Canada: la cheffe de la diplomatie souligne la montée des puissances moyennes et dit que le rapprochement Ottawa-UE dépasse la réponse aux tarifs de Trump
Le Canada renforce ses alliances partout dans le monde, y compris avec l’Union européenne, a déclaré Anita Anand à Euronews, dans le cadre d’une politique étrangère axée sur la coopération entre puissances intermédiaires et sur la réduction de la dépendance économique et sécuritaire du pays à l’égard des États-Unis.
« Au cours de l’année écoulée, nous avons signé plus de 20 accords de sécurité, de défense et économiques dans le monde, et ce n’est qu’un début », a-t-elle déclaré dans l’émission d’entretien d’Euronews 12 Minutes With, lors d’une visite à Bruxelles.
Elle a assuré que ces relations s’inscrivent dans la durée et ne constituent pas simplement une réponse au président américain Donald Trump.
« Elles résisteront à l’épreuve du temps », a affirmé Anand à propos des relations entre le Canada et l’UE.
« La raison, c’est qu’il ne s’agit pas seulement d’une réponse politique. Cette réponse politique repose sur une communauté de vues, sur des valeurs communes et sur la conviction que l’intégrité territoriale, la souveraineté des États et le commerce multilatéral sont des principes essentiels pour lesquels nous continuerons de nous mobiliser collectivement à court comme à long terme. »
Ces déclarations interviennent quelques jours après que le Canada est entré dans l’histoire en devenant le premier pays non européen à participer à un sommet de la Communauté politique européenne (CPE) à Erevan, en Arménie.
À propos de ce rassemblement, Anand a déclaré : « Nous sommes très enthousiastes à l’idée de continuer à travailler avec l’Europe, avec des pays partageant nos valeurs. »
« On le voit déjà dans l’accord SAFE, dans le Partenariat pour la sécurité et la défense, dans le CETA [l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne et ses États membres]. »
Dans un discours prononcé lors du sommet de la CPE, le Premier ministre canadien Mark Carney a déclaré que l’Europe ne se soumettrait pas à un « monde fermé sur lui-même et brutal » et pourrait au contraire servir de base pour reconstruire un nouvel ordre international.
Plus tôt cette année, à Davos, il avait déjà fait parler de lui en évoquant une « rupture » dans le système de gouvernance mondiale dominé par les États-Unis, en plaidant pour que les puissances intermédiaires tracent une nouvelle voie.
« Ce que nous devons examiner, selon moi, c’est la manière dont nous pouvons travailler ensemble de façon pragmatique pour apporter à nos pays respectifs des retombées économiques ainsi que des avantages en matière de défense et de sécurité », a poursuivi Anand. « Au cours de l’année écoulée, nous avons signé plus de 20 accords de sécurité, de défense et économiques dans le monde, et ce n’est qu’un début. »
Certains s’interrogent désormais sur la possibilité que le rapprochement entre le Canada et l’UE aille un jour jusqu’à une adhésion canadienne à l’Union, sur fond de dégradation des relations avec les États-Unis.
Interrogée sur le fait de savoir si Ottawa envisage concrètement ce scénario, Anand est restée évasive : « Ce que nous faisons, c’est diversifier nos relations commerciales et, surtout, renforcer cette approche de puissance intermédiaire dans une série de domaines, qu’il s’agisse de la sécurité et de la défense, des intérêts économiques, de l’agriculture et de l’agroalimentaire, de l’intelligence artificielle… »
« Les décisions sur la médiation appartiennent à Kyiv »
Le Canada est également très aligné sur l’Union européenne dans sa réponse à la guerre que mène la Russie en Ukraine.
Anand était à Bruxelles lundi 11 mai pour coprésider une réunion de haut niveau de la Coalition internationale pour le retour des enfants ukrainiens.
Elle y a annoncé que le Canada sanctionnait 23 personnes et cinq entités supplémentaires impliquées dans des violations visant des enfants ukrainiens, en plus des mesures déjà en vigueur.
Interrogée sur la possibilité que le Canada participe à de futures discussions entre Bruxelles et Moscou, Anand a répondu fermement que les décisions sur l’avenir de l’Ukraine appartenaient au président Volodymyr Zelensky.
« Nous estimons que tout médiateur choisi doit être accepté par l’Ukraine. Nous voulons en particulier que le cessez-le-feu, auquel Zelensky a donné son accord, soit respecté. Or nous avons vu la Russie violer des cessez-le-feu, violer des engagements, violer le droit international, tuer de manière injustifiable et illégale des Ukrainiens… C’est inacceptable. »