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Communauté politique européenne : six temps forts du sommet d'Erevan

La communauté politique européenne en Arménie.
La communauté politique européenne en Arménie. Tous droits réservés  European Union, 2026.
Tous droits réservés European Union, 2026.
Par Jorge Liboreiro
Publié le
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De la venue de Mark Carney au différend entre Roberta Metsola et Ilham Aliyev, Euronews revient sur six temps forts de la réunion de la Communauté politique européenne en Arménie.

L'Arménie a accueilli lundi la huitième réunion de la Communauté politique européenne (CPE), un format inclusif lancé dans les premiers mois de la guerre menée par la Russie contre l'Ukraine.

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La CPE n'aboutit ni à des conclusions écrites formelles ni à des accords contraignants. Les dirigeants y multiplient surtout réunions bilatérales et séances de photos.

Si ce format a bien dominé à Erevan, des discussions de fond ont également eu lieu, mettant en lumière les tensions et les inquiétudes qui traversent le continent.

Voici les six points à retenir de ce sommet.

Merz brillait par son absence

Parfois, les sommets sont autant marqués par les absents que par les présents.

En l'occurrence, l'un des principaux absents était aussi l'un des dirigeants les plus attendus : le chancelier allemand Friedrich Merz, actuellement au centre d'une controverse géopolitique après avoir déclaré que l'Iran avait "humilié" les États-Unis pendant la guerre.

Furieux de cette franchise jugée excessive, le président américain Donald Trump a annoncé le retrait de 5 000 soldats américains stationnés en Allemagne et menacé d'augmenter les droits de douane sur les voitures européennes de 15 %, comme prévu dans l'accord commercial, à 25 %. Une hausse qui pourrait peser davantage sur une économie allemande déjà fragilisée et dépendante des exportations automobiles.

Depuis, Friedrich Merz s'efforce de calmer les tensions, niant tout lien entre ses propos et les annonces successives de Donald Trump.

"Je ne renonce pas à travailler sur la relation transatlantique", a-t-il déclaré à la chaîne publique ARD, "pas plus que je ne renonce à travailler avec Donald Trump".

À Erevan, les dirigeants ont soigneusement évité toute déclaration susceptible d'envenimer la situation.

Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, a estimé que les Européens avaient "compris le message" concernant la "déception" de la Maison-Blanche, tandis que la haute représentante de l'UE, Kaja Kallas, a affirmé que les pays du bloc étaient prêts à accroître leurs contributions militaires à la défense commune.

"Le moment de cette annonce est surprenant", a-t-elle admis. "Je ne lis pas dans l'esprit du président Trump, il devra donc s'expliquer lui-même."

Un invité de Mark

Si Friedrich Merz a laissé un vide dans ce sommet, son homologue canadien s'est chargé de le combler.

La présence du Premier ministre Mark Carney a marqué la première participation d'un dirigeant non européen à une réunion de la CPE. Les autres chefs d'État et de gouvernement ont semblé accueillir favorablement cette présence, multipliant les échanges en tête-à-tête avec l'ancien banquier.

Profitant de cette attention, Mark Carney s’est positionné à l'opposé de Donald Trump. Il a défendu un ordre international fondé sur des règles et ancré dans "la liberté, l'État de droit, la démocratie et le pluralisme", tout en évoquant un « avenir commun » entre le Canada et l’Europe.

"Nous devons appréhender le monde tel qu’il est, et non tel que nous souhaiterions qu’il soit. Nous savons que la nostalgie n’est pas une stratégie. Mais nous ne pensons pas être condamnés à nous soumettre à un monde plus transactionnel, plus replié sur lui-même et plus brutal", a-t-il déclaré, reprenant une ligne déjà développée plus tôt cette année à Davos, où il appelait à une coalition de puissances de taille moyenne pour contrebalancer les États-Unis et la Chine.

"Je suis convaincu que l’ordre international sera reconstruit, mais qu’il le sera à partir de l’Europe. Je suis donc particulièrement sensible au symbolisme de cette invitation."

L'amitié franco-canadienne.
L'amitié franco-canadienne. Sean Kilpatrick/AP

Zelensky donne un conseil

La guerre d'agression menée par la Russie est à l'origine de la création de la CPE et, une fois encore, elle a occupé une place centrale dans les discussions.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a enchaîné les réunions bilatérales avec le Britannique Keir Starmer, le Finlandais Petteri Orpo, le Norvégien Jonas Gahr Støre et le Tchèque Andrej Babiš, entre autres. Il s'est également entretenu avec le Slovaque Robert Fico, avec lequel les relations ont récemment été tendues au sujet de l'oléoduc Droujba.

Volodymyr Zelensky a appelé à un renforcement du soutien militaire à l'Ukraine et à l'ouverture des premiers groupes de négociations pour l'adhésion à l'UE, toujours bloquée par la Hongrie. Il a également exhorté les dirigeants européens à s'opposer à tout assouplissement des sanctions contre la Russie, comme envisagé par les États-Unis.

Lors de la session plénière, il a abordé une question sensible qui divise profondément les capitales européennes : la possibilité de pourparlers directs avec le Kremlin.

"Nous devons trouver un format diplomatique viable, et l’Europe doit être présente à la table des négociations avec la Russie", a-t-il déclaré.

"Nous sommes en contact avec les États-Unis et nous comprenons leurs points de vue et leurs positions, mais il serait souhaitable de développer une voix européenne commune pour les discussions avec la Russie".

La riposte de Metsola

Dans l'ensemble, la CPE s'est déroulée dans une atmosphère de sourires, de poignées de main et de tapes dans le dos. Mais un moment de tension est brièvement venu perturber la session du matin.

Dans une intervention en visioconférence, le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev a lancé une attaque contre le Parlement européen, accusé de diffuser des "calomnies et des mensonges" à l’encontre de son pays. Il a critiqué l’adoption de 14 résolutions jugées hostiles à Bakou, y voyant une "forme d’obsession".

Juste avant la clôture du débat et la pause déjeuner, la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a demandé la parole pour répondre aux accusations.

"Le Parlement européen est une institution démocratique directement élue dont les résolutions sont adoptées à la majorité", a-t-elle rappelé. "Le résultat peut être inconfortable pour certains, mais notre manière de travailler ne changera pas."

Malgré cet échange tendu, plusieurs dirigeants ont salué la participation, même virtuelle, d’Ilham Aliyev à un sommet organisé en Arménie, compte tenu de l’histoire conflictuelle entre les deux pays. Les deux parties mettent actuellement en œuvre un accord de paix signé en août 2025.

Roberta Metsola en Arménie.
Roberta Metsola en Arménie. Anthony Pizzoferrato/Copyright 2026 The AP. All rights reserved.

"L'éléphant dans la pièce"

Les dépendances douloureuses et coûteuses de l'Europe ont été un thème récurrent à Erevan, déjà mis en avant après l'interruption des livraisons de gaz russe en 2022. La fermeture du détroit d'Ormuz et les perturbations sur les marchés de l'énergie ont toutefois donné à ce sujet une nouvelle urgence, voire un caractère de crise.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a estimé que la dépendance aux importations de combustibles fossiles rendait l'Union européenne "vulnérable" aux chocs extérieurs.

"L'énergie a toujours été une pierre d’achoppement du marché intérieur", a-t-elle déclaré. "Mais aujourd’hui, avec le conflit au Moyen-Orient, elle est devenue un véritable point de blocage pour nous."

À ses côtés, le président français Emmanuel Macron a mis en garde contre la dépendance économique vis-à-vis de la Chine et appelé l'UE à accélérer sa stratégie de "réduction des risques", freinée selon lui par des divisions politiques, en renforçant la solidarité et les investissements.

Il a également été l'un des rares dirigeants à évoquer explicitement les États-Unis.

"Nous subissons le coût de nos surdépendances lorsque nous parlons du parapluie américain en matière de défense et de sécurité", a-t-il déclaré. "Soyons honnêtes : c'est l'éléphant dans la pièce."

Les dirigeants ont toutefois tenu à nuancer, en affirmant que la réduction des dépendances ne signifiait pas un repli sur soi.

"L'indépendance européenne n’est pas synonyme de fermeture. Bien au contraire. Il s’agit de s’ouvrir à des partenaires partageant les mêmes valeurs", a souligné Ursula von der Leyen.

Les prémices d'une remise à zéro

La CPE a servi de cadre à une nouvelle étape du rapprochement entre l'Union européenne et le Royaume-Uni, dans le sillage des tensions de l’après-Brexit.

Ursula von der Leyen et Keir Starmer se sont entretenus en marge du sommet pour évoquer la participation britannique au prêt de soutien de 90 milliards d'euros à l'Ukraine, adopté par Bruxelles le mois dernier.

Ce dispositif, adossé à une dette commune et dont le coût est estimé à environ 3 milliards d'euros d'intérêts annuels, ouvre la voie à la participation de pays tiers aux marchés publics de défense. Mais une condition s'impose : toute participation implique une contribution financière.

"Le Royaume-Uni doit s'engager à apporter une contribution équitable et proportionnée aux coûts liés à cet emprunt, en fonction de la valeur des contrats attribués à des entités établies au Royaume-Uni", a indiqué un porte-parole de la Commission.

Londres et Bruxelles doivent désormais négocier les modalités de cette participation.

Les deux parties espèrent que ces discussions ouvriront la voie à une coopération élargie sur SAFE, le programme européen de défense de 150 milliards d'euros. Le Royaume-Uni avait déjà tenté d'y participer, sans accepter la proposition initiale de la Commission.

Ce rapprochement s’accélère à l'approche du prochain sommet UE–Royaume-Uni.

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