La première cérémonie visant à remettre l'Ordre européen du Mérite était davantage tournée vers le passé, selon certains participants. Angela Merkel et Volodymyr Zelensky ont tous deux été décorés.
Pour la toute première fois, le Parlement européen a organisé, ce mardi 19 mai à Strasbourg, une cérémonie visant à remettre l'ordre européen du Mérite à vingt personnalités pour leur engagement en faveur de l'Union européenne.
Mais un malaise palpable s’est fait sentir lorsque l’hymne européen a retenti au Parlement européen, tandis qu’au centre de la scène, une grappe de têtes grisonnantes symbolisait un continent qui vieillit.
La cérémonie de remise de l’Ordre européen du Mérite devait célébrer l’Union européenne en réunissant des poids lourds qui l’ont bâtie et de nouveaux visages appelés à en façonner l’avenir.
Mais sur les 20 lauréats (source en anglais) désignés cette année, presque tous les 13 qui ont effectivement assisté à la cérémonie appartenaient à la cohorte des émérites, donnant de l’événement l’image figée d’un monde révolu.
Une longue liste d’anciens dirigeants, emmenée par l’ex-chancelière allemande Angela Merkel et l’ancien président polonais Lech Wałęsa, a reçu la médaille des mains de Roberta Metsola, tandis que les figures contemporaines n’apparaissaient qu’à la marge.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, à qui a été décernée la plus haute distinction de l’Ordre, n’avait pas fait le déplacement, et des personnalités comme la star du rock Bono, le chef José Andrés ou le basketteur Giannis Antetokounmpo avaient également décliné l’invitation à être décorés dans l’hémicycle.
"Ces récompenses semblent servir à ceux qui les décernent"
Au final, la cérémonie a pris des airs de célébration du passé européen, avec peu de perspectives tournées vers l’avenir. Angela Merkel, l’invitée la plus attendue, a ouvertement déploré l’écart entre les promesses de paix, de prospérité économique et de démocratie qui ont accompagné la fondation de l’UE et la situation actuelle.
"Pour être honnête, nous sommes très loin de ces promesses", a-t-elle reconnu sous les applaudissements tièdes de députés européens qui contestent ouvertement son héritage politique.
Certains discours se voulaient plus optimistes, comme le rappel par l’ancien chef de la diplomatie de l’UE Javier Solana du rôle de médiateur joué par l’Europe dans les conflits du monde, ou la description souriante de l’ex-président du Parlement Jerzy Buzek, présentant l’UE comme "un rêve" et "un jeu d’imagination". Mais presque tous faisaient référence à une grandeur passée qu’il est difficile d’imaginer dans le monde d’aujourd’hui.
Ce n’est sans doute pas un hasard si, au cours d’une cérémonie d’une heure et demie, les interventions les plus émouvantes sont venues des lauréats les plus ancrés dans le présent : la présidente moldave Maia Sandu, qui a rappelé comment son peuple a voté pour l’Europe malgré les menaces russes, et l’avocate ukrainienne des droits humains Oleksandra Matviïtchouk, qui a déclaré en larmes, au nom de son pays : "Europe, nous sommes de retour".
Alors que la cérémonie s’achevait dans une atmosphère de retrouvailles entre vieux amis, où des personnalités autrefois en vue évoquaient le bon vieux temps, un eurodéputé qui se dirigeait vers la sortie a confié à Euronews : "Ces récompenses me semblent servir surtout à ceux qui les décernent et être déconnectées du ressenti des gens ordinaires."
"Il faudrait probablement, l’an prochain, un meilleur équilibre entre les lauréats", a estimé un responsable du Parlement interrogé par Euronews, en expliquant que les gouvernements de l’UE ont souvent choisi des ressortissants qui ont joué un rôle clé dans l’adhésion ou l’intégration de leur pays à l’Union.
Lancé à l’occasion du 75e anniversaire de la déclaration Schuman, considérée comme le point de départ de l’unité européenne, l’Ordre européen du Mérite entend "honorer des actes de courage et d’inspiration" afin qu’ils puissent être reproduits par d’autres Européens.
Dans l’Europe d’aujourd’hui, cela ressemble davantage à un vœu pieux qu’à une certitude.