagne depuis au moins cinq mois ou avoir déposé une demande d’asile avant la fin de l’année 2025.
À propos du scepticisme d’une partie de la population quant à la capacité des services publics à prendre en charge toutes ces personnes sans que le système ne s’effondre, elle a estimé « extrêmement important que les services publics soient renforcés à la mesure de la population qu’ils sont censés servir ».
Saiz a souligné que l’initiative qui ouvre la voie à des centaines de milliers de migrants vivant et travaillant sans autorisation dans le pays pour qu’ils puissent demander un statut légal bénéficie d’un solide soutien de l’opinion publique.
Le programme est né d’une initiative législative citoyenne signée par plus de 700 000 personnes et soutenue par des centaines d’organisations de la société civile, d’organisations patronales et d’institutions.
Des relations mises à mal ?
La Commission européenne, ainsi que plusieurs États membres, ont exprimé certaines réserves concernant le plan, notamment en raison de ses effets potentiels au sein de l’espace Schengen. L’une des principales préoccupations est que certaines personnes tentent de s’installer dans d’autres pays de l’UE sans autorisation.
Mais Saiz a insisté sur le fait que la mesure respecte pleinement les règles de l’Union européenne, y compris le système Schengen.
Elle a expliqué que la régularisation relève de la souveraineté nationale, puisqu’elle concerne des personnes résidant déjà en Espagne et participant à son économie.
« Nous parlons de quelque chose qui, comme l’ont justement rappelé les représentants européens, relève de la souveraineté et de la capacité de décision de notre pays, car c’est ici qu’elles pourront vivre et travailler », a indiqué la ministre.
Le plan du gouvernement espagnol ne signifie pas que les personnes nouvellement régularisées pourront circuler librement vers d’autres pays de l’UE avec un permis de travail d’un an. Elles ne pourront résider et travailler qu’en Espagne.
Une voie différente en Europe
La décision de procéder à cette régularisation de masse a également été prise sans consulter les partenaires européens, ce qui a valu des critiques à Sánchez. Nombre de responsables à Bruxelles craignent qu’elle n’entre en contradiction avec la politique actuelle de durcissement des règles migratoires de l’Union européenne.
Saiz estime que l’Espagne propose un modèle alternatif fondé sur des migrations « régulières, ordonnées et sûres ».
Elle décrit la politique espagnole comme une référence internationale, soulignant que les arrivées irrégulières ont nettement diminué ces dernières années, notamment sur les routes comme celle des îles Canaries.
Selon la ministre, cela montre qu’une approche humanitaire peut coexister avec une gestion efficace des migrations.
Saiz a également plaidé pour que la politique migratoire soit guidée par les faits et par le long terme plutôt que par les pressions politiques, présentant l’approche de l’Espagne comme à la fois pragmatique et fondée sur des principes dans un paysage européen en mutation.
« Je rappelle que plus de 40 % des emplois créés depuis la réforme du travail ont été pourvus par des travailleurs étrangers, qui accèdent de plus en plus à des secteurs plus qualifiés », a souligné la ministre.
Dans le même temps, elle a mis en avant les avancées réalisées au niveau européen, notamment le Pacte sur la migration et l’asile conclu durant la présidence espagnole du Conseil de l’UE, qui, selon elle, reflète un engagement commun en faveur de solutions coordonnées.
La position internationale élargie de l’Espagne
Au-delà des questions migratoires, Saiz inscrit la position de l’Espagne dans un effort plus large pour jouer un rôle plus actif sur la scène internationale, en promouvant le multilatéralisme et le respect du droit international.
« Notre position consiste essentiellement à rester fidèles aux valeurs que nous avons tous eu tant de mal à conquérir et qui sont précisément celles qui fondent l’Union européenne », a-t-elle déclaré.
L’Espagne a rejeté les demandes de certains alliés de l’OTAN d’augmenter les dépenses militaires jusqu’à 5 % du PIB, en affirmant que ses engagements actuels en matière de défense sont appropriés et alignés sur les objectifs collectifs convenus au sein de l’Alliance.
Cela a parfois provoqué des divergences avec des dirigeants comme le président américain Donald Trump, en particulier sur les enjeux de politique internationale, ce dernier ayant vivement critiqué la position de l’Espagne, la jugeant insuffisante et évoquant parfois de possibles conséquences, y compris des pressions économiques, voire une remise en cause de sa place au sein de l’OTAN.
Cependant, la ministre a souligné que l’Espagne reste un « partenaire fiable » entretenant des liens étroits avec les États-Unis.