La mesure passera par décret-loi afin de contourner l'opposition de la droite et de l’extrême droite, qui avaient rejeté une initiative législative populaire similaire.
Le gouvernement espagnol, de gauche, a approuvé mardi un plan visant à régulariser par décret quelque 500 000 migrants sans papiers, marquant sa rupture avec les politiques plus strictes menées ailleurs en Europe.
Podemos a annoncé un pacte avec le gouvernement de Pedro Sánchez pour procéder à cette régularisation massive lors d'un événement organisé par le parti lundi après-midi.
La mesure sera mise en œuvre par le biais d'un décret-loi, de sorte que, contrairement à l'initiative législative populaire (ILP) qui a obtenu 500 000 signatures de citoyens ordinaires pour procéder à une régularisation similaire, elle n'aura pas besoin de passer par le Parlement pour être mise en œuvre. L'événement organisé par Podemos s'est déroulé en présence de Vicky Columba et Silvana Cabrera, deux des porte-parole du mouvement connu sous le nom de "Régularisation maintenant", qui a défendu cette consultation populaire.
Cette ILP était en période d'amendements avant de passer au vote final à la Chambre basse, mais l'arithmétique parlementaire actuelle rendait son approbation difficile, car il faudrait des formations indépendantistes conservatrices, comme le PNV et la Junte, pour contourner le blocage prévisible de la droite espagnole. L'examen actuel de l'ILP a toutefois été soutenu par tous les groupes politiques, à l'exception de Vox.
"Il est clair qu'ils travaillent, et qu'ils travaillent dans des conditions d'exploitation. Travailler sans papiers, c'est l'esclavage du 21ème siècle. C'est l'objectif de cette régularisation : que personne dans ce pays ne travaille sans droits", a déclaré Ione Belarra, secrétaire générale de Podemos, lors du discours final de la réunion de son parti. La mesure sera approuvée demain mardi en Conseil des ministres, selon des sources au sein de l'exécutif.
Les régularisations (bipartisanes) de migrants en Espagne
Des initiatives de ce type ont été approuvées en Espagne depuis le premier gouvernement socialiste de Felipe González (1985-1986, avec environ 438 000 demandes), le deuxième (1991, 110 000) et immédiatement après l'arrivée de José María Aznar à la Moncloa (1996, 21 300). La droite a répété ce processus en 2000 (163 900) et en 2001 (234 600). La dernière grande régularisation extraordinaire a eu lieu avec José Luis Rodríguez Zapatero, qui a nationalisé un nombre similaire à celui dont Podemos s'occupe actuellement : environ un demi-millier.
La mesure vise, selon Irene Montero, députée européenne du parti violet, les migrants qui peuvent prouver qu'ils sont en Espagne depuis au moins cinq mois au 31 décembre 2025. Pour ce faire, ils devront être en possession d'un certificat de recensement dans n'importe quelle mairie de l'État (un document qui peut être obtenu par le biais, par exemple, d'un contrat de location) ; de factures de services publics qui leur permettent de prouver leur séjour dans un logement ; de rapports médicaux ; d'argent envoyé à l'étranger ou de billets d'avion. Les demandeurs ne doivent pas avoir de casier judiciaire.
Selon le communiqué de presse distribué par Podemos, les immigrants qui remplissent ces conditions pourront demander cette régularisation extraordinaire jusqu'au 30 juin. Lorsque cette demande sera admise pour traitement, toute procédure de renvoi ou d'expulsion sera interrompue et le bénéficiaire se verra accorder un permis de séjour provisoire. Ce droit sera valable un an : à l'issue de cette période, une autorisation ordinaire devra être demandée.