L’Allemagne, candidate pour obtenir un siège non permanent Conseil de sécurité de l’ONU, n’obtient que 104 voix, sur fond d’influence russe, d’accusations de deux poids deux mesures et d’une candidature tardive.
En quête d'explications, le ministre des Affaires étrangères Johann Wadephul (CDU) a entre-temps imputé à Moscou la responsabilité de l'échec de la candidature de l'Allemagne à un siège non permanent au Conseil de sécurité des Nations unies (ONU). Le Kremlin aurait œuvré en coulisses contre la candidature allemande, a déclaré jeudi Wadephul, cité par Reuters. « Que la Russie ne veuille pas d'une telle voix à la table du Conseil de sécurité et qu'elle ait également mené campagne contre nous n'a rien de secret », a déclaré le ministre des Affaires étrangères.
Par ailleurs, la position de l'Allemagne dans d'autres conflits, comme au Proche-Orient, n'est pas partagée par tous les États membres de l'ONU, a ajouté Wadephul.
L'Allemagne a perdu le scrutin avec un net écart. Avec 104 voix contre 134 pour le Portugal et 131 pour l'Autriche, la République fédérale a été clairement battue par les deux États d'Europe de l'Ouest. À partir du 1er janvier 2027, le Portugal et l'Autriche exerceront ce mandat pendant deux ans.
Ekkehard Griep, président de l'Association allemande pour les Nations Unies (DGVN), voit lui aussi dans l'attitude de l'Allemagne dans différents conflits une possible explication : « Un certain nombre de pays, on l'a bien constaté et entendu ces dernières années, reprochent à l'Allemagne de pratiquer une politique de deux poids, deux mesures. »
Selon le président de l'Association allemande pour les Nations Unies, d'un côté, l'Allemagne dénonce avec véhémence la violation du droit international par l'organisation terroriste Hamas le 7 octobre. De l'autre, elle n'insiste pas avec la même vigueur sur le respect du droit international dans la conduite de la guerre par Israël.
On ne peut toutefois pas identifier une cause unique et clairement définie, estime l'expert. Plusieurs facteurs ont joué un rôle. Parmi eux figure notamment le lancement tardif de la campagne allemande pour ce poste, comparé à l'Autriche et au Portugal. L'Autriche a ainsi annoncé dès 2011 qu'elle briguait une place à la table du Conseil de sécurité de l'ONU. Le Portugal l'a fait en 2013. L'Allemagne ne s'y est mise qu'en 2019.
Des critiques, comme le ministre des Affaires internationales du Land de Hesse, Manfred Pentz (CDU), évoquent désormais une possible réduction du soutien financier apporté par l'Allemagne à l'ONU. « Si, à l'avenir, nous n'y avons pas l'influence qui nous revient, la question se pose : pourquoi devrions-nous continuer à investir autant d'argent dans l'ONU ? », a déclaré Pentz au journal Bild. L'Allemagne est l'un des plus grands bailleurs de fonds de l'organisation.
« Cela rendrait notre propre campagne peu crédible », estime le politologue Ekkehard Griep. Au bout du compte, l'Allemagne n'en tirerait pas non plus profit. « Ce que nous voulons réellement atteindre en tant qu'Allemagne, à savoir un monde meilleur, notamment en recourant au système des Nations unies, serait alors encore bien plus difficile à atteindre. » Plutôt que de se retirer, l'Allemagne devrait justement maintenant chercher à intégrer les Nations unies dans ses décisions de politique étrangère.
Le ministre des Affaires étrangères semble partager cette analyse. Lors d'une rencontre à Mexico avec son homologue mexicain Roberto Velasco, Wadephul a souligné que c'est le Parlement qui décide du niveau de l'engagement financier. Mais l'élu de la CDU s'est dit favorable à ce « que nous restions aussi engagés qu'auparavant au sein de l'ONU ». Aucune autre institution ne dispose d'une légitimité supérieure à celle de l'ONU lorsqu'il s'agit de résoudre des crises et des conflits.
L'opposition, elle, étrille la politique étrangère actuelle de l'Allemagne. L'ancienne ministre déléguée à la Culture et coprésidente des Verts Claudia Roth écrit sur Instagram : « La défaite de l'Allemagne au Conseil de sécurité de l'ONU est la facture d'une politique étrangère et de développement mollassonne. Un an de coalition noir-rouge est marqué par un retrait de la responsabilité internationale : ceux qui relativisent le droit international, procèdent à des coupes radicales dans l'aide humanitaire et la coopération au développement et rompent les engagements climatiques internationaux ne doivent pas s'étonner de la perte de crédibilité sur la scène internationale. »
Marie-Agnes Strack-Zimmermann, membre de la présidence du FDP et députée au Parlement européen, écrit sur X : « L'échec de l'Allemagne lors de l'élection au Conseil de sécurité de l'ONU est une cuisante défaite de politique étrangère. Mais en tirer la conclusion qu'il faudrait maintenant se retirer ou remettre en question notre engagement international serait totalement erroné. C'est précisément maintenant que l'Allemagne doit prouver que nous sommes un partenaire fiable de l'ordre international fondé sur des règles. »
« La raison principale est simplement que nous nous sommes lancés beaucoup trop tard dans cette course, a-t-il ajouté. L'avance acquise pendant des années par le Portugal et surtout par l'Autriche sur la scène diplomatique ne pouvait plus être rattrapée dans la dernière ligne droite. Cette défaite n'est toutefois en rien due à notre position clairement pro-israélienne. »