Hongrie : Péter Magyar veut réviser la Loi fondamentale pour destituer le président Sulyok, élu avec le soutien de son prédécesseur Viktor Orban.
« Tout comme Viktor Orbán a abandonné les Hongrois, Sulyok Tamás, qu’il a nommé, a abandonné la République hongroise » a déclaréMagyar Péter lors d'une conférence de presse face à la résidence présidentielle hongroise. Le nouveau Premier ministre de la Hongrie a appelé à la démission du président de la République. Selon lui, le chef de l’État, Sulyok Tamás aurait trahi le pays.
« L’institution de la présidence de la République est plus importante et plus forte que chaque président pris individuellement. L’intérêt de la Hongrie est que la présidence de la République retrouve l’autorité que les silences, les décisions indéfendables et les manquements de ces dernières années ont mise à mal » a-t-il ajouté.
Ce n'est pas seulement un appel à la démission, Magyar Péter a expliqué à la presse vouloir mettre en place une révision de la Loi fondamentale hongroise pour permettre la destitution du président. « J’ai informé le président de la République que, s’il maintient sa position et ne démissionne pas de son propre gré, j’informerai dès aujourd’hui les députés de Tisza de sa décision et nous engagerons sans délai les procédures nécessaires ».
Le chef du gouvernement a tenu sa conférence de presse devant le Palais Sándor, après s’être entretenu avec le chef de l’État, Sulyok Tamás. Il n’a pas précisé aux journalistes quelle révision constitutionnelle est en préparation, mais il a annoncé qu’il ne s’agirait pas d’une loi taillée sur mesure pour une personne, mais d’un dispositif permettant aussi de révoquer d’autres dirigeants de l’État.
Magyar doit discuter des prochaines étapes avec les députés de Tisza dans la journée. Il est possible qu’une décision soit prise dès aujourd’hui, mais ce n’est pas certain.
À titre personnel, Magyar Péter souhaiterait que les citoyens jouent un rôle plus important dans l’élection du président de la République. Actuellement, ce sont les 199 membres de l'Assemblée nationale hongroise qui l'élisent lors d'un scrutin indirect à bulletin secret. Les candidats doivent être parrainés par 40 parlementaires.
Cela pourrait passer par une élection présidentielle au suffrage direct ou par une autre formule, dont il reste à discuter les détails avec ses collègues députés, a indiqué le Premier ministre.
« La Loi fondamentale est parfaitement claire : le président de la République incarne l’unité de la nation et veille au fonctionnement démocratique des institutions de l’État », a déclaré Magyar, avant de détailler longuement, selon lui, les raisons pour lesquelles Sulyok n’a pas été à la hauteur de cette mission.
« Sulyok Tamás est resté silencieux lorsque le Premier ministre déchu a parlé de "parasites", de grand nettoyage et d’une armée de l’ombre ; c’était au président de la République de rappeler que, dans la République hongroise, il n’y a pas de citoyens à “balayer” », a déclaré Magyar, avant de préciser qu’il avait interrogé le chef de l’État au sujet des propos de Viktor Orbán sur ces « parasites ». Celui-ci aurait répondu qu’il ne s’agissait que de l’expression d’une opinion politique, et qu’il n’était donc pas nécessaire qu’il intervienne sur cette affaire.
« La République hongroise n’appartient ni à Sulyok Tamás, ni à Viktor Orbán, ni à un parti ni à un système politique, mais elle est l’œuvre commune du peuple hongrois », a affirmé le Premier ministre.
Plusieurs contre‑manifestants ont assisté à la conférence de presse. Ils ont régulièrement interrompu le Premier ministre par des cris, ce qui l’a conduit à demander à la police d’évacuer les personnes se rendant coupables de troubles durant l’événement.
Sulyok refuse de démissionner
Dimanche, Sulyok Tamás a annoncé dans une vidéo sur Facebook qu’il n’entendait pas démissionner de la présidence de la République et qu’il « souhaite continuer à coopérer avec le gouvernement et à contribuer à l’adoption des lois nécessaires au décaissement des fonds européens ». Il a ajouté qu’il attendrait l’avis de la Commission de Venise le concernant et a indiqué que le nouveau gouvernement devait agir dans le respect de la Constitution.
En réaction, le Premier ministre Magyar Péter a publié le message suivant, lui aussi sur Facebook :
« Sulyok Tamás ne s’est jamais rangé ni du côté des plus vulnérables, ni de celui des personnes attaquées, ni en défense de l’État de droit. En ce jour de la fête des enfants, il ne défend que son salaire mensuel de 6,3 millions de forints. Au lieu de présenter des excuses. »
Le Premier ministre a fixé au 31 mai la date limite pour la démission du chef de l’État et de plusieurs hauts responsables publics.
Outre le président de la République, Sulyok Tamás, et le procureur général Nagy Gábor Bálint, il a demandé le départ de Péter Polt, président de la Cour constitutionnelle, ainsi que des 14 autres membres de cette juridiction ; de Varga Zs. András, président de la Kúria (Cour suprême) ; de Senyei György Barna, président de l’Office national de la justice ; de Windisch László, président de la Cour des comptes ; de Rigó Csaba Balázs, président de l’Autorité de la concurrence, et de Koltay András, président de l’Autorité nationale des médias et des communications.
Dimanche après‑midi, le Premier ministre a rappelé l’échéance imminente dans un message sur Facebook et annoncé qu’il rendrait visite au président de la République lundi à huit heures, en compagnie de la ministre de la Justice.
Par le passé, le Premier ministre Magyar Péter avait déjà qualifié Sulyok Tamás de « président de la République marionnette de Viktor Orbán », estimant qu’il était évident, dès la première minute, que Viktor Orbán avait besoin d’un chef de l’État pour qui la loyauté envers le Fidesz passe avant tout, et pour qui la défense de la constitutionnalité et de l’unité de la nation arrive en dernier.
Vendredi encore, Sulyok Tamás avait déclaré qu’il ne démissionnerait pas et s’était tourné vers le Conseil de l'Europe.
Dans l’ordre constitutionnel hongrois, le président de la République est élu par l’Assemblée nationale et dispose de prérogatives limitées, essentiellement cérémonielles, tout en jouant un rôle dans le contrôle de constitutionnalité des normes. Les présidents de la République élus grâce à la majorité constituante du Fidesz – Pál Schmitt, contraint de démissionner après un scandale de plagiat, János Áder, Katalin Novák, poussée au départ par un scandale pédophile, et Sulyok Tamás – ont tous soutenu sans réserve les gouvernements dirigés par Viktor Orbán.