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Retrait des soldats d’Italie ? L’interdépendance militaire et les intérêts USA en Europe priment

Meloni et Trump participent au sommet sur Gaza en Égypte en octobre 2025
La Première ministre Meloni et le président Trump participent au sommet sur Gaza en Égypte en octobre 2025 Tous droits réservés  AP Photo/Evan Vucci, Pool, File
Tous droits réservés AP Photo/Evan Vucci, Pool, File
Par Gabriele Barbati
Publié le
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Les brouilles entre Meloni et Trump ne semblent pas fragiliser l’axe privilégié Rome-Washington : présence militaire américaine en Italie et contrats des entreprises italiennes aux États-Unis le rendent trop stratégique.

L'annonce des États-Unis du retrait de 5 000 soldats d'Allemagne et les menaces adressées dans le même sens à l'Italie et à l'Espagne la semaine dernière ont fait naître des doutes sur l'avenir des quelque 12 000 militaires américains stationnés sur le territoire italien et conduit Giorgia Meloni à fixer une rencontre vendredi avec Marco Rubio, au lendemain de la visite jeudi du secrétaire d'État américain au Vatican auprès du pape Léon XIV.

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La relation privilégiée entre la cheffe du gouvernement italien et le président américain depuis son retour à la Maison-Blanche s'est rapidement enrayée le mois dernier, après que Meloni a jugé inacceptables les accusations de « faiblesse » visant le pontife de la part de Donald Trump, lequel l'a accusée à son tour de manque de courage pour ne pas avoir aidé son allié dans la guerre contre l'Iran.

« L'Italie a toujours respecté les engagements pris au sein de l'Otan », a souligné lundi la présidente du Conseil, en marge du sommet de la Communauté politique européenne en Arménie, « et une réduction de la présence des États-Unis ne serait pas acceptable », pas plus que ne l'a été la décision d'entrer en guerre au Moyen-Orient.

La décision de ne pas élargir l'utilisation de la base américaine de Sigonella à des actions offensives contre l'Iran a irrité Trump, mais plusieurs raisons laissent penser que cet accrochage ne débouchera pas sur une rupture entre les deux alliés au sein de l'Otan et que l'Italie pourra continuer à être un interlocuteur privilégié en Europe pour la Maison-Blanche.

Pourquoi un retrait américain d'Italie est improbable

Les « débordements verbaux » de Trump devraient rester en surface et ne pas affecter les relations entre Washington et Rome pour des raisons historiques, stratégiques et économiques, selon Gregory Alegi, professeur d'histoire et de politique des États-Unis à l'université Luiss de Rome.

« L'Italie et les États-Unis entretiennent depuis 80 ans des relations extrêmement solides, dans l'intérêt des deux parties, et aucun gouvernement italien n'a jamais été antiaméricain », a déclaré Alegi à Euronews. « Imaginez ce qui se passerait si Sigonella fermait : il faudrait deux ou trois porte-avions en Méditerranée. Les États-Unis ont un intérêt stratégique à maintenir leur position en Italie. »

En effet, selon le professeur, on parle depuis des décennies d'un redéploiement stratégique vers l'Asie, depuis la chute de l'Union soviétique, lorsque les États-Unis se sont retrouvés sans adversaire principal avec lequel se mesurer.

Le tempérament emporté et la logique « transactional » de Donald Trump, ancien chef d'entreprise habitué à jongler entre affaires et rachats, n'entraîneraient donc pas en soi un changement de stratégie.

« Ce qui est privilégié pour les États-Unis en Europe, c'est la qualité de leur présence, grâce à des capacités technologiques que seuls eux possèdent, comme des centres spatiaux et de commandement et des capacités cyber », explique Alegi, « et cela ne change pas avec le retrait de 5 000 hommes ».

Comme exemple de cette supériorité technologique, l'universitaire cite l'Alliance Ground Surveillance (AGS), le programme de l'Otan pour la reconnaissance et le renseignement aériens via des aéronefs et des stations radar (source en italien), qui s'appuie sur les installations américaines en Sicile.

« L'AGS de Sigonella n'a pas d'alternative et l'Italie a bien travaillé en créant le cadre réglementaire permettant la coexistence de ces UAV, les aéronefs sans pilote engagés dans ces opérations, avec l'aviation traditionnelle. »

Le drone de reconnaissance RQ-4 Global Hawk sur la piste de la Naval Air Station de Sigonella en 2018
Le drone de reconnaissance RQ-4 Global Hawk sur la piste de la Naval Air Station de Sigonella en 2018 Staff Sgt. Ramon A. Adelan/U.S. Air Force via AP

Le poids des contrats militaires et le voyage de Crosetto à Washington

Comme le reste de l'Europe, « l'Italie a toujours privilégié les dépenses sociales et compté sur la défense assurée par d'autres », mais « le contexte a changé », avec les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient qui ont conduit l'Europe à se réarmer, fait valoir Alegi, qui vient de diriger l'ouvrage (source en italien) Quelle défense pour l'Europe, publié chez Rubbettino.

« Il faut un saut culturel, qui permette de comprendre que les dépenses de défense et de sécurité ne sont pas improductives, mais un service rendu aux citoyens et un secteur à forte valeur ajoutée », poursuit-il.

En témoignent les commandes de la marine américaine auprès de Fincantieri et les investissements aux États-Unis d'une autre société à participation publique comme Leonardo, mais l'interdépendance militaire avec l'Italie pourrait encore se renforcer dans un avenir proche.

Le ministre de la Défense, Guido Crosetto, prépare d'ailleurs une visite à Washington et les rencontres institutionnelles pourraient inclure plusieurs contrats militaires, anciens et nouveaux.

« Un exemple est l'avion d'entraînement M-346, qui pourrait être acquis par l'US Navy. Si l'opération aboutissait, ce serait l'équivalent d'un label de qualité et la possibilité, pour les États-Unis, de le vendre aussi sur d'autres marchés autrement difficilement accessibles », explique le professeur de la Luiss, « comme cela a été le cas pour l'achat de C-27 par l'Australie ».

Le M-346 est un aéronef biplace destiné à former les pilotes à l'utilisation des chasseurs de nouvelle génération, déjà en service en Italie, en Pologne, en Grèce, en Israël, au Qatar et à Singapour. Le C-27J Spartan, lui aussi produit par Leonardo, est en revanche un avion de transport tactique en service dans de nombreux pays, dont les États-Unis.

« Pensez aussi à la ligne de production des F-35 de Cameri, qui est devenue un point de référence pour la livraison et la maintenance de ces chasseurs », ajoute l'universitaire en référence à la base de l'armée de l'air située dans la province de Novare, où fonctionne l'une des deux lignes d'assemblage et de contrôle des F-35 hors des États-Unis (l'autre est à Nagoya, au Japon).

L'étape de Rubio au Vatican

Pour Alegy, la visite du secrétaire d'État jeudi et vendredi n'aura pas de conséquences directes pour l'Italie, mais est liée au mécontentement de l'électorat catholique à l'égard de l'administration Trump, en vue des élections de mid-term de novembre prochain, ainsi qu'aux positions prises par Léon jusqu'à présent, plus proches de celles de François que de celles de Benoît XVI, comme l'auraient souhaité les conservateurs américains.

Le nouveau tir de Trump contre le pape mercredi pourrait toutefois rendre la tâche plus ardue pour le catholique Rubio. À la précédente invective, Prevost avait répondu qu'il « n'avait pas peur » de l'administration américaine et qu'il entendait continuer à parler « haut et fort contre la guerre », n'étant « pas un homme politique ».

La rencontre du secrétaire d'État avec le pape inclura une « conversation franche » sur les politiques de l'administration Trump, a indiqué mercredi l'ambassadeur américain auprès du Saint-Siège, Brian Burch.

Rubio en est à sa troisième visite en Italie (et à sa deuxième au Vatican avec Léon) en un an et verra également le ministre des Affaires étrangères, Antonio Tajani, et le ministre de la Défense Crosetto, ainsi que le secrétaire d'État du Saint-Siège, Pietro Parolin.

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